Entre Draps et Soupirs

Par Tonkix
Entre Draps et Soupirs
**Entre Draps et Soupirs** La galerie embaumait la peinture fraîche et le champagne hors de prix. Le vernissage de l’exposition *« Fragments de l’Éphémère »* avait attiré l’élite de la ville — critiques d’art aux regards acérés, collectionneurs aux sourires calculés, artistes évoluant entre mépris et flatterie comme s’il s’agissait d’une chorégraphie répétée. Les murs blancs, immaculés, exposaient des toiles oscillant entre l’abstrait et le viscéral, des coups de pinceau semblant contenir plus d’émotion que les mots n’en pourraient jamais exprimer. Et au milieu de cette mer de conversations policées et de rires forcés, deux corps se reconnurent sans avoir besoin de présentations. Lucas se tenait près d’une sculpture en verre soufflé, une pièce imitant une flamme figée dans le temps. Ses doigts longs et précis — habitués à tracer des lignes parfaites dans des projets architecturaux — tenaient une coupe de cristal avec la même délicatesse qu’il aurait eue pour un croquis. Il portait un costume gris ardoise, impeccable, sans un seul pli déplacé, comme si même le tissu obéissait à son besoin de contrôle. Ses lunettes à monture fine glissaient sur son nez droit, et il les remontait d’un geste presque imperceptible, ses yeux bruns analysant l’œuvre avec la même intensité qu’il analysait tout : comme si chaque détail était une équation à résoudre. Ce n’était pas un homme à sourire facilement, mais il y avait quelque chose dans sa posture — ses larges épaules légèrement penchées en avant, comme s’il cherchait à se protéger du monde — qui le rendait plus intrigant que les autres invités. Sofia, en revanche, était un contraste vivant. Là où Lucas était la ligne droite, elle était la courbe imprévisible. Sa robe rouge — d’un ton profond, presque écarlate — défiait l’ambiance par son audace, moulant son corps comme une seconde peau avant de s’évaser en une jupe qui dansait autour de ses genoux à chaque mouvement. Ses cheveux noirs, lâchés et légèrement ondulés, retombaient sur ses épaules comme s’ils avaient une vie propre, et le rouge à lèvres de la même couleur que la robe faisait paraître ses lèvres encore plus invitantes. Elle riait trop fort, gesticulait avec des mains couvertes de bagues en argent, et ses yeux — verts comme du verre de bouteille sous la lumière — brillaient d’un mélange de défi et de vulnérabilité. Ce n’était pas une artiste invitée à l’exposition, mais tout le monde la connaissait. Ou plutôt, tout le monde connaissait sa réputation : la peintre qui brûlait ses toiles quand elle n’aimait pas le résultat, la femme qui avait eu une liaison avec le propriétaire de la galerie l’année dernière avant de le congédier avec un mot griffonné sur une serviette en papier. Ils ne s’étaient pas revus depuis la dernière fois où leurs chemins s’étaient croisés, des mois plus tôt, lors d’un cocktail où elle avait renversé du vin rouge sur sa chemise sans s’excuser. *« Les excuses sont pour ceux qui ont peur de se salir les mains »*, avait-elle dit en passant ses doigts sur le tissu taché comme si elle voulait y laisser sa marque. Lucas s’était contenté de hausser un sourcil, mais quelque chose dans son regard — une étincelle, une reconnaissance — avait fait battre son cœur plus vite. Après cela, elle l’avait évité. Ou peut-être était-ce lui qui l’avait évitée. Ou peut-être avaient-ils tous les deux fait semblant que cela n’était jamais arrivé. Mais maintenant, il n’y avait plus moyen de fuir. Ce fut elle qui le vit la première. Elle était près du bar, flirtant avec un critique d’art qui tentait de l’impressionner avec des jargon prétentieux, quand ses yeux verts balayèrent la foule et se posèrent sur lui. Lucas lui tournait le dos, mais elle l’aurait reconnu n’importe où — cette façon de rester immobile comme si le monde tournait autour de lui, cette posture qui était à la fois un bouclier et une invitation. Pendant une seconde, le bruit de la galerie sembla s’évanouir. Le critique continua de parler, mais elle n’entendait plus rien. Seulement le son de sa propre respiration, accélérée, et la chaleur montant dans son cou. Puis il se retourna. Ce ne fut pas un mouvement brusque, mais quelque chose en elle frémit. Leurs regards se croisèrent au milieu de la foule, et ce fut comme si l’air entre eux s’était condensé, trop lourd pour être ignoré. Lucas ne sourit pas. Il ne fit pas de signe. Il soutint simplement son regard, les lèvres entrouvertes dans une expression qui pouvait être de la surprise, ou du désir, ou les deux. Sofia sentit le poids de la coupe dans sa main, le cristal froid contre sa paume moite. Le critique à ses côtés remarqua enfin qu’elle ne prêtait plus attention et suivit son regard, fronçant les sourcils. — Tu connais Lucas Viana ? demanda-t-il, d’un ton qui laissait clairement entendre qu’il n’approuvait pas. — De vue, répondit-elle sans détourner les yeux. Mais je crois qu’il est temps de corriger cela. Elle posa sa coupe sur le comptoir avec un *clink* délibéré et commença à marcher vers lui, ses talons hauts claquant contre le sol de marbre comme un métronome marquant le rythme de quelque chose d’inévitable. Lucas ne bougea pas. Il se contenta de l’observer tandis qu’elle s’approchait, la robe rouge fendant la foule comme une lame, ses yeux verts rivés aux siens avec une intensité qui lui serrait la poitrine. — Tu me fixes, dit-elle en s’arrêtant à quelques centimètres de lui. Son parfum — quelque chose de floral avec une touche d’épices — lui parvint, se mêlant à l’odeur de peinture et de champagne. — Tu portes du rouge, répondit-il, la voix basse, rauque. Encore. Sofia sourit, lentement et délibérément. — Tu te souviens. — Je me souviens de tout. Le silence qui suivit fut chargé. Autour d’eux, les conversations continuaient, les verres tintaient, mais dans cet espace étroit entre leurs corps, le monde semblait s’être arrêté. Lucas leva la main, hésitant, et ses doigts effleurèrent son poignet, là où son pouls accéléré était visible sous la peau. Sofia ne recula pas. Au lieu de cela, elle se pencha légèrement en avant, ses lèvres frôlant presque son oreille. — Alors admets que tu m’as manqué. Il ne répondit pas. Pas avec des mots. Mais quand ses doigts se refermèrent autour de son poignet, l’attirant plus près, Sofia sut qu’elle n’avait pas besoin de réponse. Son corps avait déjà parlé pour lui. Et puis, comme si l’univers avait décidé d’intervenir, quelqu’un appela Lucas par son nom. Un collectionneur, un homme d’âge mûr au sourire onctueux, s’approcha avec la main tendue. — Viana ! Il faut que je vous parle de ce projet à Leblon... Lucas lâcha le poignet de Sofia, mais ses yeux ne quittent pas les siens. Pendant une seconde, elle y vit quelque chose — de la frustration, peut-être, ou de la résignation. Puis il se tourna vers l’homme, le masque professionnel glissant de nouveau en place avec une facilité qui l’irrita. — Bien sûr, dit-il, la voix douce, polie. Mais donnez-moi une minute. Le collectionneur acquiesça et s’éloigna, les laissant de nouveau seuls. Sofia croisa les bras, le mouvement faisant s’entrouvrir un peu plus le décolleté de sa robe. — Une minute, répéta-t-elle, ironique. C’est tout ce que tu as pour moi ? Lucas respira profondément, comme s’il s’apprêtait à plonger en eaux profondes. — Ce n’est pas l’endroit. — Il y a toujours une excuse, n’est-ce pas ? Elle fit un pas en arrière, mais ses yeux le retenaient toujours. Ou est-ce que tu aimes juste me faire attendre ? Il ne répondit pas. Il se contenta de l’observer, la mâchoire serrée, les doigts serrant le pied de la coupe avec assez de force pour faire grincer le cristal. Sofia sourit, un sourire qui n’atteignait pas ses yeux, et se retourna pour s’en aller. Mais avant qu’elle n’ait pu faire plus de deux pas, elle sentit sa main sur son coude, la ramenant vers lui. — La terrasse, murmura-t-il, la voix rauque. Cinq minutes. Elle aurait dû dire non. Elle aurait dû continuer à marcher, le laisser se noyer dans sa propre indécision. Mais son contact brûlait à travers le tissu de sa robe, et la façon dont ses yeux s’assombrissaient — comme s’il luttait contre quelque chose de bien plus grand que les convenances — lui fit se contracter l’estomac. — Cinq minutes, accepta-t-elle, la voix basse. Pas une seconde de plus. Lucas ne lâcha pas son bras. Au lieu de cela, il la guida à travers la foule, les corps s’écartant comme s’ils sentaient la tension entre eux. Sofia le suivit, consciente de chaque regard qui les accompagnait, de chaque murmure qui s’élevait dans leur sillage. Lorsqu’ils atteignirent les portes vitrées menant à la terrasse, il les ouvrit d’un geste brusque, et l’air de la nuit les enveloppa — froid, humide, chargé de l’odeur de jasmin et d’asphalte. Dehors, la ville brillait. Les lumières clignotaient dans les gratte-ciel lointains, et le ciel, malgré la pollution lumineuse, gardait encore quelques étoiles. La terrasse était vide, comme si même les autres invités savaient que cet espace leur appartenait désormais. Lucas lâcha son bras, mais ne s’éloigne pas. Au lieu de cela, il s’appuya contre la balustrade, les yeux fixés sur l’horizon. Sofia n’attendit pas. Elle marcha vers lui, s’arrêtant si près qu’elle pouvait sentir la chaleur de son corps à travers le tissu de sa robe. Il ne bougea pas. Ne la toucha pas. Mais quand elle leva la main et passa ses doigts sur le col de sa chemise, elle le sentit frémir. — Cinq minutes, lui rappela-t-elle, la voix un murmure. Qu’est-ce que tu vas en faire ? Lucas la regarda enfin. Et puis, sans un mot, il prit son visage entre ses mains et l’embrassa. La foule autour d’eux semblait s’être épaissie, comme si l’air même de la galerie était devenu plus dense, chargé de parfums coûteux et de rires étouffés. Sofia sentait la chaleur des corps pressés les uns contre les autres, la façon dont le tissu de sa robe collait à sa peau moite dans le dos, la coupe de champagne glacée entre ses doigts — un contraste délicieux avec la brûlure lente qui avait commencé dans sa poitrine depuis que Lucas l’avait embrassée sur la terrasse. Elle sentait encore son goût dans sa bouche, quelque chose entre l’alcool sucré de la boisson et le sel de sa propre peau, un souvenir qui la faisait mordiller sa lèvre inférieure sans s’en rendre compte. — *À l’art qui nous coupe le souffle*, annonça le curateur de l’exposition en levant sa coupe au centre de la salle, sa voix amplifiée par le microphone. Le toast résonna parmi les invités, un chœur de cristaux qui s’entrechoquaient, et Sofia accompagna le geste, mais ses yeux ne quittèrent pas Lucas. Il se tenait à quelques pas d’elle, discutant avec un homme en costume gris, ses longs doigts enroulés autour du pied de la coupe avec une élégance presque désinvolte. Quand il remarqua qu’elle l’observait, il leva les yeux par-dessus l’épaule de son interlocuteur, et le coin de sa bouche se releva en un sourire qui n’atteignait pas ses yeux — quelque chose de dangereux, quelque chose qui promettait bien plus que des mots. Elle s’approcha, se faufilant entre les corps comme si elle dansait, jusqu’à se tenir à ses côtés. L’homme en costume gris parlait encore, gesticulant avec enthousiasme sur une technique d’éclairage, mais Lucas ne semblait plus l’écouter. Ses yeux étaient fixés sur elle, sombres sous la lumière dorée des lustres, et Sofia sentit son estomac se contracter quand il inclina légèrement la tête, comme s’il demandait : *Tu es venue jusqu’ici. Et maintenant ?* — *Vous êtes d’accord, architecte ?* demanda enfin l’homme, remarquant enfin la distraction de Lucas. Il cligna des yeux, comme s’il sortait d’un rêve, et acquiesça sans conviction. — Bien sûr. La lumière est tout, murmura-t-il, mais sa voix semblait lointaine, comme si les mots n’étaient qu’un prétexte pour garder ses lèvres en mouvement tandis que ses yeux ne quittaient pas Sofia. Elle sourit, provocatrice, et porta la coupe à ses lèvres, laissant le liquide frais couler dans sa gorge. Le champagne avait un goût de pomme verte et quelque chose de métallique, peut-être sa propre nervosité qui la parcourait. Quand elle baissa la coupe, ses doigts effleurèrent ceux de Lucas — *par accident*, ou peut-être pas. Le contact fut bref, presque imperceptible, mais suffisant pour qu’il tourne la main, capturant la sienne entre les siennes une seconde de plus que l’étiquette ne le permettait. Ce fut comme si un courant électrique lui avait parcouru le bras. Sofia retint son souffle, sentant la chaleur de sa paume contre la sienne, la légère rugosité de ses empreintes digitales, la façon dont ses doigts se refermèrent autour des siens comme s’il ne voulait pas la lâcher. Quand il le fit enfin, l’air sembla manquer entre eux, et elle dut s’appuyer contre le bord de la table à côté pour ne pas perdre l’équilibre. — *Désolé*, dit-il, mais le ton ne portait aucun regret. C’était plutôt une confirmation, un avertissement que cela n’avait pas été accidentel. Ses yeux brillèrent, et Sofia réalisa qu’il était aussi affecté qu’elle. — *Moi, non*, répondit-elle, la voix assez basse pour que lui seul l’entende. *Je ne regrette rien.* Lucas laissa échapper un rire court, presque un soupir, et fit un pas de plus vers elle. Son odeur l’enveloppa — bois de santal et quelque chose de plus profond, comme du bois fraîchement coupé, un parfum qui lui fit tourner la tête. Il se pencha, ses lèvres frôlant presque son oreille quand il parla : — *Il y a une terrasse là-haut. Vide. Tu veux voir les œuvres de plus près ?* Les mots furent un murmure, mais ils résonnèrent en elle comme un cri. Sofia sentit son cœur battre si fort qu’elle fut sûre qu’il pouvait l’entendre, le sang pulsant dans ses tempes, entre ses jambes, partout où sa peau semblait plus sensible. Elle regarda autour d’elle, comme si elle cherchait une excuse, une raison de dire non, mais la vérité était qu’elle n’en voulait aucune. Elle voulait seulement sentir ses doigts entrelacés aux siens à nouveau, voulait le poids de son corps contre le sien, voulait savoir si le baiser sur la terrasse avait été réel ou juste un délire provoqué par le champagne. — *Cinq minutes*, répéta-t-elle, comme si elle avait encore besoin de se convaincre. *Juste pour regarder les œuvres.* Lucas sourit, lentement et dangereusement, et lui tendit la main. — *Alors allons-y.* Elle n’hésita pas. Elle posa la coupe sur la table, ignorant le tintement du cristal contre le marbre, et prit sa main. Leurs doigts s’entrelacèrent avec une naturalité qui la surprit, comme s’ils avaient été faits pour s’emboîter. Il la guida à travers la foule, les corps s’écartant sur leur passage comme s’ils sentaient l’urgence qui les consumait. Sofia sentit le regard de certaines personnes sur eux — curieux, envieux, spéculatif — mais elle s’en moquait. Elle était trop occupée à sentir la pression de la main de Lucas dans la sienne, la chaleur de sa paume contre la sienne, la façon dont son pouce caressait le dos de sa main en mouvements lents et délibérés. Quand ils arrivèrent à l’ascenseur, il appuya sur le bouton et se tourna vers elle, les yeux brûlants. — *Tu trembles*, observa-t-il, la voix rauque. Sofia ne répondit pas. Elle se contenta de relever le menton, provocatrice, et s’approcha jusqu’à ce que leurs corps soient presque en contact. L’ascenseur arriva avec un *ding* doux, les portes s’ouvrant pour révéler un espace vide et éclairé. Lucas entra le premier, l’attirant avec lui, et dès que les portes se refermèrent, il la plaqua contre le mur de miroirs. Leur reflet était un mélange de lumières et d’ombres — sa robe noire moulant son corps, ses cheveux lâchés retombant sur ses épaules, ses lèvres entrouvertes ; son costume impeccable, sa cravate légèrement de travers, ses yeux sombres fixés sur elle comme si rien d’autre au monde n’avait d’importance. — *Cinq minutes*, répéta-t-il, la voix rauque. *Tu crois que ce sera suffisant ?* Sofia ne répondit pas. Elle se contenta de prendre son visage entre ses mains et de l’embrasser. L’ascenseur monta en silence, le seul bruit étant le bourdonnement électrique des câbles et leur respiration haletante. Sofia sentait le poids du regard de Lucas brûler sa peau, même à travers le tissu de sa robe. Quand les portes s’ouvrirent, il ne lâcha pas sa main. Au lieu de cela, il entrelaça ses doigts aux siens avec une fermeté qui accéléra son pouls, la tirant dehors d’un mouvement décidé. La terrasse de la galerie était un espace oublié, caché derrière une porte en verre dépoli que Lucas poussa sans hésiter. L’air nocturne les accueillit, frais et chargé de l’odeur de jasmin et de béton réchauffé par le soleil de la journée. La lune, presque pleine, pendait bas dans le ciel, baignant tout d’une lumière argentée qui transformait les plantes en silhouettes fantomatiques et faisait briller le marbre du sol comme une eau immobile. Sofia lâcha la main de Lucas dès qu’ils franchirent le seuil, comme si elle avait besoin de cet espace pour respirer. Elle marcha jusqu’à la balustrade en fer forgé, ses talons résonnant légèrement sur le sol. En contrebas, la ville s’étendait en un enchevêtrement de lumières dorées et rouges, les voitures minuscules comme des lucioles prises dans une toile d’asphalte. Elle s’appuya sur les coudes, se penchant légèrement en avant, sentant le vent jouer avec les mèches de ses cheveux. Lucas s’arrêta à quelques pas d’elle, l’observant. Il y avait quelque chose de prédateur dans sa façon de la regarder — comme s’il calculait chaque mouvement, chaque réaction. Il desserra encore sa cravate, ses longs doigts travaillant le nœud avec une lenteur délibérée, puis la tira par-dessus sa tête, la laissant tomber au sol avec un bruit étouffé. — Tu t’es enfuie, dit-il, la voix basse, presque un murmure. Sofia se tourna pour lui faire face, les lèvres incurvées en un sourire qui n’atteignait pas ses yeux. — Ce n’était pas une fuite. C’était un *recul stratégique*. — Pour me laisser sur ma faim ? — Pour voir si tu aurais le courage de me suivre. Il rit, un son grave et rauque qui résonna dans sa poitrine. Puis il fit un pas en avant, puis un autre, jusqu’à être assez près pour que Sofia sente la chaleur émanant de son corps. Il ne la toucha pas. Pas encore. Au lieu de cela, il se pencha, posant les mains sur la balustrade, une de chaque côté d’elle, l’emprisonnant sans la toucher. — Et maintenant ? demanda-t-il, les lèvres si proches de son oreille que son souffle lui chatouilla la peau sensible. Satisfait de la réponse ? Sofia ne bougea pas. Elle ne recula pas. Mais ses doigts se serrèrent autour du fer froid, ses ongles vernis de rouge foncé s’enfonçant dans la surface. — Tu n’as encore rien dit, le défia-t-elle. Tu m’as juste traînée ici comme si j’étais un trophée. — Tu *es* un trophée, murmura-t-il, les yeux descendant vers sa bouche. Mais je ne suis pas un homme de mots vides, Sofia. Je préfère montrer. Elle aurait dû rire. Elle aurait dû le repousser, ou au moins feindre l’indifférence. Mais la façon dont il la regardait — comme si elle était la seule chose au monde qui valait la peine d’être vue — lui fit se contracter l’estomac en nœuds serrés. Et puis, avant qu’elle ne puisse se retenir, les mots lui échappèrent : — Alors montre-moi. Lucas n’eut pas besoin de plus d’encouragement. D’un mouvement fluide, il prit son visage entre ses mains, les pouces caressant ses pommettes tandis qu’il inclinait la tête. Mais il ne l’embrassa pas. Pas encore. Au lieu de cela, ses lèvres planèrent au-dessus des siennes, si proches qu’elle pouvait goûter le whisky qu’il avait bu plus tôt, mêlé à quelque chose de plus chaud, de plus sauvage. — Tu veux que j’admette ? murmura-t-il, la voix rauque. D’accord. Depuis le moment où je t’ai vue au milieu de cette foule, avec cette robe qui semble peinte sur ton corps, j’ai su que je t’emmènerais au lit. Ou par terre. Ou contre le mur. Il fit une pause, ses doigts glissant vers sa nuque, s’emmêlant dans ses cheveux. Mais je ne vais pas mentir et dire que c’est tout. Parce que ce n’est pas le cas. Tu me troubles d’une façon que je ne peux pas expliquer. Sofia sentit son cœur battre si fort qu’elle était sûre qu’il pouvait l’entendre. Elle leva les mains, les posant sur son torse, sentant le rythme accéléré de son cœur sous sa chemise amidonnée. Puis, d’un mouvement délibéré, elle le repoussa. — Prouve-le, dit-elle, la voix tremblante, mais ferme. Lucas n’hésita pas. En un instant, ses mains étaient sur elle, l’attirant contre lui avec une urgence qui lui fit échapper l’air des poumons. Leurs lèvres se rencontrèrent dans un baiser affamé, désespéré, comme si tous deux avaient attendu cela toute la nuit — et peut-être l’avaient-ils fait. Sa bouche était chaude, exigeante, sa langue glissant contre la sienne dans un rythme qui lui fit flageoler les jambes. Sofia gémit contre ses lèvres, ses mains remontant pour agripper ses larges épaules, sentant les muscles tendus sous le tissu de sa veste. Il la poussa contre la balustrade, le fer froid pressant son dos tandis que les mains de Lucas exploraient son corps avec une possessivité qui lui coupait le souffle. L’une d’elles glissa le long de la courbe de sa taille, la serrant fermement avant de remonter, ses doigts effleurant le côté de son sein par-dessus la robe. Sofia se cambra contre lui, un gémissement bas s’échappant de sa gorge quand il trouva le mamelon déjà durci, le pinçant entre le pouce et l’index. — Putain, murmura-t-il contre sa bouche, les dents mordillant sa lèvre inférieure. Tu es encore mieux que ce que j’avais imaginé. Sofia ne répondit pas. Elle ne pouvait pas. Au lieu de cela, ses mains bougèrent d’elles-mêmes, déboutonnant sa veste avec des doigts tremblants, la repoussant de ses épaules jusqu’à ce qu’elle tombe au sol. Puis elle s’attaqua aux boutons de sa chemise, un à un, révélant le torse musclé, la peau bronzée marquée par quelques fines cicatrices qu’elle voulait explorer avec sa langue. Quand elle parvint enfin à ouvrir la chemise, elle la tira hors de son pantalon, ses mains glissant sur les muscles définis de son abdomen, le sentant frémir sous son toucher. Lucas gémit quand elle traça une ligne avec ses ongles depuis sa poitrine jusqu’à la ceinture de son pantalon, ses doigts jouant avec le bouton. Mais avant qu’elle ne puisse aller plus loin, il attrapa ses poignets, les maintenant au-dessus de sa tête d’une main tandis que l’autre descendait le long de son corps, remontant la jupe de sa robe jusqu’à ce que le tissu soit retroussé autour de sa taille. — Tu es une provocatrice, murmura-t-il, ses lèvres descendant le long de son cou, mordillant la peau sensible juste sous son oreille. Mais je sais jouer aussi. Sofia laissa échapper un soupir tremblant quand sa main glissa entre ses jambes, ses doigts trouvant le tissu humide de sa culotte. Il ne perdit pas de temps — écarta le tissu sur le côté et la toucha directement, un long doigt glissant entre ses lèvres déjà gonflées, trouvant le point qui la fit se cambrer avec un gémissement sonore. — Putain, haleta-t-elle, ses ongles s’enfonçant dans ses épaules. Lucas… — C’est ça, l’encouragea-t-il, la voix rauque. Dis-moi ce que tu veux. — Je veux… commença-t-elle, mais les mots moururent dans sa gorge quand il ajouta un deuxième doigt, les faisant tourner en cercles lents et torturants. Je te veux. En moi. Lucas émit un son guttural, ses doigts s’arrêtant un instant avant de reprendre leur mouvement avec plus d’intensité. Il pressa son pouce contre son clitoris, la faisant gémir et se tordre contre sa main. — Pas encore, dit-il, ses lèvres effleurant son oreille. D’abord, je veux te sentir jouir comme ça. Avec mes doigts. Avec ma bouche. Il mordilla son lobe d’oreille, la faisant frissonner. Ensuite, je vais te baiser jusqu’à ce que tu oublies ton propre nom. Sofia ne put répondre. Les mots de Lucas, combinés au mouvement implacable de ses doigts, la menèrent au bord du précipice. Elle enfonça ses ongles dans son dos, son corps tout entier tendu tandis que l’orgasme approchait, une vague chaude et écrasante qui la fit crier son nom. Lucas ne s’arrêta pas. Il continua de bouger ses doigts, prolongeant son plaisir jusqu’à ce qu’elle soit molle dans ses bras, la respiration haletante, le corps tremblant. Ce n’est qu’alors qu’il la lâcha, la laissant s’appuyer contre la balustrade tandis qu’elle reprenait son souffle. Sofia ouvrit les yeux, rencontrant son regard — sombre, affamé, plein de promesses. Elle lécha ses lèvres, sentant le goût salé de sa propre sueur, puis, avec un sourire lent et dangereux, tendit la main vers lui. — Maintenant, dit-elle, la voix rauque de désir, c’est mon tour. Le taxi s’arrêta devant l’immeuble de Sofia avec une secousse douce, comme si même le chauffeur savait que ce moment méritait de la délicatesse. Elle descendit la première, ses talons claquant sur le trottoir humide de la nuit, la robe de soie bleue encore collée par endroits à sa peau par la chaleur de la soirée. Lucas la suivit, payant la course avec des billets froissés qu’il sortit de sa poche sans regarder, les yeux fixés sur elle — sur la façon dont la brise faisait danser les mèches de ses cheveux, sur le contour de son dos nu sous la lumière jaunâtre du réverbère. Le gardien de nuit, un homme à la moustache grisonnante et au regard fatigué, les salua d’un signe de tête discret. Sofia lui répondit par un sourire rapide, mais ses doigts tremblaient légèrement lorsqu’elle inséra la clé dans la serrure de l’ascenseur. Lucas entra derrière elle, si près qu’elle pouvait sentir l’odeur de son parfum mêlée à la sueur douce de sa peau, au vin rouge qui brûlait encore dans ses veines. Le miroir de l’ascenseur reflétait leurs deux silhouettes : elle, les joues rosies et les lèvres entrouvertes ; lui, la cravate déjà desserrée, les yeux sombres comme de l’encre renversée. — Tu es nerveuse, murmura-t-il, la voix rauque, tandis que l’ascenseur montait avec un bourdonnement presque imperceptible. Sofia rit, un son bref et tremblant. — Et toi, non ? Lucas ne répondit pas. Au lieu de cela, il prit son menton entre ses doigts et l’embrassa, lentement, comme s’il avait tout le temps du monde. Sa langue explora la sienne avec une patience qui la fit gémir doucement, ses mains s’agrippant aux revers de sa veste. Quand l’ascenseur s’arrêta, elle était essoufflée, les lèvres gonflées, les tétons durs sous le tissu fin de sa robe. L’appartement de Sofia était exactement comme il l’avait imaginé : désordonné, vivant, plein de couleurs. Des tableaux inachevés étaient appuyés contre les murs, des pinceaux trempant dans des verres en verre, l’odeur de peinture à l’huile et de vieux café flottant dans l’air. Elle alluma une lampe sur pied, baignant la pièce dans une lumière ambrée qui adoucissait les ombres. Lucas enleva sa veste et la jeta sur le bras du canapé, ses yeux parcourant l’espace avec curiosité. — J’aime bien ici, dit-il enfin. Sofia sourit, mais ne répondit pas. Au lieu de cela, elle s’approcha de lui, ses mains glissant sur son large torse, sentant la chaleur de sa peau sous la chemise. Elle déboutonna le premier bouton, puis le second, ses doigts tremblants effleurant sa clavicule saillante. — Tu parles trop, murmura-t-elle en l’attirant pour un autre baiser. Cette fois, il n’y avait plus de hâte. Il n’y avait plus de public, plus de vernissage, plus rien que eux deux et cet appartement qui sentait comme elle. Lucas la poussa doucement contre le mur, ses grandes mains tenant son visage tandis qu’il l’embrassait comme s’il voulait mémoriser le goût de sa bouche. Sofia gémit contre ses lèvres, ses ongles griffant légèrement le tissu de sa chemise, le tirant plus près. — Enlève ça, demanda-t-elle, la voix étouffée, tandis que ses mains descendaient vers sa ceinture. Lucas obéit, déboutonnant sa chemise avec des mouvements lents, révélant son torse sculpté, les muscles définis sous sa peau bronzée. Sofia ne résista pas : elle se pencha en avant et passa sa langue sur son téton, le sentant durcir sous son toucher. Il gémit, ses mains s’emmêlant dans ses cheveux, la tirant plus près. — Putain, Sofia… Elle rit, un son bas et satisfait, et continua son exploration, descendant avec des baisers humides le long de son abdomen, jusqu’à atteindre le bouton de son pantalon. Ses doigts travaillèrent avec une hâte qui ne correspondait pas à la lenteur des baisers précédents, et bientôt le pantalon tomba au sol, suivi par son caleçon. Lucas était dur, son érection pulsant contre le tissu de sa culotte quand elle se releva, ses yeux sombres fixés sur les siens. — À ton tour, dit-il, la voix rauque de désir. Sofia n’eut pas besoin de plus d’encouragement. Elle se tourna, lui offrant la fermeture éclair de sa robe. Lucas la descendit lentement, ses doigts effleurant sa peau exposée, sentant les frissons qui apparaissaient sous son toucher. Quand la robe tomba à ses pieds, révélant l’ensemble de dentelle noire qui couvrait à peine son corps, il ne put retenir un soupir. — Tu es magnifique, murmura-t-il, ses mains glissant le long de son dos, sentant la courbe de sa colonne vertébrale, la douceur de sa peau. Sofia se retourna, ses yeux brillant de désir et de quelque chose de plus — quelque chose qui ressemblait à de la vulnérabilité. — Toi aussi, dit-elle, ses mains explorant son torse, descendant jusqu’à son sexe dur, l’enveloppant de ses doigts. Lucas gémit, la tête basculant en arrière tandis qu’elle le caressait, lentement et délibérément. — Si tu continues comme ça, je ne vais pas tenir, admit-il, la voix entrecoupée. Sofia sourit, un sourire lent et dangereux, et le poussa vers le canapé. Lucas s’assit, les yeux fixés sur elle tandis qu’elle s’agenouillait entre ses jambes. Ses lèvres enveloppèrent le bout de son sexe, sa langue tournant en cercles lents, et Lucas gémit fort, ses mains s’emmêlant dans ses cheveux. — Putain…, murmura-t-il, ses hanches bougeant instinctivement, cherchant plus. Sofia le prit profondément, jusqu’à la gorge, ses yeux larmoyant légèrement sous l’effort. Elle le goûta, la texture soyeuse de sa peau, le goût salé de son pré-sperme, la façon dont il frémissait sous son toucher. Quand il la tira par les cheveux, l’éloignant avec un gémissement rauque, elle sut qu’il était proche. — Assez, dit-il, la voix rauque. Je te veux dans le lit. Sofia se releva, les genoux tremblants, et lui tendit la main. Lucas la prit et la suivit jusqu’à la chambre, un espace petit dominé par un lit défait et des rideaux lourds qui bloquaient la lumière de la rue. Il la coucha sur les draps, ses yeux parcourant chaque centimètre de son corps — ses petits seins fermes, son ventre légèrement marqué par de vieilles cicatrices, ses cuisses douces qui s’ouvraient pour lui. — Tu es parfaite, murmura-t-il en se penchant pour embrasser l’une des cicatrices, puis une autre, comme s’il voulait mémoriser chaque marque. Sofia frissonna, ses doigts s’emmêlant dans les draps. Elle ne s’était jamais sentie aussi exposée, aussi vulnérable — et, en même temps, aussi désirée. — Lucas…, murmura-t-elle, la voix tremblante. Il ne répondit pas avec des mots. Au lieu de cela, il descendit le long de son corps, ses lèvres laissant une traînée de feu sur sa peau. Quand il atteignit le milieu de ses jambes, il écarta sa culotte et la goûta pour la première fois, sa langue glissant entre ses lèvres gonflées, la savourant avec une lenteur torturante. Sofia se cambra, un gémissement fort s’échappant de ses lèvres. — C’est ça…, murmura-t-elle, ses mains s’emmêlant dans ses cheveux. Comme ça… Lucas la lécha comme si c’était la chose la plus délicieuse qu’il ait jamais goûtée, ses doigts rejoignant sa langue, la pénétrant lentement tandis qu’elle gémissait et se tordait sous son toucher. Il pouvait sentir son goût devenir plus intense, son corps se tendre, les muscles internes serrant ses doigts. — Jouis pour moi, murmura-t-il contre sa peau, sa voix vibrant contre son clitoris. Je veux te sentir jouir dans ma bouche. Sofia ne put résister. Avec un cri étouffé, elle se désintégra, l’orgasme la traversant comme une vague chaude, la laissant molle et tremblante sous lui. Lucas ne s’arrêta pas, la léchant jusqu’au dernier frisson, jusqu’à ce qu’elle le tire par les cheveux, les yeux suppliants. — Maintenant, dit-elle, la voix rauque. J’ai besoin de toi en moi. Lucas se releva, ses lèvres brillantes de son goût, et enleva sa culotte d’un mouvement rapide. Sofia écarta les jambes pour lui, les yeux fixés sur les siens tandis qu’il se positionnait entre ses cuisses, le bout de son sexe effleurant son entrée. — Tu es sûre ? demanda-t-il, la voix tendue de désir. Sofia acquiesça, ses ongles s’enfonçant dans ses épaules. — Je n’ai jamais été aussi sûre de ma vie. Et puis, avec un gémissement rauque, Lucas la pénétra — lentement, si lentement qu’elle sentit chaque centimètre de lui la remplir, l’étirer, la marquer d’une façon dont elle savait qu’elle ne serait plus jamais la même. Sofia cria, son corps s’ajustant au sien, ses muscles internes le serrant avec force. — Putain, tu es serrée…, gémit Lucas, ses hanches commençant à bouger dans un rythme lent et profond. Sofia enroula ses jambes autour de sa taille, le tirant plus près, plus profondément. Elle pouvait sentir chaque mouvement, chaque respiration, chaque battement accéléré de son cœur contre le sien. Et quand Lucas inclina la tête pour capturer ses lèvres dans un baiser affamé, elle sut qu’elle était perdue. — Plus vite, demanda-t-elle, la voix entrecoupée. Lucas obéit, ses hanches bougeant avec plus d’urgence, ses gémissements se mêlant aux siens. Sofia sentit le plaisir monter à nouveau, une pression chaude dans son ventre, ses muscles se contractant autour de lui. — Je vais…, parvint-elle à dire, avant que l’orgasme ne la frappe avec force, la faisant crier et se tordre sous lui. Lucas ne s’arrêta pas. Il continua de bouger, prolongeant son plaisir jusqu’à ce que ses propres gémissements deviennent plus forts, plus désespérés. Et quand il jouit enfin, ce fut avec un grognement rauque, son corps tout entier tendu tandis qu’il se déversait en elle, tous deux en sueur, haletants, entrelacés dans une danse sans fin. Pendant un moment, il n’y eut rien d’autre que le son de leurs respirations mêlées, des battements de cœur qui ralentissaient, des corps encore unis. Sofia passa ses doigts le long de son dos, sentant les vieilles cicatrices, les muscles tendus. — C’était…, commença-t-elle, mais elle ne put finir. Lucas sourit contre son cou, déposant un baiser doux sur sa peau humide. — Juste le début, murmura-t-il. Et Sofia, le corps encore tremblant de plaisir, sut qu’il avait raison. La chambre était plongée dans une pénombre dorée, seulement interrompue par la lumière ambrée de la lampe de chevet, qui projetait de longues ombres sur les draps froissés. Sofia sentait le poids du corps de Lucas sur le sien, non comme quelque chose d’oppressant, mais comme une ancre — quelque chose qui la retenait à la terre tandis que le monde autour d’eux se dissolvait en sensations. Ses doigts tremblaient encore légèrement, marqués par le souvenir de son toucher, par la façon dont il l’avait explorée avec une patience presque cruelle, comme si chaque centimètre de sa peau était une carte à déchiffrer. Mais maintenant, il n’y avait plus de place pour les hésitations. Lucas s’appuya sur ses coudes, les muscles de ses bras bien dessinés sous sa peau chaude, et la regarda avec une intensité qui fit vibrer l’air entre eux. Il y avait quelque chose de prédateur dans ce regard, mais aussi une tendresse qui la désarmait. Il ne dit rien. Il n’en avait pas besoin. Les lèvres entrouvertes de Sofia, la façon dont ses jambes s’écartèrent un peu plus, comme pour l’inviter à combler l’espace qui aspirait déjà à lui — tout cela était une réponse suffisante. Il se positionna entre ses cuisses, le bout de son membre effleurant son entrée de manière délibérée, lente. Sofia se cambra involontairement, un gémissement bas s’échappant de sa gorge. L’attente était presque insupportable. Elle l’avait déjà senti auparavant, dans des caresses furtives, dans des baisers descendant le long de son ventre, mais maintenant, maintenant il était là, dur et palpitant, prêt à l’envahir. — *S’il te plaît*, murmura-t-elle, la voix rauque, les ongles s’enfonçant dans les draps. Lucas sourit, un sourire lent et dangereux, puis, d’un mouvement doux, commença à entrer. La sensation fut écrasante — non seulement par la pression, par l’étirement, mais par la façon dont il le fit, comme si chaque millimètre était une promesse. Sofia mordit sa lèvre inférieure, les yeux se fermant un instant tandis que son corps s’ajustait à l’intrusion, à la plénitude qui la faisait se sentir complète d’une manière qu’elle n’avait jamais expérimentée. — *Respire*, murmura-t-il en se penchant pour embrasser sa tempe, sa mâchoire, le coin de sa bouche. Elle obéit, exhalant dans un soupir tremblant, puis il se mit en mouvement. Ce ne fut pas une poussée brusque, pas une pénétration désespérée. Ce fut quelque chose de calculé, presque torturant dans sa lenteur. Lucas se retira presque entièrement, ne laissant que le bout en elle, avant de revenir la remplir d’une poussée profonde et délibérée. Sofia gémit fort, ses ongles s’enfonçant maintenant dans son dos, sentant les muscles se contracter sous ses doigts. Chaque mouvement était une vague de plaisir, chaque retrait une privation qui la faisait se cambrer, cherchant plus. — *Tu aimes ça ?* demanda-t-il, la voix basse, ses lèvres effleurant son oreille tandis qu’il se mouvait dans un rythme constant, implacable. — *Oui*, parvint-elle à dire, le mot sortant entrecoupé. *Plus.* Il rit, un son sombre et satisfait, puis accéléra légèrement, les poussées devenant plus profondes, plus urgentes. Le son de leurs corps se rencontrant résonna dans la chambre — peau contre peau, sueur coulant, respirations haletantes. Sofia sentait chaque centimètre de lui, chaque mouvement qui la rapprochait du bord. Ses seins se balançaient à chaque poussée, ses tétons durs frottant contre son torse, amplifiant la sensation. — *Regarde-moi*, ordonna Lucas, la voix rauque. Elle ouvrit les yeux, rencontrant son regard — sombre, intense, plein d’une faim qui la fit frissonner. Il lui maintint le menton d’une main, l’immobilisant tandis qu’il continuait de bouger en elle, chaque poussée plus profonde que la précédente. Sofia sentit l’orgasme approcher, une pression chaude dans son ventre, ses muscles se contractant autour de lui. — *Je vais…*, parvint-elle à dire, avant que la vague ne la frappe. Le plaisir explosa en elle, une chaleur intense qui se répandit dans chaque nerf, chaque cellule. Sofia cria, son corps se tordant sous le sien, ses ongles s’enfonçant plus profondément dans son dos tandis que l’orgasme la consumait. Il ne s’arrêta pas. Il continua de bouger, prolongeant son plaisir, ses gémissements devenant plus forts, plus désespérés, jusqu’à ce qu’elle sente ses propres muscles le serrer avec force, comme si elle ne voulait pas le laisser partir. Lucas gémit, le rythme devenant plus erratique, les poussées plus courtes, plus intenses. Sofia sentit quand il atteignit son propre sommet — son corps tout entier se tendant, les muscles de son dos se contractant sous ses mains, ses gémissements se transformant en un grognement rauque. D’un dernier mouvement profond, il jouit, la chaleur se répandant en elle tandis qu’ils se perdaient tous deux dans la sensation. Pendant un long moment, il n’y eut rien d’autre que le son de leurs respirations mêlées, des battements de cœur qui ralentissaient, des corps encore unis. Sofia passa ses doigts le long de son dos, sentant les vieilles cicatrices, les muscles tendus sous sa peau humide. Il y avait quelque chose d’intime dans ce geste, quelque chose qui allait au-delà du plaisir physique. — *C’était…*, commença-t-elle, mais les mots moururent dans sa gorge. Lucas sourit contre son cou, déposant un baiser doux sur sa peau moite. — *Juste le début*, murmura-t-il. Et Sofia, le corps encore tremblant de plaisir, sut qu’il avait raison. Parce que maintenant, là, entrelacés dans les draps, avec la sueur séchant sur leur peau et son odeur imprégnée dans chaque fibre de son être, il n’y avait plus de retour en arrière possible. Cette nuit avait changé quelque chose entre eux — quelque chose qu’aucun des deux ne pourrait ignorer. Dehors, le ciel commençait à s’éclaircir, les premières lueurs de l’aube envahissant la chambre à travers les rideaux entrouverts. Sofia ferma les yeux un instant, sentant le poids du corps de Lucas sur le sien, le rythme lent de sa respiration. Il était encore en elle, comme si aucun des deux ne voulait être le premier à s’éloigner. — *Reste*, murmura-t-elle, sans savoir si elle lui demandait de rester là, dans ce moment, ou si elle parlait de quelque chose de plus. Lucas ne répondit pas avec des mots. Il se contenta de se déplacer sur le côté, l’attirant contre lui, leurs corps s’emboîtant comme s’ils avaient été faits pour cela. Sofia se blottit contre lui, sentant la chaleur de sa peau, l’odeur de sexe et de sueur mêlée au parfum citronné qu’il portait. Ses doigts traçaient des cercles paresseux dans son dos, comme s’il mémorisait chaque courbe. — *Je ne vais nulle part*, murmura-t-il, la voix rauque de sommeil et de satiété. Et, pour la première fois de la nuit, Sofia crut que peut-être — juste peut-être — ce n’était pas qu’une rencontre fortuite. Que peut-être, entre les draps et les soupirs, quelque chose de plus était en train de commencer. La première lumière du matin s’infiltra à travers les rideaux entrouverts comme une invitation timide, dessinant des rayures dorées sur la peau encore chaude de Sofia. Elle se réveilla avant Lucas, ses cils frémissant contre la clarté tandis que son corps l’enveloppait par derrière, un bras lourd posé sur sa taille, ses doigts entrelacés aux siens. Le drap avait glissé jusqu’à leur taille, laissant apparaître les marques de la nuit précédente — des griffures légères dans son dos, une morsure violette sur son épaule, ses seins encore sensibles au contact de l’air matinal. Sofia sourit avant même d’ouvrir complètement les yeux. L’odeur de sexe et de sueur s’était transformée en quelque chose de plus doux, mêlée à l’arôme du café qui commençait à envahir l’appartement depuis la cuisine — quelqu’un, probablement elle-même la veille, avait programmé la cafetière. Mais ce qui lui fit retenir son souffle fut la sensation des lèvres de Lucas effleurant sa nuque, paresseuses, comme s’il rêvait encore. — *Tu es réveillé*, murmura-t-elle en se retournant lentement pour lui faire face. Ses yeux, autrefois si intenses sous la lumière artificielle de la galerie, brillaient maintenant d’une langueur satisfaite, ses pupilles dilatées juste assez pour révéler que le désir de la nuit précédente ne s’était pas dissipé avec le sommeil. Il ne répondit pas tout de suite. Au lieu de cela, il l’attira plus près, ajustant son corps contre le sien, et frotta son nez contre le sien, dans un geste si intime que son cœur fit un bond. — *Je suis réveillé depuis que tu as commencé à bouger*, avoua-t-il, la voix rauque de sommeil, ses doigts traçant un chemin lent le long de sa colonne vertébrale. *Et depuis, j’essaie de décider si je te réveille ou si je te laisse dormir encore un peu.* Sofia rit, doucement, et mordilla sa lèvre inférieure en guise de taquinerie. — *Et quelle est la conclusion ?* — *Que je préfère te réveiller comme ça.* Et puis il l’embrassa, non pas avec l’urgence de la nuit précédente, mais avec une lenteur délibérée, comme s’il avait tout le temps du monde pour explorer sa bouche. Sofia gémit contre ses lèvres, sentant son corps réagir instantanément — ses tétons durcissant, la chaleur se répandant entre ses jambes. Elle se pressa contre lui, sentant son érection matinale frotter contre sa cuisse, et Lucas laissa échapper un soupir rauque, ses mains descendant pour serrer ses fesses. — *Tu es insatiable*, murmura-t-il, mais il n’y avait aucune plainte dans sa voix, seulement de l’amusement et quelque chose de plus profond, quelque chose qui fit se contracter l’estomac de Sofia. — *Et toi, tu aimes ça*, rétorqua-t-elle en passant sa langue sur sa lèvre inférieure. Lucas rit, un son grave et délicieux, et roula sur elle, l’emprisonnant entre ses bras. Le drap tomba enfin, les laissant complètement nus sous la lumière du soleil, et Sofia ne put s’empêcher de frissonner quand il se positionna entre ses jambes, le bout de son sexe déjà humide effleurant son clitoris. — *J’aime toi*, corrigea-t-il, la voix basse, les yeux fixés sur les siens tandis qu’il s’enfonçait lentement, centimètre par centimètre, jusqu’à la remplir complètement. Sofia se cambra, ses ongles s’enfonçant dans ses épaules, et gémit fort, le son résonnant dans la chambre. Il n’y avait plus de précipitation cette fois. Il n’y avait plus besoin d’explorer, de découvrir — ils connaissaient déjà les corps l’un de l’autre, les courbes, les points qui faisaient se contracter les muscles, les soupirs qui précédaient le climax. Lucas se mouvait dans un rythme lent, presque paresseux, ses hanches roulant en cercles tandis que sa bouche trouvait son sein, sa langue jouant avec son téton avant de le sucer avec force. — *Putain, Lucas…*, haleta-t-elle, ses jambes enroulées autour de sa taille, le tirant plus profondément. Il sourit contre sa peau, ses dents effleurant légèrement avant de relever la tête et de capturer sa bouche à nouveau. Le baiser fut long, humide, leurs langues s’entremêlant tandis que leurs corps bougeaient en parfaite synchronie. Sofia pouvait sentir la sueur couler entre ses seins, la chaleur du soleil sur son dos, le poids de lui sur elle — tout se mêlant en une sensation écrasante de plaisir et d’appartenance. Quand il accéléra le rythme, elle était déjà proche. Ses gémissements devinrent plus forts, plus désespérés, et Lucas couvrit sa bouche de sa main, ses yeux sombres brillant de malice. — *Chut…*, murmura-t-il, la voix rauque. *Les voisins.* Sofia mordit la paume de sa main, l’orgasme explosant en vagues chaudes qui la firent trembler de tout son corps. Lucas ne tarda pas à la suivre, s’enfonçant profondément avec un gémissement étouffé contre son cou, son corps frémissant tandis qu’il jouissait. Pendant un long moment, aucun d’eux ne bougea. Ils se contentèrent de respirer, leurs cœurs battant au même rythme accéléré, leurs corps encore unis. Puis Lucas s’appuya sur ses coudes et embrassa son front, ses lèvres s’attardant comme s’il ne voulait pas s’éloigner. — *Bonjour*, murmura-t-il enfin. Sofia rit, passant ses doigts dans les cheveux humides de sueur à sa nuque. — *Bonjour à toi aussi.* Il roula sur le côté, l’attirant contre lui, et Sofia se blottit contre son torse, écoutant son cœur ralentir. Le soleil inondait maintenant la chambre, illuminant les murs couverts de tableaux inachevés, les esquisses éparpillées sur la table de travail, les vêtements froissés sur le sol — sa robe noire, sa chemise de soirée, les chaussures abandonnées en chemin. — *J’aurais dû t’emmener chez moi*, commenta Lucas, ses doigts jouant avec une mèche de ses cheveux. *Au moins, là-bas, j’ai du café décent.* Sofia releva la tête, surprise. — *Tu râles contre mon café ?* — *Je râle parce que tu m’as distrait avant que je puisse en prendre une gorgée*, corrigea-t-il en souriant. *Mais j’admets que la distraction en valait la peine.* Elle lui donna une tape joueuse sur le torse, mais ne put s’empêcher de sourire. Puis, soudain, elle devint sérieuse, ses doigts traçant des cercles paresseux sur sa peau. — *Et maintenant ?* Lucas ne fit pas semblant de ne pas comprendre. Il inclina le menton vers le bas, ses yeux rencontrant les siens avec une intensité qui lui serra l’estomac. — *Maintenant, on voit ce que ça donne*, dit-il simplement. *Je ne suis pas pressé. Et toi ?* Elle secoua la tête, lentement. — *Moi non plus.* Et c’était vrai. Pour la première fois depuis longtemps, Sofia ne ressentait pas le besoin de planifier, de contrôler, d’anticiper chaque pas. Elle voulait juste rester là, dans cet appartement en désordre, avec l’odeur de café et de sexe dans l’air, son corps encore frémissant, son cœur léger. Lucas se pencha et l’embrassa à nouveau, un baiser long et lent, comme s’il voulait sceller cette promesse silencieuse. Quand il s’écarta, ses lèvres étaient rouges, ses yeux brillants. — *Alors c’est décidé*, murmura-t-il. *Aujourd’hui, on reste ici. Demain… on verra.* Sofia sourit, l’attirant pour un autre baiser. — *Demain*, acquiesça-t-elle, sachant que, d’une certaine manière, ce demain avait déjà commencé.

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