Le Mystère de l'Étage du Dessus

Par Tonkix
Le Mystère de l'Étage du Dessus
**Le Mystère de l'Étage du Dessus** L’appartement de Lucas sentait le café froid et le papier froissé, un mélange qui, pour lui, était l’arôme de la solitude domestiquée. Les murs de son studio, tapissés de livres et de notes scotchées, absorbaient le silence des matins comme des éponges, le restituant en échos étouffés lorsque la nuit tombait. Il écrivait à la lueur d’une lampe de bureau, la lumière jaunâtre découpant son visage en ombres qui accentuaient les rides autour de ses yeux—marques de nuits blanches et de pensées qui refusaient de se transformer en mots. C’était un homme aux routines précises : il se réveillait avec le soleil qui frappait la fenêtre de sa chambre, préparait son café dans une cafetière italienne qui sifflait comme un chat irrité, et passait les premières heures de la matinée à griffonner des idées dans des carnets à couverture rigide. L’après-midi, il lisait à voix haute pour lui-même, comme s’il testait le poids de chaque phrase dans l’air. Mais dernièrement, quelque chose avait changé. Ce n’étaient pas les mots qui le distrayaient, mais les sons qui venaient du plafond. D’abord, ce furent les pas. Légers, presque imperceptibles, comme si quelqu’un marchait sur du coton. Mais Lucas connaissait le rythme de l’immeuble—Monsieur Almeida, du 302, traînait les pieds comme s’il portait du plomb dans ses chaussures ; Madame Marta, du 201, avait une façon de faire claquer ses talons qui faisait tinter le lustre du salon. Ces pas, cependant, étaient différents. Ils étaient rapides, presque dansants, comme si la personne au-dessus de lui était toujours pressée, mais sans hâte véritable. Parfois, ils s’arrêtaient net, comme si leur propriétaire s’était souvenu de quelque chose d’important. D’autres fois, ils s’accéléraient, comme s’ils fuyaient quelque chose. Puis vinrent les chuchotements. Ce n’étaient pas des voix claires, mais des fragments de sons qui s’échappaient par les fissures du plafond, se mêlant au bourdonnement du réfrigérateur et au sifflement du chauffage. Lucas inclinait la tête pour mieux entendre, les doigts immobiles sur le clavier de son ordinateur portable. Un rire étouffé. Un soupir. Le frottement d’un tissu contre un autre, comme si quelqu’un se déshabillait—ou s’habillait—en hâte. Il fermait les yeux et imaginait : des mains glissant sur une peau chaude, des lèvres effleurant une oreille, des mots murmurés sur le ton du secret. — *Tu aimes ça ?* — murmurait-il pour lui-même, répétant ce qu’il croyait avoir entendu, la voix rauque de celui qui n’a pas parlé depuis des heures. La curiosité le dévorait. Ces derniers jours, Lucas avait abandonné le roman qu’il tentait d’écrire—une histoire d’un homme qui tombait amoureux de l’ombre d’une femme—et commencé à noter les horaires des sons. *23h47 : pas rapides, comme si quelqu’un courait pieds nus. 00h12 : rire contenu, peut-être celui d’une femme. 01h05 : silence soudain, comme si on avait retenu son souffle.* Il dessinait des plans mentaux de l’appartement du dessus, essayant de deviner où se trouvaient la chambre, le salon, la cuisine. Il imaginait une femme aux cheveux sombres, peut-être rousse, se déplaçant dans la pénombre comme une apparition. Ou un homme grand, aux mains larges, qui l’observait de loin, attendant le bon moment pour s’approcher. Cette nuit-là, l’immeuble était plus silencieux que d’habitude. La pluie frappait les fenêtres avec une monotonie persistante, et le vent faisait onduler les rideaux comme des fantômes paresseux. Lucas avait terminé une bouteille de vin rouge—une habitude récente, qui l’aidait à dormir—et était maintenant allongé sur le canapé, les yeux fixés au plafond. Les fissures dans le plâtre formaient des dessins qu’il n’avait jamais remarqués auparavant : une spirale ici, une ligne sinueuse là, comme des veines sous la peau pâle de l’appartement. Puis, il entendit. Un grattement de meubles. Un bruit sourd, comme si quelque chose de lourd était tombé. Et ensuite, le son qui lui fit retenir son souffle : un gémissement. Pas de douleur, pas de surprise—de plaisir. Bas, contenu, mais indéniable. Lucas se redressa brusquement, le cœur battant fort contre ses côtes. Le son revint, plus long cette fois, comme si quelqu’un essayait d’étouffer un soupir entre ses dents. Il se leva, les pieds nus s’enfonçant dans le tapis moelleux. Il s’approcha du mur qui séparait son appartement du couloir de l’étage supérieur, collant son oreille contre le papier peint froid. Le gémissement revint, accompagné d’un murmure qu’il ne parvint pas à déchiffrer. *S’il te plaît. Comme ça. Ne t’arrête pas.* Les mots étaient indistincts, mais le ton était clair : du désir. Lucas sentit le sang battre à ses tempes. Une partie de lui voulait s’éloigner, retourner sur le canapé, faire semblant de n’avoir rien entendu. Mais une autre partie—celle qui le faisait veiller la nuit à écrire sur des passions interdites—le poussait en avant. Il monta sur la pointe des pieds jusqu’à la porte de l’appartement, l’ouvrit lentement et jeta un coup d’œil dans le couloir vide. La lumière jaunâtre des lampes fluorescentes vacillait, comme si l’immeuble retenait son souffle avec lui. L’ascenseur était arrêté au troisième étage. Lucas hésita une seconde avant de décider de monter par l’escalier. Les marches de marbre étaient froides sous ses pieds, et la rampe de fer grinçait à chaque pas. Lorsqu’il arriva au quatrième étage, il s’arrêta devant la porte de l’appartement 401, le seul autre que le sien. Le nom sur la plaque était effacé, comme si quelqu’un avait gratté les lettres exprès. Il leva la main vers la sonnette, mais ne la pressa pas. Au lieu de cela, il posa la paume contre le bois de la porte, sentant la texture rugueuse sous ses doigts. Pendant un instant, il crut entendre des pas de l’autre côté, comme si quelqu’un était là, aussi près que lui. Puis, le bruit d’une serrure qui tournait. Lucas recula instinctivement, le cœur battant la chamade. La porte s’ouvrit de quelques centimètres seulement, révélant une fente d’obscurité. Il retint son souffle, attendant. Rien. Aucun mouvement, aucun son. Juste l’odeur de quelque chose de doux et légèrement métallique—parfum de femme, peut-être, mêlé à l’arôme de la cire de bougie. — Qui est là ? — murmura une voix féminine de l’autre côté, si basse qu’il faillit ne pas l’entendre. Lucas ouvrit la bouche pour répondre, mais les mots moururent dans sa gorge. La porte se referma avec un clic doux, et il resta là, immobile dans le couloir, sentant le poids du silence retomber sur lui comme une couverture lourde. Lorsqu’il retourna dans son appartement, la sensation que quelque chose—ou quelqu’un—l’observait ne le quitta pas. Cette nuit-là, il rêva de pas au plafond. Et d’une femme qui ne montrait jamais son visage. L’ascenseur sentait le cuir vieilli et le métal froid, une odeur que Lucas connaissait par cœur—comme il connaissait chaque grincement des portes, chaque à-coup des engrenages usées. Il entra dans la cabine étroite avec la hâte de quelqu’un qui ne veut pas rater son horaire, mais le poids du livre à couverture rigide dans sa main le fit ralentir. *Dracula*, édition de poche aux pages jaunies, une trouvaille à la librairie d’occasion du coin. Il le feuilleta distraitement, le pouce effleurant les bords rugueux du papier, tandis que les portes se refermaient avec un soupir pneumatique. C’est alors qu’il la vit. Elle était dans le coin opposé, si immobile qu’elle aurait pu être une statue si ce n’était la lueur ténue de la lumière jaunâtre se reflétant dans ses cheveux—une cascade de mèches sombres, presque noires, qui tombaient en vagues désordonnées sur ses épaules. Elle portait une robe vert mousse, ajustée à la taille et ample aux hanches, comme si elle avait été cousue pour le corps de quelqu’un d’autre, ou peut-être pour le sien, mais dans une autre vie. Le tissu semblait respirer avec elle, montant et descendant au rythme lent de sa respiration. Lucas retint la sienne pendant une seconde, deux, trois—le temps suffisant pour qu’elle lève les yeux. Leurs regards se croisèrent. Ce ne fut pas un regard anodin, de ceux qu’on échange par politesse et qu’on oublie l’instant d’après. Ce fut quelque chose de plus dense, de plus humide, comme si ses yeux étaient deux flaques de miel sombre où il s’enfonça sans prévenir. Ses pupilles se dilatèrent, juste un peu, mais assez pour que Lucas sente la chaleur monter dans son cou. Elle ne sourit pas immédiatement. D’abord, elle se contenta de l’observer, avec une intensité qui le fit se sentir nu, comme si elle pouvait voir au-delà de sa chemise de coton, au-delà de sa peau, jusqu’aux pensées qu’il avait eues ces dernières nuits—celles où il imaginait des mains inconnues parcourant le plafond de sa chambre, des doigts pressant le parquet au-dessus de son lit. — Bonsoir — dit-elle enfin. Sa voix était basse, rauque, comme si elle venait de se réveiller ou venait de gémir. Lucas déglutit avec difficulté. — Bonsoir — répondit-il, détestant le ton légèrement rauque de sa propre voix, comme s’il avait passé la nuit à crier. Il essaya de se reprendre, mais l’ascenseur eut un soubresaut et il perdit l’équilibre, le livre lui échappant des mains. Avant qu’il ne puisse se baisser, elle était déjà là, accroupie, ses longs doigts pâles tenant la couverture avec une délicatesse qui contrastait avec l’urgence de ses gestes. — *Dracula* — murmura-t-elle, passant son pouce sur le titre en relief. — Vous aimez les histoires d’horreur ? — J’aime les histoires qui empêchent de dormir — dit Lucas, et il le regretta immédiatement. Cela sonnait prétentieux, ou pire, cliché. Mais elle sourit. Pas un sourire poli, de ceux qu’on offre par courtoisie. Un sourire lent, qui commença sur ses lèvres et se répandit sur son visage comme de l’encre dans l’eau, atteignant ses yeux. Puis, comme si elle venait de se souvenir de quelque chose, elle se releva lentement, tendant le livre vers lui. — Clara — dit-elle, comme si ce nom expliquait tout. — Lucas. Leurs doigts se frôlèrent une seconde de plus que nécessaire. Sa peau était froide, malgré la chaleur humide de l’ascenseur, et Lucas sentit un frisson lui parcourir le bras, comme s’il avait touché quelque chose de vivant et de dangereux. Elle ne retira pas sa main immédiatement. Au lieu de cela, elle inclina légèrement la tête, comme si elle écoutait quelque chose au-delà des parois métalliques. — Vous habitez au troisième étage, n’est-ce pas ? — demanda-t-elle, bien qu’il n’y eût aucune intonation interrogative dans sa voix. C’était une affirmation, comme si elle le savait déjà. — Oui. Et vous… ? — Au-dessus de vous. L’ascenseur s’arrêta avec une secousse. Les portes s’ouvrirent sur le deuxième étage, mais aucun d’eux ne bougea. Lucas sentit le poids de son regard sur lui, comme si elle attendait qu’il dise quelque chose, ou peut-être qu’il fasse quelque chose. Mais quoi ? Lui demander de monter ? L’inviter à prendre un café ? L’embrasser là, contre la paroi froide de l’ascenseur ? Avant qu’il ne puisse se décider, elle fit un pas en avant, passant si près de lui que l’air entre eux sembla crépiter. Son parfum le frappa comme une vague—quelque chose de floral, mais avec une base terreuse, comme du jasmin mêlé à de la terre humide. Il tourna instinctivement la tête, suivant le mouvement de son corps, et pendant une seconde, leurs yeux se croisèrent à nouveau. Cette fois, elle ne sourit pas. Elle se contenta de l’observer, avec une expression qu’il ne parvint pas à déchiffrer—curiosité ? Désir ? Ou quelque chose de plus sombre, comme un avertissement ? — À bientôt, Lucas — dit-elle, avant de sortir de l’ascenseur. Il resta immobile, étourdi, tandis que les portes se refermaient à nouveau. Ce n’est que lorsque la cabine recommença à monter qu’il réalisa qu’elle n’avait pas appuyé sur le bouton de son étage. Et que, malgré son « à bientôt », elle n’avait laissé aucune trace de sa destination. Au troisième étage, les portes s’ouvrirent sur le couloir vide. Lucas en sortit lentement, ses pas résonnant sur le sol de marbre froid. L’appartement de Clara se trouvait juste au-dessus du sien. Il leva les yeux vers le plafond, comme s’il pouvait voir à travers les couches de béton et de bois, comme s’il pouvait la voir là, immobile dans l’obscurité, écoutant ses pas. Et puis, de l’étage du dessus, vint un son. Ce n’était pas exactement un pas. C’était plutôt un glissement, quelque chose qui traînait légèrement sur le sol. Le son fut suivi d’un silence si dense que Lucas retint son souffle. Lorsqu’il expira enfin, l’air chaud frappa ses lèvres, et il réalisa qu’il souriait. La nuit ne faisait que commencer. La buanderie se trouvait au sous-sol de l’immeuble, un espace humide éclairé par des néons qui bourdonnaient doucement, comme des insectes prisonniers dans du verre. L’odeur de lessive et d’adoucissant se mêlait à l’odeur métallique des machines, créant une atmosphère qui, pour Lucas, avait toujours eu quelque chose de clinique, presque aseptisée. Mais cet après-midi-là, l’air semblait différent. Plus dense. Ou peut-être était-ce seulement lui, avec les sens aiguisés par l’attente, par le souvenir du sourire de Clara dans l’ascenseur, de la manière dont ses yeux s’étaient attardés sur les siens avant que les portes ne se referment. Il était descendu avec un panier de linge sale, une excuse minable pour errer dans l’immeuble comme un fantôme curieux. Il ne s’attendait pas à l’y trouver. Pas vraiment. Mais lorsque la porte de la buanderie s’ouvrit avec un grincement, elle était là, penchée sur l’une des machines, ses longs doigts ajustant le sélecteur de température. Ses cheveux châtains tombaient en vagues lâches sur ses épaules, et son fin pull en maille, légèrement humide, collait par endroits à son dos, comme si elle était sortie sous la pluie sans s’en soucier. Lucas s’arrêta sur le seuil, le panier en osier appuyé contre sa hanche. Clara ne se retourna pas immédiatement. Peut-être avait-elle entendu ses pas, ou peut-être pressentait-elle simplement sa présence, comme il avait pressenti la sienne dans l’obscurité du couloir. Lorsqu’elle leva enfin les yeux, il y avait quelque chose de provocateur dans la façon dont elle soutint son regard, comme si elle disait : *Je savais que tu viendrais.* — Tu as besoin d’aide avec ça ? — Sa voix était plus rauque qu’il ne l’aurait voulu, mais elle ne sembla pas le remarquer. Ou, si elle le remarqua, elle s’en moqua. Clara inclina la tête, un sourire lent se dessinant sur ses lèvres. — Ça dépend. Tu es du genre utile, ou juste beau à regarder ? — Je peux être les deux. — Hum. — Elle s’éloigna de la machine, laissant le couvercle ouvert, et s’avança vers lui. Chaque pas était une provocation, ses hanches se balançant légèrement, comme si elle dansait sur une musique que seule elle entendait. Elle s’arrêta à moins d’un mètre de distance, assez près pour qu’il sente la chaleur de son corps, son parfum citronné mêlé à l’odeur de linge propre. — Alors prouve-le. Lucas n’eut pas besoin de plus d’encouragement. Il posa le panier par terre et s’approcha des sacs en toile qu’elle avait laissés près du sèche-linge. Il y en avait trois, lourds, remplis de vêtements soigneusement pliés. Lorsqu’il se baissa pour les ramasser, ses doigts frôlèrent les siens par accident—ou pas. Clara ne recula pas. Au contraire, ses doigts s’attardèrent sur les siens, comme pour tester la texture de sa peau, la température. — Tu laves beaucoup de linge d’un coup — commenta-t-il en soulevant l’un des sacs. Le poids était surprenant, et il fit semblant de lutter avec, laissant son bras effleurer le sien. — J’ai une relation compliquée avec la propreté — dit-elle en l’observant avec ces yeux verts qui semblaient absorber la lumière de la buanderie et la restituer en tons plus sombres, plus profonds. — Parfois, je lave les choses juste pour avoir une excuse de les toucher. Lucas sentit l’air se bloquer dans sa gorge. — Et qu’est-ce que tu touches quand tu laves ? Elle rit doucement, un son qui vibra dans sa poitrine. — Tout. Les draps. Les serviettes. Les sous-vêtements. — Elle fit une pause, ses lèvres se courbant en un sourire malicieux. — Surtout les sous-vêtements. Il déglutit avec difficulté. — Et qu’est-ce que tu ressens quand tu touches ? — De la chaleur. — Elle s’approcha encore, jusqu’à ce que leurs corps se frôlent presque. — De l’humidité. — Ses doigts glissèrent le long de son bras, légers comme des ailes de papillon, et s’arrêtèrent à son poignet, où la veine battait. — De la pression. Lucas laissa tomber les sacs par terre avec un bruit sourd. Les vêtements s’éparpillèrent, certains tombant en cascade, et il s’en moqua. Pas quand Clara était là, si près qu’il pouvait compter les taches de rousseur sur son nez, sentir son souffle chaud contre sa propre bouche. — Tu aimes jouer avec le feu — murmura-t-il. — Et toi, tu aimes te brûler. Elle n’avait pas tort. Il y avait quelque chose chez Clara qui l’attirait d’une manière qu’il ne pouvait expliquer—ce n’était pas seulement sa beauté, ni seulement le mystère. C’était la façon dont elle le regardait, comme si elle savait déjà ce qu’il voulait avant même qu’il ne l’admette à lui-même. Comme si elle savait que, sous la surface de l’homme calme et contrôlé, il y avait un puits de désir qu’il osait à peine explorer. — Pourquoi l’étage du dessus ? — demanda-t-il soudain, la voix plus basse, presque un murmure. — Pourquoi as-tu choisi cet appartement ? Clara ne répondit pas immédiatement. Au lieu de cela, elle s’éloigna un peu, ramassant l’un des vêtements tombés—une culotte en dentelle noire, si fine qu’elle semblait faite de fumée. Elle l’étira entre ses doigts, l’observant avec une expression qui mêlait curiosité et possession. — Parce que j’aime les choses qui sont hors de portée — dit-elle enfin, pliant soigneusement le vêtement et le remettant dans le sac. — Et parce que j’aime savoir que, en bas, quelqu’un écoute. Lucas sentit son cœur battre plus fort. — Et qu’est-ce que tu veux que j’entende ? Elle se tourna vers lui, les yeux brillants de quelque chose qui pouvait être de l’amusement, ou un défi, ou les deux. — Tout. Pendant un instant, aucun d’eux ne bougea. Le bourdonnement des néons semblait plus fort, l’odeur de lessive plus intense. Puis Clara tendit la main et toucha son visage, ses doigts glissant le long de sa mâchoire, comme pour mémoriser la texture de sa peau, la rugosité de sa barbe naissante. — Tu es écrivain — dit-elle, comme si cela expliquait quelque chose. — Tu dois aimer les histoires. — J’aime les bonnes histoires. — Et si je te disais que la mienne est dangereuse ? — Alors je dirais que je suis prêt à prendre le risque. Elle sourit, mais il y avait quelque chose de triste dans ce sourire, comme si elle savait quelque chose qu’il ne comprenait pas encore. — Fais attention à ce que tu désires, Lucas. Parfois, les choses que nous voulons sont celles qui nous détruisent le plus. Avant qu’il ne puisse répondre, elle s’éloigna, ramassant les sacs par terre avec une facilité qui démentait leur poids. — Je dois y aller. J’ai des choses à laver. — Laisse-moi t’aider — insista-t-il, prenant l’un des sacs avant qu’elle ne puisse protester. Leurs doigts se frôlèrent à nouveau, et cette fois, ce ne fut pas un accident. — D’accord — accepta-t-elle après une pause. — Mais seulement parce que tu as demandé poliment. Ils montèrent ensemble dans l’ascenseur, les sacs entre eux comme une barrière fragile. Clara appuya sur le bouton du cinquième étage, mais pas sur celui du sien. Lucas ne demanda pas pourquoi. Il commençait à comprendre que, avec Clara, il valait mieux laisser les questions pour plus tard. Lorsque les portes s’ouvrirent, elle sortit la première, mais s’arrêta dans le couloir, se tournant vers lui avec un regard qui semblait une promesse. — Demain — dit-elle. — À minuit. Chez moi. — Pourquoi minuit ? — Parce que c’est l’heure où les monstres sortent pour jouer. Et puis elle disparut, le laissant immobile dans le couloir, avec l’écho de ses mots résonnant dans son esprit comme une invitation—ou un avertissement. Lucas leva les yeux vers le plafond, comme s’il pouvait voir à travers, comme s’il pouvait voir Clara debout dans l’obscurité, attendant. Et, pour la première fois, il n’était pas sûr de vouloir découvrir ce qu’il y avait là-haut. Mais il savait qu’il irait. Le vent hurlait contre les fenêtres comme un animal en cage, griffant les vitres avec des serres invisibles. Lucas était assis à son bureau, le carnet ouvert devant lui, le stylo suspendu au-dessus de la page blanche. Les mots ne venaient pas. Pas ce soir. Pas avec le ciel qui s’effondrait dehors, les éclairs déchirant l’obscurité en éclats bleutés qui illuminaient l’appartement par secondes fugaces, comme si le temps lui-même hésitait. Il se leva, alla dans la cuisine, se servit un whisky. Le liquide ambré lui brûla la gorge, mais pas assez pour noyer l’inquiétude qui le rongeait depuis leur rencontre à la buanderie. Clara. Son nom résonnait dans son esprit comme un mantra, une syllabe chargée de promesses et de dangers. *Demain. À minuit.* Il regarda l’horloge. Il restait trois heures. Un coup de tonnerre fit trembler l’immeuble. Les lumières vacillèrent une fois, deux fois, avant de s’éteindre complètement, plongeant tout dans une obscurité épaisse, presque palpable. Le silence qui suivit ne fut rompu que par le tambourinement frénétique de la pluie sur le rebord de la fenêtre. Lucas chercha son téléphone à tâtons, alluma la lampe torche. La lumière faible éclairait à peine ses pieds nus sur le sol froid. C’est alors qu’il entendit. Trois coups à la porte. Secs. Urgents. Il hésita. Il n’attendait personne. Pas ce soir, pas avec tout l’immeuble plongé dans le noir, les couloirs transformés en labyrinthes d’ombres. Les coups retentirent à nouveau, plus insistants. Lucas traversa la pièce, le cœur battant plus vite qu’il n’aurait dû. Il ouvrit la porte. Clara était là, trempée. L’eau ruisselait de ses cheveux sombres, les collant à son visage, à ses épaules. Son chemisier blanc, maintenant transparent, épousait son corps comme une seconde peau, révélant le contour de ses tétons durcis par le froid. Elle tremblait, mais pas de peur. Il y avait autre chose dans ses yeux—une étincelle, un défi. — L’électricité est coupée — dit-elle, la voix basse, rauque. — Et je… je n’arrive pas à allumer les bougies. Lucas ne répondit pas immédiatement. La lumière de son téléphone éclairait son visage sous des angles étranges, soulignant sa mâchoire tendue, ses lèvres entrouvertes. Il pouvait sentir son odeur—la pluie mêlée à quelque chose de doux, comme du jasmin et de la peau réchauffée. Le parfum l’enveloppa, enivrant. — Entre — dit-il enfin, s’écartant pour la laisser passer. Clara hésita une seconde, comme si elle évaluait les conséquences de franchir ce seuil. Puis, d’un mouvement fluide, elle entra. La porte se referma derrière elle avec un clic doux, les isolant du monde extérieur. L’appartement était plongé dans une pénombre bleutée, les seuls points de lumière étant la lampe torche du téléphone et les éclairs intermittents. Lucas observa Clara tandis qu’elle enlevait ses chaussures mouillées, les laissant près de la porte. Ses pieds nus laissaient des traces humides sur le sol. Elle se tourna vers lui, les bras croisés sur la poitrine, comme pour contenir ses tremblements. — Tu as des bougies ? — demanda-t-elle. — Dans le placard de la cuisine. Mais je ne sais pas si ça aidera beaucoup. — Pourquoi ? — Parce que le problème n’est pas la lumière. C’est l’obscurité. Clara sourit, un sourire lent, dangereux. — Tu as peur du noir, Lucas ? — Non. Mais j’ai peur de ce qu’il cache. Elle fit un pas vers lui. Le chemisier collé à son corps dessinait chaque courbe, chaque ombre. Il pouvait voir le contour de ses tétons, rigides sous le tissu fin, et la manière dont sa respiration faisait monter et descendre ses seins, rapides, superficiels. — Et qu’est-ce que tu crois que l’obscurité cache ? — murmura-t-elle, la voix presque un chuchotement. — Des choses qu’il vaut mieux ne pas voir. — Ou des choses que tu *veux* voir, mais que tu n’oses pas. Il ne répondit pas. Il n’en avait pas besoin. L’air entre eux était chargé, électrique, comme l’atmosphère avant un orage. Clara fit un autre pas, maintenant si près qu’il pouvait sentir la chaleur de son corps, son souffle chaud contre son visage. — Tu trembles — dit-il. — Ce n’est pas de froid. — Alors de quoi ? Elle ne répondit pas. Au lieu de cela, elle leva la main et toucha son visage, ses doigts froids glissant le long de sa mâchoire, de son cou, pour se poser sur sa poitrine, là où son cœur battait à tout rompre. Lucas retint son souffle. — Tu sens ça ? — demanda-t-elle. — Quoi ? — La tension. Comme si, à tout moment, quelque chose allait… *éclater*. Il déglutit avec difficulté. — Je sens. Clara inclina la tête, les lèvres entrouvertes, les yeux fixés sur les siens. — Et si je te disais que je veux que ça éclate ? Lucas ne réfléchit pas. Il n’y avait plus de place pour les pensées. Il prit son visage entre ses mains, ses pouces caressant ses pommettes, sentant la peau douce, humide. Clara ferma les yeux, un soupir s’échappant de ses lèvres. — Alors je dirais que tu joues avec le feu — murmura-t-il. — Et si je *veux* me brûler ? Il l’embrassa. Il n’y eut aucune hésitation. Aucune doute. Ses lèvres étaient douces, chaudes, et lorsqu’il la tira contre lui, il sentit son corps céder, s’adapter au sien comme s’ils étaient faits pour s’emboîter. Clara gémit contre sa bouche, un son bas, guttural, et ses mains remontèrent dans ses cheveux, le tirant plus près, plus profondément. Le baiser devint vorace. Sa langue explora la sienne avec une urgence qui le laissa étourdi, leurs dents s’entrechoquant, leurs lèvres se mouvant dans un rythme frénétique, comme s’ils essayaient de se dévorer l’un l’autre. Lucas la poussa contre le mur, son corps pressant le sien, sentant chaque courbe, chaque frisson. Ses mains glissèrent le long de son dos, ses ongles griffant légèrement sa peau sous sa chemise, laissant des marques qu’il savait lui brûleraient plus tard. — Putain — grogna-t-il, s’écartant juste assez pour reprendre son souffle. — Tu vas me tuer. Clara sourit, les lèvres gonflées, les yeux sombres brillant d’une malice qu’il n’avait jamais vue auparavant. — Seulement si tu me le demandes gentiment. Il l’embrassa à nouveau, cette fois plus lentement, la savourant. Son goût était enivrant—doux, avec une touche de quelque chose de métallique, comme du vin et de l’orage. Ses mains descendirent le long de son corps, explorant, mémorisant. Il prit ses seins à travers le chemisier mouillé, ses pouces effleurant ses tétons, les sentant durcir encore sous son toucher. Clara arqua le dos, un gémissement s’échappant de sa gorge. — Lucas… — murmura-t-elle, son nom sonnant comme une prière. Il ne répondit pas. Au lieu de cela, il tira son chemisier vers le haut, l’arrachant d’un mouvement rapide. Le tissu tomba par terre avec un bruit humide. Clara était nue jusqu’à la taille, ses seins exposés, sa peau pâle contrastant avec l’obscurité environnante. Il baissa la tête, capturant un téton entre ses lèvres, le suçant avec force. Clara gémit, ses mains agrippant ses cheveux, le tirant plus près. — Oui… — haleta-t-elle. — Oui, putain… Il alterna entre ses seins, léchant, mordillant, sentant son corps trembler sous ses mains. Puis, sans prévenir, il la souleva, ses jambes s’enroulant autour de sa taille. Clara rit, un son bas et rauque, tandis qu’il la portait jusqu’au canapé. Il l’allongea avec soin, ses yeux ne quittant jamais les siens, observant chaque réaction, chaque frisson. — Tu es belle — murmura-t-il, la voix rauque de désir. Clara sourit, ses doigts traçant le contour de ses lèvres. — Et toi, tu parles trop. Il rit, mais le son mourut dans sa gorge lorsqu’elle tira sa chemise vers le haut, l’arrachant avec la même urgence qu’il avait mise à enlever la sienne. Leurs corps se rencontrèrent à nouveau, peau contre peau, chaude, humide. Lucas embrassa son cou, sentant son pouls s’accélérer sous ses lèvres, descendant jusqu’à sa clavicule, ses seins, son ventre. Il s’arrêta là, ses doigts accrochés à la ceinture de son pantalon. — Je peux ? — demanda-t-il, la voix un chuchotement. Clara hocha la tête, les yeux sombres fixés sur les siens. — S’il te plaît. Il déboutonna son pantalon, le tirant vers le bas avec sa culotte, révélant son corps entièrement. Clara était nue devant lui, exposée, vulnérable, et pourtant il y avait quelque chose de puissant dans sa posture, comme si elle savait exactement l’effet qu’elle avait sur lui. Lucas s’agenoula entre ses jambes, ses doigts traçant un chemin lent à l’intérieur de sa cuisse, sentant sa peau se hérisser sous son toucher. — Tu es parfaite — murmura-t-il, avant de baisser la tête et de la goûter. Clara arqua le dos, un cri étouffé s’échappant de ses lèvres lorsque sa langue trouva son clitoris. Il la lécha lentement, la savourant, sentant le goût salé et doux de son excitation. Ses mains agrippèrent ses cheveux, le tirant plus près, plus profondément, tandis qu’il l’explorait avec sa bouche, ses doigts entrant et sortant dans un rythme lent, torturant. — Lucas… — gémit-elle, son corps tremblant. — Je vais… — Jouis pour moi — ordonna-t-il, la voix rauque. — Maintenant. Et elle obéit. L’orgasme la frappa avec force, son corps se tordant, ses muscles se resserrant autour de ses doigts. Lucas ne s’arrêta pas, prolongeant son plaisir jusqu’à ce qu’elle soit haletante, les yeux fermés, la respiration irrégulière. Lorsqu’il s’écarta enfin, Clara était molle, les lèvres entrouvertes, la poitrine montant et descendant rapidement. Il se leva, enleva son pantalon et son caleçon, libérant son érection qui pulsait de désir. Clara ouvrit les yeux, un sourire paresseux aux lèvres, et tendit la main, l’enveloppant de ses doigts. — À ton tour — murmura-t-elle. Il gémit lorsqu’elle commença à le caresser, ses mouvements lents, délibérés. Mais ce n’était pas assez. Pas après tout ça. Il attrapa son poignet, écartant sa main. — J’ai besoin de toi — dit-il, la voix rauque. — Maintenant. Clara hocha la tête, le tirant vers elle. Lucas se positionna entre ses jambes, sentant son humidité, sa chaleur. Il l’embrassa à nouveau, la dévorant, tandis qu’il s’enfonçait en elle d’un seul mouvement. Ils gémirent en même temps. Clara était serrée, chaude, et la sensation d’être en elle était presque trop intense. Lucas s’arrêta une seconde, lui laissant le temps de s’adapter, les yeux fixés sur les siens, observant chaque réaction. — Ça va ? — demanda-t-il, la voix tendue. Clara sourit, ses ongles s’enfonçant dans son dos. — Mieux que jamais. Et puis il commença à bouger. Leurs corps se rencontrèrent dans un rythme primitif, désespéré. Chaque coup de reins arrachait un gémissement à ses lèvres, chaque mouvement faisait grincer le canapé sous eux. Lucas l’embrassa à nouveau, avalant les sons qu’elle faisait, sentant le plaisir monter en lui comme une vague prête à déferler. — Plus fort — demanda-t-elle, la voix rauque. — S’il te plaît… Il obéit. Il accéléra le rythme, ses hanches frappant les siennes avec force, leurs corps s’entrechoquant dans une frénésie de désir. Clara cria, son corps s’arquant, ses muscles se resserrant autour de lui tandis qu’un autre orgasme la submergeait. La sensation fut trop forte. Lucas ne put se retenir. Avec un grognement, il s’enfonça en elle une dernière fois, le plaisir explosant en vagues qui le laissèrent sans souffle. Ils restèrent là, entrelacés, leurs corps en sueur, haletants. La pluie continuait de tomber dehors, le vent hurlant contre les fenêtres, mais à l’intérieur de l’appartement, le monde semblait s’être arrêté. Lucas embrassa l’épaule de Clara, sentant le goût salé de sa peau. — C’était… — commença-t-il, sans parvenir à finir sa phrase. — Inattendu ? — compléta-t-elle, un sourire aux lèvres. — J’allais dire *intense*. Clara rit, un son doux, musical. — Ça aussi. Il roula sur le côté, l’attirant contre lui, leurs corps encore connectés. Clara se blottit contre lui, la tête posée sur sa poitrine, écoutant son cœur battre à tout rompre. — Et maintenant ? — demanda-t-il, la voix basse. Clara leva la tête, ses yeux sombres rencontrant les siens. — Maintenant ? Maintenant, la nuit ne fait que commencer. Et, dans l’obscurité, Lucas sourit. Parce que, soudain, il était sûr d’une chose : le mystère de l’étage du dessus ne faisait que commencer. Le corps de Clara s’arqua contre le sien, sa peau encore humide de leur premier baiser, ses lèvres entrouvertes dans un soupir qui se perdit entre le bruit de la pluie et le tonnerre lointain. Lucas n’eut pas besoin de plus d’invitation. Ses mains, auparavant hésitantes, glissaient maintenant avec urgence sur ses courbes, comme si chaque centimètre était une carte qu’il connaissait par cœur. Clara répondit avec la même faim, ses doigts s’enfonçant dans ses épaules, ses ongles laissant des marques qui brûlaient plus que n’importe quelle caresse. — Tu as idée à quel point j’ai voulu ça ? — murmura-t-il contre son cou, ses dents effleurant la peau sensible juste sous son oreille. Clara rit, un son rauque, presque dangereux. — Depuis que tu m’as vue dans l’ascenseur ? — Elle tira sa tête en arrière, le forçant à la regarder dans les yeux. — Ou depuis que tu as commencé à entendre mes pas au milieu de la nuit ? Lucas ne répondit pas. Il n’en avait pas besoin. La vérité se lisait dans la façon dont leurs corps s’emboîtaient, dans la manière dont elle se mouvait contre lui, comme si elle savait déjà exactement ce qui le ferait perdre le contrôle. Il la poussa contre le mur, ses mains descendant le long de ses hanches, l’attirant plus près, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’espace entre eux. Le tissu fin de la chemise de nuit de Clara était une barrière ridicule, et il l’arracha d’un seul mouvement, la laissant nue sous la faible lueur des bougies qu’il avait allumées à la hâte. Elle ne protesta pas. Au contraire, ses doigts s’attaquèrent déjà aux boutons de sa chemise, les défaisant avec une lenteur torturante. Lorsque la chemise tomba enfin au sol, Clara pressa ses paumes contre son torse, explorant chaque muscle, chaque cicatrice, comme pour les mémoriser. Lucas retint son souffle lorsqu’elle se pencha en avant, ses lèvres effleurant son téton avant de le mordiller doucement. — Putain — gémit-il, ses mains s’emmêlant dans ses cheveux. Clara sourit, satisfaite, et continua son exploration, descendant avec des baisers humides le long de son abdomen, jusqu’à atteindre la boucle de sa ceinture. Ses doigts travaillèrent avec précision, et bientôt son pantalon était par terre, avec son caleçon. Il était dur, pulsant, et lorsqu’elle l’enveloppa de sa main, il faillit perdre l’équilibre. — Tu es dangereuse — murmura-t-il, la voix rauque. — Et tu adores ça — répondit-elle, avant de s’agenouiller devant lui. Le premier contact de sa langue fut comme une décharge électrique. Lucas ferma les yeux, ses mains cherchant un appui contre le mur derrière elle, ses doigts s’emmêlant dans ses cheveux tandis qu’elle le prenait dans sa bouche, lentement, délibérément. Il pouvait sentir chaque mouvement, chaque succion, chaque fois qu’elle l’emmenait plus profondément, jusqu’à ce que ses gémissements se mêlent au bruit de la pluie frappant les fenêtres. — Clara… — prévint-il, la voix tremblante. Elle ne s’arrêta pas. Au contraire, elle accéléra le rythme, ses mains travaillant en harmonie avec sa bouche, jusqu’à ce qu’il ne puisse plus tenir. Avec un grognement, il la tira vers le haut, l’embrassant avec une férocité qui les fit trébucher vers le canapé. Clara tomba sur le dos en riant, mais son rire mourut dans sa gorge lorsque Lucas s’agenouilla entre ses jambes, ses mains écartant ses cuisses pour lui. — À mon tour — dit-il, avant de plonger. Le premier contact de sa langue la fit arquer le dos, un gémissement s’échappant de ses lèvres. Lucas ne se pressa pas. Il explora chaque centimètre d’elle, la savourant, la provoquant, jusqu’à ce que Clara se torde sous lui, ses mains tirant ses cheveux, ses hanches bougeant dans un rythme désespéré. — Lucas… s’il te plaît… — supplia-t-elle, la voix brisée. Il sourit contre sa peau, avant de se relever et de la tirer vers le haut. Clara l’embrassa avec avidité, goûtant son propre plaisir sur ses lèvres, puis le poussa contre le canapé, le chevauchant avec une confiance qui l’excita encore plus. Elle se baissa, le prenant en elle d’un mouvement fluide, et ils gémirent ensemble. — Putain — murmura-t-il, ses mains agrippant ses hanches. Clara commença à bouger, lentement d’abord, puis accélérant le rythme, chaque mouvement plus intense que le précédent. Lucas l’observait, fasciné. Elle était belle ainsi, ses cheveux tombant sur ses épaules, ses lèvres entrouvertes, ses yeux sombres fixés sur les siens. Il pouvait sentir le plaisir monter en lui, une pression prête à exploser à tout moment, mais il ne voulait pas que ça se termine. Pas encore. D’un mouvement rapide, il la retourna sur le ventre, la mettant à quatre pattes sur le canapé. Clara le regarda par-dessus son épaule, un sourire provocateur aux lèvres. — Tu aimes contrôler, écrivain ? — demanda-t-elle, la voix pleine de défi. Lucas ne répondit pas. Au lieu de cela, il la pénétra avec force, lui arrachant un cri de surprise et de plaisir. Il se mit à bouger avec urgence, chaque coup de reins plus profond que le précédent, ses mains tenant fermement ses hanches. Clara répondit avec la même intensité, se poussant contre lui, ses gémissements se transformant en mots incohérents. — Plus… — supplia-t-elle, la voix rauque. — Plus fort… Lucas obéit. Il la saisit par les cheveux, la tirant en arrière tandis qu’il continuait à bouger en elle, chaque coup de reins lui arrachant un gémissement plus fort, plus désespéré. Il pouvait sentir l’orgasme approcher, une vague prête à l’engloutir, mais il se retint, voulant prolonger ce moment, cette sensation de plénitude. — Jouis pour moi — ordonna-t-il, la voix rauque. Clara obéit. Avec un cri, elle se désintégra en spasmes, son corps tremblant sous lui. Lucas la serra fort, sentant ses contractions autour de lui, puis se laissa emporter, le plaisir explosant en vagues qui le laissèrent sans souffle. Ils s’effondrèrent ensemble sur le canapé, leurs corps en sueur, haletants. La pluie continuait de tomber dehors, le vent hurlant contre les fenêtres, mais à l’intérieur de l’appartement, le monde semblait s’être arrêté. Lucas embrassa l’épaule de Clara, sentant le goût salé de sa peau. — C’était… — commença-t-il, sans parvenir à finir sa phrase. — Intense ? — compléta-t-elle, un sourire aux lèvres. — Bien plus que ça — répondit-il, l’attirant plus près. Clara se blottit contre lui, la tête posée sur sa poitrine, écoutant son cœur battre à tout rompre. Pendant un moment, aucun d’eux ne parla. Le silence entre eux était confortable, chargé de quelque chose qui allait au-delà du plaisir physique. Mais alors, Clara bougea, ses doigts traçant des cercles paresseux sur sa poitrine. — Tu veux toujours savoir ce qu’il y a à l’étage du dessus ? — demanda-t-elle, la voix basse. Lucas hésita. Une partie de lui voulait poser des questions, voulait comprendre ce qui se cachait derrière ce mystère, derrière cette femme qui semblait en savoir plus qu’elle ne le laissait paraître. Mais une autre partie, celle qui était encore ivre de plaisir, préférait ne pas savoir. Du moins, pas maintenant. — Demain — répondit-il, embrassant son front. — Aujourd’hui, je ne veux que toi. Clara sourit, mais ses yeux sombres gardaient quelque chose qu’il ne parvint pas à déchiffrer. Elle se leva, ses mouvements gracieux, et se dirigea vers la table basse, où elle avait laissé son sac. Lorsqu’elle revint vers le canapé, elle tenait un petit objet métallique dans ses mains. — Alors, écrivain — dit-elle en le tenant entre ses doigts —, que dirais-tu d’explorer un peu plus ? Lucas regarda l’objet, reconnaissant un vibromasseur. Son corps réagit instantanément, le désir revenant avec une force renouvelée. — Tu es pleine de surprises — murmura-t-il, l’attirant de nouveau dans ses bras. Clara rit, un son doux, musical. — Tu n’as pas idée. Et, dans l’obscurité, Lucas réalisa qu’elle avait raison. Le mystère de l’étage du dessus ne faisait que commencer. Et il avait hâte de découvrir ce que Clara cachait encore. Le réveil de Lucas sonna à sept heures du matin, un bourdonnement irritant qui trancha le silence comme une lame. Il tendit le bras, cherchant à tâtons le bouton sur la table de chevet, mais avant qu’il ne puisse l’éteindre, une main délicate couvrit la sienne. Les doigts de Clara étaient froids, contrastant avec la chaleur de son corps sous les draps. — Pas encore — murmura-t-elle, la voix rauque de sommeil et de quelque chose d’autre, quelque chose qui fit accélérer le sang de Lucas même après tout ce qu’ils avaient fait la nuit précédente. Il se tourna vers elle, s’attendant à croiser ces yeux sombres qui l’avaient hypnotisé depuis leur première rencontre dans l’ascenseur. Mais Clara était déjà assise au bord du lit, le dos nu tourné vers lui, ses cheveux châtains tombant en vagues lâches sur ses épaules. La lumière du matin entrait par la fenêtre entrouverte, peignant sa peau de doré et révélant des marques qu’il savait avoir laissées de ses propres mains. — Tu dois y aller ? — demanda-t-il, essayant de ne pas laisser transparaître la pointe de déception qu’il ressentait. Clara inclina la tête, comme si elle écoutait quelque chose au-delà des murs de l’appartement. Puis, sans répondre, elle se leva. Lucas ne put s’empêcher de la regarder : ses yeux suivirent le contour de ses courbes, la manière dont ses hanches se mouvaient avec une grâce presque féline, comme si chaque pas était calculé pour le rendre fou. Elle ramassa sa culotte par terre, la faisant glisser le long de ses longues jambes, puis son chemisier, qui couvrait à peine ses seins avant d’être boutonné avec une lenteur délibérée. — Tu me provoques — dit-il, la voix rauque. Elle sourit, mais ce n’était pas le même sourire énigmatique de la veille. Il y avait quelque chose de mélancolique dans ce sourire, comme si elle savait quelque chose qu’il ne comprenait pas encore. — Peut-être — répondit-elle enfin, en se tournant vers lui. — Ou peut-être que j’aime juste te voir comme ça. *Comme ça.* Éveillé, dur, avec le drap glissant dangereusement bas sur sa taille. Lucas respira profondément, essayant de se contrôler. Ce n’était pas juste. Après des heures à explorer chaque centimètre de leurs corps, après des murmures et des gémissements et des promesses chuchotées dans l’obscurité, elle parvenait encore à lui donner l’impression que c’était la première fois. — Reste — demanda-t-il en tendant la main. — Au moins pour le café. Clara hésita. Pendant une seconde, Lucas crut qu’elle allait céder, qu’elle allait revenir dans le lit et le laisser se perdre en elle une fois de plus. Mais alors, elle secoua lentement la tête. — Je ne peux pas. Avant qu’il ne puisse protester, elle s’approcha et se pencha sur lui, ses lèvres effleurant les siennes dans un baiser doux, presque chaste. Le contraste avec l’intensité de la nuit précédente était enivrant. Lucas essaya de la tirer plus près, mais elle se dégagea d’un mouvement fluide, le laissant avec son goût dans la bouche et une sensation de vide dans la poitrine. — Clara… — Je laisse un mot — dit-elle, se dirigeant déjà vers le salon. Lucas se leva, enroulant le drap autour de sa taille comme si cela pouvait le protéger de ce qui était en train de se passer. Il la suivit jusqu’au salon, où Clara était déjà en train d’enfiler ses chaussures, son sac à l’épaule. Elle se déplaçait avec une hâte contrôlée, comme si elle savait exactement combien de temps il lui restait avant qu’il ne l’arrête. — Tu ne peux pas simplement t’en aller — dit-il, essayant de garder une voix ferme. — Pas après hier soir. Clara s’arrêta devant la porte. Pendant un instant, elle lui tourna le dos, les épaules tendues. Lorsqu’elle se retourna, ses yeux étaient différents. Il n’y avait plus cette lueur espiègle, cette promesse de plus. À la place, il y avait quelque chose qui ressemblait presque à… du regret. — Hier soir était réel — dit-elle doucement. — Mais aujourd’hui, c’est aujourd’hui. Et puis, avant qu’il ne puisse répondre, elle ouvrit la porte et sortit. Lucas resta immobile au milieu du salon, le drap glissant entre ses doigts, l’air froid du matin frappant sa peau. Pendant une seconde, il pensa à la suivre, à exiger des réponses. Mais quelque chose le retint. Peut-être était-ce la manière dont elle avait prononcé ces mots, comme si elle savait qu’il ne comprendrait pas. Ou peut-être était-ce le fait que, au fond, il soupçonnait déjà que Clara n’était pas le genre de femme qu’on pouvait retenir. Avec un soupir, il se retourna et alla dans la cuisine, où le café était encore chaud. Il se servit une tasse, ses mouvements automatiques, son esprit ailleurs. Ce n’est qu’en revenant dans le salon qu’il vit le mot. Il était posé sur la table basse, plié en deux, avec son nom écrit dans une écriture élégante et penchée. Lucas hésita avant de le prendre, comme si le papier pouvait lui brûler les doigts. Lorsqu’il l’ouvrit enfin, les mots lui sautèrent aux yeux comme un chuchotement : *"Lucas, Hier soir était… inattendu. Et parfait. Mais tu sais aussi bien que moi que certaines choses ne sont pas faites pour être comprises, seulement vécues. Ne me cherche pas. Du moins, pas maintenant. Quand je voudrai que tu me trouves, tu le sauras. D’ici là, garde ce qui s’est passé comme un secret—rien qu’à nous. Et ne t’inquiète pas. Ce n’est pas fini. Ça ne fait que commencer. — C"* Il lut le mot deux fois, trois fois, comme si les mots pouvaient changer de sens à chaque nouvelle lecture. Mais ils ne changèrent pas. Clara était partie. Et, d’une certaine manière, il savait qu’elle ne reviendrait pas de sitôt. La colère vint en premier. Une vague chaude qui monta dans sa poitrine, se mêlant à la frustration de ne pas avoir eu l’occasion de dire quoi que ce soit, de ne pas avoir demandé son numéro, de n’avoir rien fait d’autre que de la laisser partir. Mais ensuite, comme un contrepoint, vint autre chose : l’excitation. Le mystère. La promesse que ce n’était pas un adieu, mais un « à bientôt ». Lucas plia soigneusement le mot et le glissa dans la poche de son pantalon, qu’il avait laissé par terre. Puis il alla jusqu’à la fenêtre et écarta les rideaux. Dehors, le jour était clair, le soleil se reflétant dans les flaques d’eau laissées par l’orage de la nuit précédente. Il chercha Clara parmi les passants pressés, mais elle avait disparu. *"Ne me cherche pas."* Il sourit, malgré tout. Clara ne le connaissait pas aussi bien qu’elle le pensait. Parce que Lucas était écrivain. Et les écrivains, avant tout, étaient des chasseurs d’histoires. Et la sienne, il en était sûr, était loin d’être terminée. D’un dernier regard vers la rue, il s’éloigna de la fenêtre et alla dans la salle de bain. Il avait besoin d’une douche. Il avait besoin de réfléchir. Et, plus que tout, il avait besoin de trouver un moyen de faire comprendre à Clara que, lorsqu’elle serait prête à être trouvée, il serait là. Parce que maintenant, le jeu avait changé. Et Lucas adorait un bon mystère.

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