Sous les Lueurs de l'Aube

Par Tonkix
Sous les Lueurs de l'Aube
**Sous les Lueurs de l'Aube** La nuit s'étendait sur la ville comme un manteau de velours noir, parsemé d'étoiles artificielles—des lumières clignotantes sur les gratte-ciels, des fenêtres allumées dans des appartements lointains, des phares de voitures serpentant à travers les avenues. En bas, le monde suivait son rythme effréné, mais là, au trente-deuxième étage de l'Immeuble Veredas, le temps semblait avoir ralenti, suspendu entre les murs de verre et d'acier qui reflétaient l'éclat froid des écrans. Clara ajusta ses lunettes à fine monture sur son nez, les doigts légèrement tremblants tandis qu'elle feuillette une nouvelle page du rapport. La climatisation murmurait doucement, un courant d'air glacé qui contrastait avec la chaleur montant dans sa nuque chaque fois qu'elle se concentrait trop. Les touches de l'ordinateur portable cliquetaient à un rythme constant, presque hypnotique, et la lumière bleutée de l'écran baignait son visage de tons de cobalt, mettant en valeur ses lèvres entrouvertes, la ligne tendue de sa mâchoire, l'éclat humide de ses yeux marron qui parcouraient les colonnes de chiffres comme si chaque nombre était un indice d'une énigme plus grande. Elle n'aurait pas dû être là. Pas à cette heure. Mais Clara avait toujours été du genre à se perdre dans le travail. Non par obligation—bien que la pression des délais fût réelle—, mais parce qu'il y avait quelque chose d'addictif dans la solitude du bureau vide, dans la sensation que le monde extérieur s'était arrêté et qu'il ne restait plus qu'elle, les données et le silence. C'était là, entre les tableaux et les graphiques, qu'elle se sentait le plus vivante, le plus aiguisée, comme si chaque décision prise à minuit était un secret partagé seulement avec les murs. Le bruit de pas résonna dans le couloir. Clara leva les yeux, son corps se raidissant par instinct. Il n'était pas courant d'entendre quelqu'un à cette heure—les agents d'entretien étaient déjà passés, les derniers employés étaient partis depuis longtemps. Le bruit se rapprocha, cadencé, accompagné du léger grincement d'une ceinture en cuir et du tintement métallique des clés. Elle retint son souffle lorsque l'ombre d'un homme se projeta sur le mur devant elle, allongée et imposante, avant qu'il n'apparaisse dans l'embrasure de la porte. Daniel. Le gardien de nuit s'arrêta là, les bras croisés sur sa large poitrine, un sourire paresseux aux lèvres. La lumière du couloir dessinait les contours de son visage—une mâchoire carrée, une barbe naissante qui lui donnait un air de rébellion contenue, des yeux verts qui semblaient absorber la pénombre autour. Il portait l'uniforme standard de l'entreprise, mais sur Daniel, la chemise bleu marine et le pantalon sombre semblaient plus... *vivants*. Peut-être était-ce la façon dont le tissu épousait ses larges épaules, ou la manière dont les manches, retroussées jusqu'aux coudes, révélaient des avant-bras musclés, marqués de veines que Clara avait déjà remarquées—et tenté d'ignorer—en d'autres occasions. — Tu travailles encore tard, Clara ? — Sa voix était grave, un murmure rauque qui semblait vibrer dans l'air entre eux. Elle déglutit, sentant la chaleur monter à ses joues. Ce n'était pas la première fois qu'ils se rencontraient ainsi, mais il y avait quelque chose de différent cette nuit. Peut-être était-ce le fait que, sans personne autour, sa présence semblait remplir tout l'espace, comme si le bureau entier s'était rétréci autour d'eux. — Le rapport trimestriel ne va pas s'analyser tout seul — répondit-elle, essayant de paraître décontractée, mais le tremblement presque imperceptible dans sa propre voix la trahit. Daniel inclina la tête, ses yeux verts glissant sur son visage, s'attardant une seconde de plus sur la courbe de son cou, à l'endroit où son chemisier s'entrouvrait légèrement, révélant sa peau pâle. Clara sentit un frisson parcourir son échine, comme s'il l'avait touchée. — Tu devrais te reposer — dit-il en faisant un pas en avant. — Tu as une réunion avec les directeurs demain, non ? Elle hocha la tête, ses doigts serrant la souris plus fort que nécessaire. Comment le savait-il ? Ils échangeaient à peine quelques mots au-delà des salutations dans l'ascenseur, des regards furtifs lorsqu'ils pensaient que l'autre ne regardait pas. — Ils ne pardonneront pas si j'arrive avec des cernes — plaisanta-t-elle, mais la blague tomba à plat, avalée par la tension qui s'installait entre eux. Daniel rit doucement, un son qui résonna dans la poitrine de Clara comme un lointain coup de tonnerre. Il fit un autre pas, entrant dans le bureau, et son odeur l'enveloppa—un mélange de savon masculin, de cuir et de quelque chose de plus primitif, quelque chose qui faisait se contracter son estomac. Il s'arrêta à côté du bureau, assez près pour qu'elle puisse tendre la main et toucher le tissu de sa chemise, assez près pour que, si elle se penchait un peu, elle puisse sentir la chaleur émanant de son corps. — Les cernes ne te vont pas — murmura-t-il, sa voix plus basse maintenant, presque intime. — Tu es plus belle avec les lèvres rouges. Clara retint son souffle. *Les lèvres rouges.* Ce n'était pas une observation anodine. Pas venant de lui. Pas avec ce ton de voix, pas avec ce regard qui semblait la déshabiller couche par couche, comme si chaque vêtement était un obstacle à enlever. Elle aurait dû dire quelque chose. Elle aurait dû rire, changer de sujet, faire semblant de ne pas avoir compris l'insinuation. Mais les mots moururent dans sa gorge lorsque il s'approcha encore, posant ses mains sur le bord du bureau, ses doigts à quelques centimètres des siens. Le mouvement fit remonter légèrement la manche de sa chemise, révélant sa montre—un modèle simple, mais qui, sur Daniel, semblait une extension de sa masculinité. — Tu... — commença-t-elle, mais sa voix lui manqua. Que allait-elle dire ? *Tu ne devrais pas être ici ?* *Tu ne devrais pas me regarder comme ça ?* Daniel ne dit rien. Il soutint simplement son regard, ses yeux verts brûlant d'une intensité qui fit sentir à Clara comme si elle tombait d'une grande hauteur. Le silence entre eux s'étira, chargé, électrique, jusqu'à ce que le bruit d'une voiture klaxonnant dans la rue en contrebas brise le sortilège. Elle cligna des yeux, comme si elle se réveillait d'un rêve, et se recula dans son fauteuil, essayant de reprendre le contrôle. Daniel se redressa, mais ne s'éloigna pas. Au lieu de cela, il se pencha légèrement en avant, comme s'il allait partager un secret. — Si tu as besoin d'aide avec ces rapports... — il laissa la phrase en suspens, le ton décontracté, mais ses yeux disaient autre chose. — Je passe par ici toutes les heures. Clara sentit son cœur battre plus fort. *De l'aide.* Pour les rapports. Ou pour quelque chose de plus ? Avant qu'elle ne puisse répondre, il s'éloigna, ses pas résonnant dans le couloir. Mais sa présence resta, comme une marque sur la peau, une chaleur qui refusait de se dissiper. Elle fixa la porte vide pendant un long moment, ses doigts planant toujours au-dessus du clavier, son corps tendu par l'attente qu'il puisse revenir. Quand elle se força enfin à se remettre au travail, chaque chiffre à l'écran semblait danser devant ses yeux, chaque ligne du graphique un rappel de la façon dont il l'avait regardée. Et puis, comme si le destin conspirait en sa faveur, son téléphone vibra sur le bureau. Un message. *« Tu as oublié de verrouiller le tiroir des archives. Je peux repasser si tu veux que je vérifie. »* Clara mordit sa lèvre inférieure, son corps entier réagissant à cette simple phrase. Ce n'était pas à propos du tiroir. Elle le savait. Et, pour la première fois cette nuit, elle n'était pas sûre de vouloir qu'il revienne seulement pour verrouiller un tiroir. Ou si elle voulait qu'il revienne pour bien, bien plus. Clara ne répondit pas immédiatement au message. Au lieu de cela, elle ferma les yeux un instant, sentant le poids du silence autour d'elle—ce genre de quiétude qui n'existe qu'après minuit, quand même les bâtiments semblent retenir leur souffle. La climatisation bourdonnait doucement, mais la chaleur montant dans sa nuque ne venait pas de la machine. C'était lui. Le souvenir de la façon dont Daniel l'avait regardée, comme s'il pouvait voir à travers son chemisier fin, les chiffres à l'écran, directement vers ce qu'elle essayait de cacher : l'envie d'être touchée. Elle tapa une réponse rapide—*« Le tiroir est verrouillé, merci »*—et l'efface avant de l'envoyer. Mensonge. Le tiroir était ouvert, oui, mais ce n'était pas ça qui comptait. Ce qui comptait, c'était l'excuse qu'il avait donnée, l'invitation déguisée. Clara expira lentement, ses doigts planant au-dessus du clavier. Puis, d'un mouvement presque provocateur, elle écrit autre chose : *« Mais si tu veux vérifier quand même, ça ne me dérange pas. »* Elle envoya. Et à l'instant où le message partit, le bureau sembla devenir plus chaud. --- Daniel ne tarda pas. Cinq minutes plus tard, le bruit de ses pas résonna dans le couloir, fermes, sans hâte. Clara se redressa sur sa chaise, lissant sa jupe sans nécessité, comme si elle pouvait effacer les plis invisibles que le désir avait déjà laissés sur sa peau. Quand il apparut dans l'embrasure de la porte, elle fit semblant d'être absorbée par un rapport, mais son parfum—quelque chose de boisé, avec une touche de cuir et de sueur propre—l'atteignit avant lui, l'enveloppant comme une invitation. — Bonsoir encore — dit-il, la voix basse, presque intime. Ce n'était pas la même intonation professionnelle des tours de jour, quand ils se croisaient dans l'ascenseur. Maintenant, il y avait quelque chose de plus, un ton rauque qu'elle n'avait jamais entendu, mais qu'elle reconnut aussitôt. Elle leva les yeux. Daniel était appuyé contre le chambranle, les bras croisés sur sa large poitrine, les muscles définis sous la chemise noire de l'uniforme. Le tissu tirait légèrement sur ses épaules, et Clara se demanda comment ce serait de passer ses mains là, de sentir la force contenue sous ses paumes. Il portait sa cravate desserrée, comme s'il avait relâché le nœud au fil de la nuit, et le col ouvert laissait voir un morceau de peau bronzée, une veine pulsant dans son cou. — Bonsoir — répondit-elle, surprise par la fermeté de sa propre voix. — Je pensais que tu avais fini ta ronde. — C'est fait. — Il fit un pas à l'intérieur, ses yeux sombres parcourant la pièce avant de se poser sur elle. — Mais j'ai vu la lumière allumée ici. Et j'ai pensé que peut-être tu avais besoin d'aide. Clara arqua un sourcil, essayant d'ignorer la façon dont son corps réagissait à cette proximité. — Avec les rapports ? — Avec n'importe quoi. — Il fit un autre pas, s'arrêtant à côté du bureau. La chaleur de son corps irradiait, et Clara dut se contrôler pour ne pas se pencher vers cette chaleur. — Tu es là depuis des heures. Tu dois être fatiguée. Elle rit, un son léger, presque nerveux. — Fatiguée, non. Juste... submergée. Ces graphiques n'ont aucun sens. Daniel s'approcha encore, jusqu'à ce que sa cuisse frôle presque le bras de sa chaise. Clara retint son souffle. Il sentait le café frais et quelque chose de plus primitif, quelque chose qui faisait se contracter son estomac. — Je peux jeter un coup d'œil ? — demanda-t-il en tendant la main vers les papiers éparpillés sur le bureau. Clara hésita. Ce n'était pas seulement à propos des rapports. C'était à propos de sa présence ici, si près, envahissant son espace comme s'il y avait déjà droit. Et, mon Dieu, comme elle voulait qu'il y ait droit. — Bien sûr — murmura-t-elle, reculant sa chaise pour lui faire de la place. Ou peut-être était-ce une excuse pour s'éloigner un peu, car cette proximité rendait sa peau trop sensible, chaque terminaison nerveuse en alerte. Daniel se pencha sur le bureau, ses longs doigts feuilletant les pages avec une familiarité qui la surprit. Il n'était pas qu'un gardien. Il y avait quelque chose de plus—une intelligence aiguisée, une attention aux détails qui allait au-delà de ce qu'on attendait de quelqu'un qui passait ses nuits à surveiller des couloirs vides. — Tu analyses les données de ventes du dernier trimestre ? — demanda-t-il sans quitter les papiers des yeux. — Oui. — Clara se rapprocha à nouveau, maintenant curieuse. — Comment le sais-tu ? Il leva les yeux une seconde, un sourire rapide jouant sur ses lèvres. — Parce que je t'ai déjà vue ici avant. Toujours avec ces mêmes rapports. Et toujours comme si tu allais jeter l'ordinateur par la fenêtre. Clara rit, surprise. Il l'observait. Pas seulement dans les ascenseurs, pas seulement avec ces regards furtifs qu'elle faisait semblant de ne pas remarquer. Il la voyait vraiment. — C'est que ces chiffres ne correspondent pas — expliqua-t-elle en pointant un graphique. — Il y a quelque chose qui cloche ici, mais je ne trouve pas quoi. Daniel se pencha davantage, ses épaules frôlant les siennes. Clara sentit la chaleur se répandre dans son corps, un fourmillement descendant le long de son échine. Il sentait la nuit, quelque chose d'interdit, et elle dut se retenir pour ne pas tourner le visage et enfouir son nez dans le creux de son cou. — Ici — dit-il en pointant une ligne du graphique. — Tu compares des données de régions différentes, mais les périodes ne coïncident pas. C'est pour ça que ça ne colle pas. Clara fronça les sourcils, se rapprochant encore pour mieux voir. Maintenant, leurs bras se touchaient presque, et elle pouvait sentir la chaleur de sa peau à travers la chemise. — Comment le sais-tu ? — J'ai travaillé en logistique avant — répondit-il, comme si ce n'était rien d'important. — Les chiffres ont toujours eu du sens pour moi. Clara le regarda, surprise. Il était plein de surprises. — Et pourquoi es-tu devenu gardien ? Daniel haussa les épaules, mais ses yeux ne quittèrent pas les siens. — Horaires flexibles. Et j'aime le silence de la nuit. — Le silence... ou ce qui s'y passe ? — La question lui échappa avant qu'elle ne puisse se retenir, et Clara sentit son visage s'empourprer. Les lèvres de Daniel s'incurvèrent en un sourire lent, dangereux. — Ça dépend de ce qui s'y passe. L'air entre eux devint plus dense, chargé de quelque chose que Clara n'osait nommer. Elle déglutit, essayant de se concentrer sur les papiers devant elle, mais tout ce à quoi elle pouvait penser était la façon dont ses yeux la parcouraient, comme s'ils touchaient sa peau. — Tu restes toujours tard ? — demanda-t-il, sa voix plus basse maintenant, presque un murmure. — Seulement quand j'ai du travail à finir. — Ou quand tu évites de rentrer chez toi ? Clara leva les yeux, rencontrant les siens. Il y avait quelque chose là, une compréhension qui allait au-delà des mots. Il savait. Il comprenait. — Parfois — admit-elle. Daniel hocha la tête, comme si cette réponse avait tout son sens. Puis, sans prévenir, il tendit la main et effleura les jointures de ses doigts contre son bras, un contact léger, presque anodin. Mais il n'y avait rien d'anodin dans l'électricité qui parcourut le corps de Clara. — Tu sais — dit-il, la voix rauque —, je t'ai toujours trouvée belle. Même quand tu ne me donnais qu'un rapide sourire dans l'ascenseur. Clara sentit son cœur battre plus fort. C'était ça. Le moment où tout pouvait changer. — Et pourquoi ne m'as-tu jamais rien dit ? — Parce que tu semblais toujours si occupée. Si... inaccessible. Elle rit, un son doux, chargé d'ironie. — Et maintenant ? — Maintenant, tu es là. Seule. Et je suis fatigué de faire semblant de ne pas vouloir ça. Clara ne répondit pas. Elle n'en avait pas besoin. La façon dont ses yeux se fixèrent sur ses lèvres en disait déjà assez. Daniel s'approcha encore, jusqu'à ce que leurs corps se frôlent presque. Elle pouvait sentir sa chaleur, son souffle chaud contre sa peau. — Je peux t'aider avec autre chose ? — demanda-t-il, sa voix un murmure. Clara savait qu'il ne parlait plus des rapports. — Oui — murmura-t-elle, les lèvres s'entrouvrant. — Mais pas ici. Les yeux de Daniel s'assombrirent, le désir évident dans chaque trait de son visage. Il tendit la main, ses doigts effleurant son menton, inclinant son visage vers le haut. — Où, alors ? Clara ne répondit pas. Au lieu de cela, elle prit sa main et la guida vers le bureau, vers les papiers éparpillés, vers le graphique qui n'avait toujours pas de sens. — Explique-moi encore — demanda-t-elle, la voix tremblante. — De près. Daniel ne bougea pas pendant une seconde, comme s'il évaluait jusqu'où il pouvait aller. Puis, avec un sourire lent, il se pencha sur elle, ses lèvres frôlant presque son oreille. — Avec plaisir. Et quand il commença à parler, sa voix basse, les mots se mêlant à la chaleur de son souffle, Clara sut qu'il n'y avait plus de retour en arrière possible. Le graphique s'étendait devant eux comme un labyrinthe de lignes sinueuses, des chiffres dansant sous la lumière froide des écrans. Clara pointa une courbe ascendante, ses doigts légèrement tremblants, comme si le papier brûlait sous sa peau. Sa voix sortit plus basse qu'elle ne l'avait prévu, un fil de son qui s'enroulait dans le silence du bureau. — Ici... c'est là que les données divergent. Ça n'a pas de sens que la projection chute comme ça, soudainement. — Elle mordilla sa lèvre inférieure, un geste inconscient que Daniel suivit des yeux, comme si ce petit mouvement était la chose la plus fascinante qu'il ait jamais vue. Il fit un pas de plus, puis un autre, jusqu'à ce que la chaleur de son corps devienne une présence presque palpable à côté d'elle. Son parfum—quelque chose de citronné, mêlé à l'odeur propre du savon et à la légère transpiration de quelqu'un qui avait passé des heures en mouvement—envahit l'espace entre eux. Clara retint son souffle lorsque son bras frôla le sien, le tissu de sa chemise effleurant la peau exposée par le décolleté de son chemisier. Un frisson parcourut son échine, lent et délibéré, comme si chaque cellule de son corps se réveillait d'un long sommeil. — Peut-être une erreur de calcul — suggéra-t-il, la voix rauque, ses lèvres si proches de son oreille qu'elle sentit son souffle chaud contre le pavillon. — Ou peut-être que quelqu'un a manipulé les chiffres. Clara tourna le visage, juste assez pour que leurs regards se croisent. Les yeux de Daniel étaient sombres, presque noirs sous la lumière artificielle, et il y avait en eux une intensité qui lui fit oublier, l'espace d'un instant, ce dont elle parlait. L'air entre eux semblait chargé, comme si un orage était sur le point d'éclater dans le bureau vide. Elle déglutit, essayant de se concentrer. — Non... ce n'est pas une erreur. — Sa voix faiblit, et elle se racla la gorge, essayant de reprendre le contrôle. — C'est juste que... je ne vois pas la logique. Daniel ne répondit pas immédiatement. Au lieu de cela, il se pencha un peu plus, jusqu'à ce que leurs épaules se touchent. Clara pouvait sentir le poids de son regard sur elle, comme s'il essayait de déchiffrer quelque chose bien au-delà des chiffres sur le papier. Quand il parla, les mots sortirent lents, mesurés, comme si chacun était une provocation. — Parfois, la logique ne suffit pas. — Ses doigts effleurèrent le graphique, glissant sur le papier jusqu'à rencontrer les siens. Un contact léger, presque accidentel, mais qui fit s'emballer le cœur de Clara. — Parfois, il faut sentir. Elle aurait dû s'éloigner. Elle aurait dû reculer, croiser les bras, faire n'importe quoi pour briser ce contact qui la laissait si exposée. Mais elle ne put pas. Au lieu de cela, elle se tourna complètement vers lui, le mouvement faisant en sorte que leurs corps soient encore plus proches. La poitrine de Daniel se soulevait et s'abaissait à un rythme accéléré, et elle réalisa qu'il était lui aussi affecté. Cela la rendit plus audacieuse. — Sentir ? — répéta-t-elle, la voix un murmure. — Comment ça ? Daniel sourit, un sourire lent et dangereux, comme s'il savait exactement l'effet qu'il produisait sur elle. Il leva la main, ses doigts planant dans l'air entre eux, sans toucher, mais assez près pour que Clara puisse sentir la chaleur qui en émanait. — Comme quand tu regardes quelque chose et que tu sais que c'est faux, même si tous les chiffres disent le contraire. — Ses doigts effleurèrent son poignet, traçant un chemin lent jusqu'à son coude, comme s'il mémorisait la texture de sa peau. — Ou quand tu touches quelqu'un et que tu sais que tu ne devrais pas, mais que tu ne peux pas t'arrêter. Clara retint son souffle. Le contact était léger, presque imperceptible, mais suffisant pour faire frissonner tout son corps. Elle baissa les yeux, là où ses doigts glissaient sur sa peau, puis les releva vers les siens. Il y avait quelque chose là, une promesse silencieuse qui lui coupa le souffle. — Et si je ne veux pas m'arrêter ? — demanda-t-elle, la voix presque inaudible. Daniel ne répondit pas par des mots. Au lieu de cela, il se pencha encore, jusqu'à ce que ses lèvres soient à quelques centimètres des siennes. Clara pouvait sentir l'odeur du café qu'il avait bu plus tôt, mêlée à la chaleur de son souffle. L'air entre eux semblait vibrer, chargé d'une électricité qui menaçait d'exploser à tout moment. — Alors ne t'arrête pas — murmura-t-il, ses lèvres bougeant contre les siennes en parlant. Clara ferma les yeux, son cœur battant si fort qu'elle était sûre qu'il pouvait l'entendre. Elle voulait se rapprocher, voulait combler la distance entre eux, mais quelque chose la retint. Peut-être était-ce la peur de briser le charme, de transformer ce moment de tension en quelque chose de trop réel, trop rapide. Ou peut-être était-ce simplement le désir de prolonger cette sensation, de laisser le désir grandir jusqu'à devenir insupportable. Quand elle rouvrit les yeux, Daniel était toujours là, l'observant avec une intensité qui la fit se sentir nue. Il ne bougea pas, ne pressa pas, mais l'attente était là, planant entre eux comme une troisième présence. — Tu trembles — dit-il, ses doigts se refermant enfin autour de son poignet, son pouce traçant des cercles lents sur sa peau. — Je suis nerveuse — admit-elle, la voix tremblante. — Pourquoi ? Clara hésita. Comment expliquer que ce n'était pas de la peur, mais quelque chose de bien plus dangereux ? Que chaque contact, chaque regard, chaque mot chuchoté démontait les barrières qu'elle avait construites avec tant de soin ? — Parce que je ne sais pas ce qui va se passer maintenant — répondit-elle enfin. Daniel sourit, un sourire qui n'était pas de victoire, mais de complicité. Il se pencha encore, jusqu'à ce que ses lèvres effleurent son oreille, son souffle chaud la faisant frissonner. — Moi non plus — murmura-t-il. — Mais je pense que nous voulons tous les deux le découvrir. Et puis, comme si l'univers avait décidé pour eux, un papier glissa du bureau, tombant au sol avec un bruit étouffé. Le son fut suffisant pour briser le sortilège, mais pas assez pour éteindre le feu qui brûlait déjà entre eux. Clara baissa les yeux vers le papier maintenant éparpillé sur le sol, et quand elle releva les yeux vers Daniel, elle vit dans les siens la même urgence qu'elle ressentait. Sans un mot, il se baissa, ses doigts frôlant les siens alors qu'ils se penchaient tous les deux pour ramasser le papier. Et à cet instant, avec son corps si près, son odeur envahissant ses sens, Clara sut qu'il n'y avait plus de retour en arrière possible. Le papier tombé au sol semblait avoir emporté avec lui toute la rationalité que Clara tentait encore de garder. Ses mains tremblaient légèrement tandis qu'elle se penchait pour le ramasser, mais avant que ses doigts ne puissent l'atteindre, un autre document glissa de la pile en équilibre sur le bureau, comme s'il avait une vie propre. Un, deux, trois papiers voltigèrent dans les airs avant de s'éparpiller sur le parquet ciré, comme des feuilles emportées par un vent inattendu. — Merde — murmura-t-elle, la voix plus rauque qu'elle ne l'aurait voulu. Daniel était déjà en mouvement avant même qu'elle n'ait fini de parler, s'accroupissant à ses côtés avec une aisance qui fit battre le cœur de Clara plus vite. Le tissu de sa chemise frôla son bras nu lorsqu'il se baissa, et ce contact, aussi bref fût-il, envoya un frisson le long de son échine. Elle retint son souffle, comme si le simple fait d'inspirer pouvait briser l'équilibre fragile qui les maintenait là, au bord de quelque chose qu'ils savaient tous deux inévitable. Ses doigts s'étendirent pour ramasser l'un des papiers, et les siens, presque par instinct, firent de même. C'est alors que cela arriva : leurs mains se rencontrèrent. Pas un contact accidentel, mais un glissement lent, délibéré, comme s'ils testaient tous deux la température de l'eau avant de plonger. La peau de Daniel était chaude, légèrement rugueuse au bout des doigts, et Clara sentit le contraste avec la douceur de ses propres mains, encore humides de nervosité. — Désolé — dit-il, mais il ne fit aucun geste pour s'éloigner. Clara ne répondit pas. Elle ne pouvait pas. Ses yeux étaient rivés aux siens, et dans l'espace infime entre eux, l'air semblait vibrer, chargé de quelque chose qui dépassait les mots. Son odeur—un mélange de savon frais et de quelque chose de plus terreux, peut-être la chaleur même de son corps—l'envahit, lui rappelant ce que c'était que de sentir le poids d'un homme contre soi, comme il était facile de se perdre dans les sensations quand l'esprit se taisait. Daniel ne détourna pas le regard. Ses yeux sombres parcoururent son visage, s'attardant sur ses lèvres entrouvertes, sur la façon dont sa respiration s'accélérait. Il n'avait pas besoin de demander. Ils savaient tous les deux. — Clara — murmura-t-il, et son nom sonna comme une question, une supplication, une confession. Elle ne répondit pas avec des mots. Au lieu de cela, elle se pencha d'un centimètre en avant, juste assez pour que son souffle chaud effleure sa joue. Tout son corps semblait s'être transformé en un fil électrique, chaque terminaison nerveuse à fleur de peau, attendant, anticipant. Et puis, comme si le monde avait retenu son souffle avec eux, Daniel combla la distance. Le premier contact de leurs lèvres fut doux, presque hésitant, comme s'il demandait encore la permission. Mais Clara n'avait pas besoin d'hésitation. Avec un gémissement bas, elle se pressa contre sa bouche avec une urgence qui la surprit elle-même. Les lèvres de Daniel étaient douces, mais fermes, et quand sa langue effleura la sienne, Clara goûta le café et la menthe, mêlés à quelque chose de plus primitif, de plus intime. Ses mains trouvèrent sa taille, la tirant plus près, et Clara ne résista pas. Les papiers oubliés au sol, le bureau en désordre, le bureau vide—rien de tout cela n'avait plus d'importance. Le monde s'était réduit à ce moment, à ce contact, à ce baiser qui brûlait plus que tout ce qu'elle avait jamais ressenti. Daniel la souleva, la redressant avec une facilité qui la fit se sentir légère, désirée. Elle s'accrocha à ses épaules, ses ongles s'enfonçant dans le tissu de sa chemise tandis que le baiser s'approfondissait, devenant plus vorace, plus exigeant. Ses doigts glissèrent le long de son dos, traçant la ligne de sa colonne vertébrale, et Clara s'arqua contre lui, un soupir s'échappant de ses lèvres entrouvertes. — Tu n'as pas idée — murmura-t-il contre sa bouche — à quel point j'ai voulu faire ça. Clara rit doucement, un son à la fois amusé et chargé de désir. — Je crois que si — répondit-elle, la voix rauque. — Parce que moi aussi, j'en ai eu envie. Ses mains descendirent jusqu'à ses hanches, les serrant avec une possessivité qui fit gémir Clara. Elle sentit la chaleur de son corps à travers leurs vêtements, la pression ferme de ses doigts, et elle sut qu'elle était perdue. Il n'y avait plus moyen de revenir en arrière. Daniel s'écarta juste assez pour la regarder, ses yeux sombres brillant d'une intensité qui fit se contracter son estomac. — Tu es sûre ? — demanda-t-il, la voix rauque. Clara n'hésita pas. Elle enroula ses bras autour de son cou, le tirant vers un autre baiser, celui-ci plus lent, plus exploratoire. Quand elle s'écarta à nouveau, ses lèvres étaient gonflées, ses yeux mi-clos. — Je n'ai jamais été aussi sûre de ma vie. Le sourire qu'il lui offrit fut lent, dangereux, plein de promesses. Il s'approcha à nouveau, mais cette fois, ce ne furent pas ses lèvres qui trouvèrent les siennes. Au lieu de cela, sa bouche descendit le long de son cou, laissant une traînée de baisers humides qui la firent frissonner. Elle inclina la tête en arrière, exposant davantage sa peau sensible, et Daniel ne perdit pas de temps. Ses dents effleurèrent sa clavicule, mordillant légèrement avant que sa langue n'apaise la brûlure. — Daniel — murmura-t-elle, son nom sortant comme une prière. Il répondit en la tirant plus près, ses mains glissant sous son chemisier, ses doigts chauds contre sa peau nue. Clara haleta lorsqu'il trouva l'attache de son soutien-gorge, le défaisant avec une habileté qui la fit se demander combien de fois il avait déjà fait cela. Mais le doute ne dura qu'une seconde. Quand ses mains enveloppèrent ses seins, ses pouces encerclant ses tétons déjà durcis, toute pensée cohérente se dissipa. — Putain — gémit-il, la voix rauque de désir. — Tu es si belle. Clara ne répondit pas. Elle ne pouvait pas. Les sensations étaient trop fortes—le contact de ses mains, la chaleur de son corps contre le sien, son odeur mêlée au parfum doux de sa peau. Elle se pressa contre lui, sentant la preuve de son désir appuyer contre sa hanche, et un frisson d'anticipation parcourut son corps. Daniel la poussa doucement contre le bureau, les papiers oubliés maintenant éparpillés sous eux, témoins silencieux de ce qui allait venir. Ses mains explorèrent chaque courbe de son corps, comme s'il mémorisait chaque détail, chaque réaction. Clara s'accrocha à ses épaules, ses ongles s'enfonçant dans sa chair tandis que ses baisers descendaient de plus en plus, laissant une traînée de feu sur sa peau. — Je te veux — murmura-t-il, sa bouche trouvant son oreille, ses dents mordillant le lobe. — Maintenant. Clara n'avait pas besoin de plus d'encouragement. Ses mains allèrent à sa ceinture, ses doigts tremblants mais déterminés, et quand elle réussit enfin à déboutonner son pantalon, elle sentit son corps frémir contre le sien. — La table de réunion — murmura-t-elle, la voix haletante. — Maintenant. Daniel n'objecta pas. D'un mouvement rapide, il la souleva, l'asseyant sur le bord de la table tandis que ses lèvres retrouvaient les siennes. Clara enroula ses jambes autour de sa taille, le tirant plus près, et quand elle sentit la pression ferme de son corps contre le sien, elle sut qu'il n'y avait plus de retour en arrière possible. Le bureau autour d'eux était silencieux, éclairé seulement par les lumières de la ville qui filtraient à travers les fenêtres. Mais dans cette pièce, entre les papiers éparpillés et les corps entrelacés, le monde avait explosé en flammes. Et Clara n'avait aucune intention de les éteindre. La table de réunion était froide contre la peau nue des cuisses de Clara lorsque Daniel l'y déposa avec un soin qui contrastait avec l'urgence de ses gestes. Le plateau de bois poli reflétait la lumière bleutée de la ville, se fragmentant en taches argentées sur les documents oubliés, les graphiques désormais inutiles, les stylos roulant hors de portée. Elle s'appuya sur ses coudes, ses cheveux détachés tombant sur ses épaules en vagues désordonnées, et le regarda tandis qu'il s'éloignait juste assez pour retirer sa chemise d'un mouvement rapide des bras. Les muscles de son abdomen se contractèrent sous la lumière, sa peau marquée par une fine couche de sueur qui brillait comme si elle avait été polie. — Tu es magnifique — dit-il, la voix rauque, ses yeux parcourant chaque centimètre d'elle avec une intensité qui la fit frissonner. Ce n'était pas un compliment vide ; c'était une constatation, comme s'il mémorisait chaque détail pour ne jamais l'oublier. Clara mordit sa lèvre inférieure, sentant la chaleur monter dans son cou. Ses mains allèrent aux boutons de son chemisier, mais Daniel attrapa ses poignets avec délicatesse. — Laisse-moi faire. Il s'approcha à nouveau, ses doigts glissant sur le tissu fin de son chemisier jusqu'à trouver le premier bouton. Chacun qui s'ouvrait révélait un peu plus de sa peau, le soutien-gorge en dentelle noire apparaissant comme une promesse. Quand le chemisier glissa enfin de ses épaules, Daniel ne résista pas : il se pencha et embrassa la courbe de son sein, sa langue traçant des cercles lents sur la dentelle jusqu'à ce qu'elle arque le dos, un gémissement bas s'échappant de ses lèvres. — Daniel... — son nom sortit comme une prière, mais elle ne savait pas exactement ce qu'elle demandait. Plus ? Moins ? Tout ? Il comprit néanmoins. Ses mains allèrent à l'attache de son soutien-gorge, le défaisant avec une facilité qui lui fit ressentir un frisson d'anticipation. Quand le tissu tomba, exposant ses seins à l'air frais du bureau, Daniel ne détourna pas le regard. Au lieu de cela, il les prit dans ses paumes, ses pouces effleurant ses tétons déjà durcis, faisant soupirer Clara de manière saccadée. — Si sensible — murmura-t-il en se penchant pour en capturer un dans sa bouche. La chaleur humide de sa langue la fit s'arquer davantage, ses ongles s'enfonçant dans le bois de la table. Daniel alternait entre des succions lentes et des mordillements légers, chaque mouvement envoyant des vagues de plaisir directement vers son ventre. Clara enroula ses doigts dans ses cheveux, le tirant plus près, comme si elle pouvait fusionner leurs corps par la seule force du désir. — Tu aimes ça ? — demanda-t-il, sa voix étouffée contre sa peau, ses dents effleurant son téton avant de le libérer avec un petit claquement. — Oui — parvint-elle à dire, la voix tremblante. — Encore. Daniel sourit, un sourire pervers et satisfait, et descendit ses mains jusqu'à sa taille, ses doigts s'accrochant à la ceinture de sa jupe. D'un mouvement ferme, il la tira vers le bord de la table, ses jambes s'ouvrant instinctivement autour de ses hanches. Clara sentit la dureté de son excitation presser contre le tissu fin de sa culotte, et un gémissement lui échappa avant qu'elle ne puisse le retenir. — Chut — murmura-t-il contre sa bouche, l'embrassant profondément, comme s'il voulait avaler chaque son qu'elle pourrait faire. — On ne veut pas réveiller toute la ville, n'est-ce pas ? Clara rit doucement contre ses lèvres, mais le rire se transforma en un soupir quand les mains de Daniel glissèrent sous sa jupe, ses doigts trouvant l'élastique de sa culotte. Il ne l'enleva pas tout de suite. Au lieu de cela, il joua avec, tirant légèrement avant de le relâcher contre sa peau, la faisant frissonner. — Impatiente ? — la provoqua-t-il, ses lèvres effleurant son cou tandis que ses doigts continuaient leur jeu. — Tu me tortures — répondit-elle, la voix haletante. — Et tu adores ça. Il avait raison. Chaque contact, chaque caresse lente, chaque provocation ne faisait qu'augmenter la tension en elle, comme une corde tirée jusqu'à presque se rompre. Quand Daniel fit enfin glisser sa culotte le long de ses jambes, Clara ne put retenir un gémissement plus fort, étouffé seulement quand il couvrit sa bouche de sa main. — Silence — ordonna-t-il, ses yeux sombres fixés sur les siens. — Ou je vais devoir trouver une autre façon de te faire taire. La menace, si c'en était une, fit palpiter son corps. Clara mordit sa lèvre inférieure, hochant la tête, et Daniel retira sa main, la remplaçant par un baiser qui lui coupa le souffle. Pendant ce temps, ses doigts exploraient entre ses jambes, glissant avec facilité dans l'humidité qui s'y était déjà accumulée. — Si prête — murmura-t-il, un doigt s'insérant en elle avec une lenteur délibérée, la faisant s'arquer et gémir doucement contre son épaule. — S'il te plaît — murmura-t-elle, ses ongles s'enfonçant dans ses bras. — Ne me fais pas attendre. Daniel n'eut pas besoin de plus d'encouragement. D'un mouvement rapide, il enleva son pantalon, le tissu tombant au sol avec un bruit étouffé. Clara ne détourna pas les yeux, ses yeux fixés sur son érection, épaisse et palpitante, son extrémité déjà brillante d'une goutte de désir. Elle tendit la main, l'enveloppant de ses doigts, sentant la chaleur et la dureté sous la peau douce. — Tu vas me tuer — dit-il, la voix rauque, les yeux se fermant un instant tandis qu'elle le caressait. — J'espère que non — répondit-elle, un sourire malicieux aux lèvres. — On a encore beaucoup de choses à faire. Daniel attrapa son poignet, interrompant le mouvement avant qu'il ne soit trop tard. — Assez — dit-il, la voix ferme. — Ou ça va se terminer avant même d'avoir commencé. Clara n'objecta pas. Au lieu de cela, elle le tira plus près, ses jambes enroulant sa taille tandis qu'il se positionnait entre elles. Son extrémité effleura son entrée, et Clara mordit sa lèvre inférieure avec force, sentant tout son corps trembler d'anticipation. — Maintenant — demanda-t-elle, la voix presque un murmure. Daniel n'hésita pas. D'un mouvement ferme, il la pénétra, la remplissant complètement, la faisant gémir dans un son qui résonna dans la pièce vide. Clara enfonça ses ongles dans son dos, leurs corps se mouvant dans un rythme aussi ancien que le désir lui-même. Chaque coup de reins était profond, délibéré, comme s'il essayait de mémoriser la sensation d'être en elle. — Tu es... incroyable — murmura-t-il, sa bouche trouvant son oreille tandis qu'il accélérait le rythme, ses hanches cognant contre les siennes avec une force qui faisait grincer la table sous eux. Clara ne pouvait pas répondre. Les mots se perdaient parmi les gémissements, les soupirs, la sensation écrasante de plaisir qui s'accumulait en elle, de plus en plus intense, de plus en plus urgente. Elle s'accrocha à lui, ses doigts glissant sur la peau transpirante de son dos, sentant ses muscles se contracter sous son toucher. — N'arrête pas — parvint-elle à dire, la voix entrecoupée. — N'ose pas t'arrêter. Daniel rit doucement, un son rauque et satisfait, et augmenta encore le rythme, leurs corps s'entrechoquant avec une intensité qui faisait trembler la table. Clara sentit l'orgasme approcher comme une vague, de plus en plus haute, de plus en plus inévitable. Quand il arriva enfin, ce fut comme si le monde entier se brisait en mille morceaux, le plaisir explosant en elle en spasmes qui lui coupèrent le souffle, ses gémissements étouffés contre son épaule. Daniel ne s'arrêta pas. Il continua de bouger, prolongeant son plaisir jusqu'à ce que les tremblements commencent à s'apaiser. Ce n'est qu'alors qu'il se permit de céder, ses hanches poussant avec force une dernière fois avant de laisser échapper un gémissement rauque, tout son corps frémissant tandis qu'il trouvait sa propre libération. Pendant un moment, il n'y eut rien d'autre que leur respiration haletante, leurs corps entrelacés, la sueur se mêlant sur leur peau. Clara appuya son front contre son épaule, sentant son cœur battre de manière désordonnée, ses doigts toujours enfoncés dans son dos comme si elle craignait qu'il ne disparaisse. Daniel embrassa le sommet de sa tête, ses bras l'enveloppant avec une tendresse qui contrastait avec la passion sauvage de quelques instants plus tôt. — Ce n'est pas encore fini — murmura-t-il, la voix rauque de satisfaction. Clara leva la tête, ses yeux rencontrant les siens avec une question silencieuse. — Il y a une autre salle de réunion à l'étage au-dessus — dit-il, un sourire malicieux aux lèvres. — Et j'ai l'intention d'en utiliser chacune avant l'aube. La dernière salle de réunion de l'étage supérieur était plus petite, plus intime, avec une table en acajou poli qui reflétait les lumières de la ville comme un miroir sombre. Daniel l'y déposa, ses jambes enroulant sa taille tandis qu'il l'embrassait avec une lenteur délibérée, comme s'il voulait mémoriser son goût, la texture de ses lèvres, la manière dont ses dents mordillaient légèrement sa lèvre inférieure. Elle rit contre sa bouche, un son bas et satisfait, ses doigts glissant dans les cheveux courts de sa nuque. — Tu es insatiable — murmura-t-elle, mais il n'y avait aucune plainte dans sa voix, seulement une promesse. — Seulement quand il s'agit de toi — répondit-il, sa main descendant le long de sa cuisse, ses doigts traçant des cercles paresseux sur la peau sensible de l'intérieur. — Et il semble que toi non plus, tu n'aies pas à te plaindre. Clara s'arqua contre lui lorsque ses doigts trouvèrent le point sensible, ses hanches se mouvant dans un rythme lent et torturant. La table grinça légèrement sous leur poids, un son presque inaudible qui se mêla à son soupir. Daniel observait chaque réaction, chaque frisson, chaque fois que ses lèvres s'entrouvraient dans un gémissement étouffé. C'était comme s'il voulait graver chaque détail dans sa mémoire, comme s'il craignait que, à l'aube, tout cela puisse se dissiper comme de la brume. — Tu aimes me provoquer — l'accusa-t-elle, mais sa voix était entrecoupée, perdue dans le plaisir. — J'aime te voir perdre le contrôle — admit-il, sa bouche descendant le long de son cou, ses dents effleurant légèrement sa clavicule. — J'aime savoir que je suis le seul à te faire oublier où tu es, qui tu es, ce que tu devrais être en train de faire. Clara ne répondit pas. Elle n'en avait pas besoin. Son corps disait déjà tout : ses muscles tendus, sa respiration accélérée, la manière dont ses ongles s'enfonçaient dans ses épaules quand il la pénétra à nouveau, plus profondément, plus lentement, comme si le temps s'était arrêté juste pour eux. La ville dehors continuait de dormir, les lumières des bâtiments clignotant comme des étoiles lointaines, indifférentes à ce qui se passait ici, entre quatre murs. Quand ils atteignirent enfin la fin, il n'y eut aucune précipitation. Daniel la serra contre lui, leurs corps toujours unis, leurs battements de cœur se synchronisant peu à peu. Clara appuya son front contre son épaule, sentant la sueur froide sur sa peau, l'odeur de sexe et de quelque chose de plus profond, quelque chose qui n'avait pas de nom. Il passa ses doigts dans ses cheveux, démêlant les mèches humides, et embrassa sa tempe avec une tendresse qui lui fit fermer les yeux. — Tu es toujours avec moi ? — demanda-t-il, la voix rauque, presque un murmure. Elle hocha la tête, ses lèvres effleurant sa peau en répondant : — Plus que jamais. Ils restèrent ainsi un moment, sans hâte, sans mots. La climatisation bourdonnait doucement, se mêlant au bruit lointain d'une voiture passant dans la rue. Clara se demanda si quelqu'un, quelque part, était éveillé à cette heure, si quelqu'un avait remarqué les lumières du bureau allumées, si quelqu'un aurait pu imaginer ce qui s'y passait. Mais l'idée ne la dérangea pas. Au contraire : cela la fit sourire. — Qu'est-ce qu'il y a ? — demanda Daniel, remarquant le changement dans son humeur. — Rien — mentit-elle, mais son sourire s'élargit. — Je me disais juste que personne ne le saura jamais. Il rit, un son bas et satisfait, et la tira plus près. — C'est ça qui est excitant — murmura-t-il, ses lèvres effleurant son oreille. — Un secret rien qu'à nous. Clara s'écarta juste assez pour le regarder dans les yeux, ses doigts traçant le contour de sa mâchoire, sentant la barbe naissante gratter légèrement sa peau. Il y avait quelque chose là, quelque chose qui allait au-delà du désir, au-delà de cette nuit. Quelque chose qui l'effrayait et la fascinait à la fois. — Et si quelqu'un découvre ? — demanda-t-elle, plus pour elle-même que pour lui. Daniel prit son visage entre ses mains, ses pouces caressant ses pommettes. — Personne ne découvrira — dit-il avec une certitude qui la calma. — Et même si c'était le cas, ce ne serait pas la fin du monde. Mais ce n'est pas ça qui compte maintenant. — Qu'est-ce qui compte, alors ? — Ça — répondit-il en l'embrassant à nouveau, lentement, profondément. — Ça ici. Toi et moi. Cette nuit. Elle ferma les yeux, se laissant emporter par le baiser, par la chaleur de son corps, par la sensation que, à cet instant, rien d'autre n'existait. Quand ils s'écartèrent, Clara appuya son front contre le sien, respirant le même air. — Demain — commença-t-elle, mais il l'interrompit par un autre baiser. — Demain, on verra — dit-il, la voix douce. — Aujourd'hui, c'est encore aujourd'hui. Et c'était vrai. L'horloge au mur indiquait trois heures et demie du matin, mais le temps semblait s'être replié sur lui-même, créant un espace rien qu'à eux, où les règles du monde extérieur ne s'appliquaient pas. Clara se permit de se détendre, ses muscles cédant enfin à l'épuisement délicieux qui l'envahissait. Daniel l'aida à descendre de la table, ses bras fermes autour de sa taille. Les papiers éparpillés sur le sol, les rapports oubliés, les lumières de la ville se reflétant dans les fenêtres—tout semblait faire partie d'un décor irréel, d'un rêve dont elle ne voulait pas se réveiller. — Il faut que je me rhabille — dit-elle en regardant ses vêtements froissés, les boutons de son chemisier défaits à la hâte. — Je t'aide — proposa-t-il, mais il n'y avait aucune précipitation dans sa voix. Ensemble, ils ramassèrent leurs vêtements, échangeant des regards complices tandis que Clara reboutonnait son chemisier et que Daniel ajustait sa cravate. Il y avait quelque chose d'intime dans ce geste, quelque chose qui allait au-delà du sexe, quelque chose qui lui serra la poitrine. — Tu vas pouvoir conduire ? — demanda-t-il quand elle enfila ses chaussures. — Oui — répondit-elle, mais elle hésita. — Et toi ? — Je reste toujours — dit-il avec un sourire qui n'atteignit pas ses yeux. — C'est dans la description du poste. Clara hocha la tête, mais ne dit rien. Elle savait que, pour lui, cette nuit ne serait qu'un autre souvenir, un autre secret gardé entre les murs du bureau. Mais pour elle ? Pour elle, c'était différent. C'était plus. Ils marchèrent ensemble jusqu'à l'ascenseur, leurs pas résonnant dans le couloir vide. Clara appuya sur le bouton, sentant le poids du moment, la conscience que, en quelques secondes, tout cela prendrait fin. Daniel resta à ses côtés, les mains dans les poches, le regard fixé sur les portes métalliques. — Tu reviens demain ? — demanda-t-il, comme si la question était anodine. — Oui — répondit-elle sans hésiter. — Et toi ? — Je suis toujours là — dit-il, mais il y avait quelque chose dans sa voix, une ombre qu'elle ne sut déchiffrer. L'ascenseur arriva avec un *ding* doux, les portes s'ouvrant pour révéler l'espace vide. Clara entra la première, se tournant pour lui faire face. Pendant une seconde, elle pensa à l'inviter à partir avec elle, à prolonger la nuit quelque part où il n'y aurait ni horloges, ni règles, ni le poids du lendemain. Mais elle ne dit rien. Elle se contenta de sourire. — À demain, alors — dit-elle. Daniel hocha la tête, mais ne bougea pas. Il resta là, immobile, la regardant tandis que les portes se refermaient entre eux. Clara leva la main en un signe d'au revoir silencieux, son cœur battant un peu plus vite que nécessaire. Quand l'ascenseur commença à descendre, elle s'appuya contre la paroi froide de métal, fermant les yeux. Elle pouvait encore sentir son goût dans sa bouche, la chaleur de ses mains sur sa peau, le son de sa voix murmurant son nom. C'était comme s'il avait laissé une marque sur elle, quelque chose qui ne pourrait être ni lavé ni oublié. L'ascenseur s'arrêta au rez-de-chaussée, et Clara sortit, ses talons résonnant dans le hall désert. Le gardien de la réception ne leva même pas les yeux de son journal, indifférent à ce qui s'était passé là-haut. Elle poussa la porte vitrée, sentant l'air frais de la nuit lui frapper le visage, et respira profondément. La ville dormait encore, mais le ciel commençait à s'éclaircir à l'horizon, les premières lueurs de l'aube teintant les nuages d'un rose pâle. Clara marcha jusqu'à sa voiture, les clés tintant dans sa main, et s'installa, démarrant le moteur avec un soupir. En conduisant vers chez elle, les rues vides défilant comme un flou, elle ne pouvait s'empêcher de penser à lui. À la façon dont ses yeux brillaient dans l'obscurité, à la manière dont ses mains savaient exactement où la toucher, à comment, pendant quelques heures, elle s'était permis d'oublier tout—sauf lui. Et, pour la première fois depuis longtemps, Clara ne se soucia pas de ce que le lendemain apporterait. Parce que, pour l'instant, c'était encore la nuit. Et la nuit leur appartenait.

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