Entre Draps et Soupirs

Par Tonkix
Entre Draps et Soupirs
**Entre Draps et Soupirs** Le café sentait la cannelle et la pluie lorsque Clara poussa la porte vitrée, la clochette au-dessus de l’entrée tintant comme un avertissement discret. Le vent hurlait dehors, traînant des feuilles mouillées contre les vitres, et la chaleur de la pièce l’enveloppa comme une étreinte. Elle secoua son manteau trempé, laissant les gouttes couler entre ses doigts avant de l’accrocher au porte-manteau en fer forgé, à côté d’un parapluie cassé et d’un chapeau de feutre oublié. La table dans le coin, près de la cheminée allumée, était son refuge habituel. Clara se glissa sur la banquette de velours usé, les mains tremblantes en ouvrant son carnet à la couverture noire, où les mots coulaient d’ordinaire avec plus de facilité. Mais aujourd’hui, le stylo restait suspendu au-dessus de la page blanche, lourd comme le silence qui s’était installé entre elle et ses propres idées. La tempête dehors semblait avoir volé non seulement le soleil, mais aussi l’inspiration. C’est alors qu’elle la vit. Lara était assise au comptoir, les coudes appuyés sur le bois poli, ses longs doigts tachés d’encre faisant tourner une tasse de thé par l’anse. Ses cheveux, une cascade de boucles sombres et rebelles, tombaient sur ses épaules comme s’ils avaient une vie propre, et ses lèvres—Dieu, ces lèvres—étaient légèrement entrouvertes, comme si elles goûtaient l’air chargé d’épices. Elle portait un chemisier ample en lin, les premiers boutons défaits juste assez pour révéler la courbe douce de sa clavicule, et une jupe longue qui s’enroulait autour de ses jambes croisées. Clara détourna les yeux trop vite, sentant la chaleur monter dans son cou. Elle n’était pas du genre à dévisager les inconnus, encore moins des femmes comme celle-ci—si à l’aise dans sa propre peau, si *vivante*. Mais quelque chose dans la posture de Lara, dans la manière dont elle inclinait la tête en observant les gouttes couler le long de la vitre, la cloua sur place, hypnotisée. — Tu écris ou tu fais semblant ? La voix était rauque, légèrement ironique, et Clara leva les yeux pour croiser ceux de Lara, verts comme de la mousse après la pluie, brillants d’une malice amusée. — Je… Clara referma son carnet d’un coup sec, les joues en feu. Désolée, je ne voulais pas être impolie. Lara rit, un son bas et chaud qui se répandit dans le café comme du miel renversé. — Ce n’était pas impoli. Juste curieux. Les écrivains ont toujours l’air de comploter quelque chose, même quand ils ne complotent rien. — Et toi ? Clara osa, surprise par sa propre audace. Que fait une artiste comme toi un jour de tempête ? — *Comme moi ?* Lara arqua un sourcil, ses doigts traçant le contour de la tasse. Tu m’as reconnue ? Clara hésita. — J’ai vu une exposition de toi le mois dernier. *Fragments de Lumière*, à la galerie de la Praça das Artes. Les yeux de Lara s’illuminèrent, comme si Clara venait de révéler un secret. — Alors tu aimes l’art. — J’aime… Clara chercha le mot juste, sentant le poids du regard de Lara sur elle. Les choses qui ont du sens. Ou qui n’en ont pas, mais qui sont belles quand même. Lara se pencha en avant, les coudes appuyés sur le comptoir, le menton reposant sur ses mains entrelacées. — Et que fais-*tu* quand les choses n’ont pas de sens, Clara ? La manière dont elle prononça son nom—lentement, délibérément—fit se contracter quelque chose dans la poitrine de Clara. — J’écris. Ou j’essaie. — Essayer, c’est déjà un début. Lara sourit, et il y avait quelque chose de dangereux dans ce sourire, comme si elle savait exactement l’effet qu’elle produisait. Tu sais, j’ai toujours pensé que les écrivains et les artistes devraient se comprendre. Après tout, ils passent leur vie à essayer de capturer ce qui ne peut pas l’être. Clara sentit l’air entre elles se charger, dense comme l’humidité avant un orage. — Et tu crois que tu y arrives ? — Parfois. Lara tendit la main, ses doigts effleurant légèrement le dos de celle de Clara sur le comptoir. Ce fut un contact rapide, presque imperceptible, mais suffisant pour faire retenir son souffle à Clara. D’autres fois, je ne fais que tout embrouiller. Le café sembla devenir plus chaud. Clara baissa les yeux vers l’endroit où les doigts de Lara avaient été, puis les releva vers elle. — Et qu’est-ce que tu essaies de capturer maintenant ? Lara ne répondit pas tout de suite. Au lieu de cela, elle prit sa tasse et but une gorgée lente, ses yeux ne quittant jamais ceux de Clara. — Quelque chose qui n’a pas encore de nom. La clochette de la porte tinta à nouveau, et un couple entra en riant, secouant l’eau de leurs manteaux. Le moment se brisa, mais la tension resta, enroulée entre elles comme un fil invisible. — Je devrais retourner à ma table, murmura Clara, mais elle ne bougea pas. — Ou tu pourrais rester ici. Lara indiqua le tabouret à côté d’elle d’un geste paresseux. La tempête ne va pas passer de sitôt. Clara regarda par la fenêtre, où la pluie frappait la vitre en vagues furieuses. Puis elle regarda Lara—ses lèvres entrouvertes, la courbe de son cou, la manière dont la lumière du feu dansait sur sa peau. — Juste un moment, dit-elle enfin. Et lorsqu’elle s’assit à côté de Lara, assez près pour sentir la chaleur de son corps, Clara sut que ce « juste un moment » était déjà un mensonge. Le tabouret de bois grinça légèrement lorsque Clara s’installa à côté de Lara, si près que le tissu de sa robe effleura le jean de l’artiste. La chaleur du corps de Lara était une présence presque tangible, comme si elle irradiait à travers l’espace infime qui les séparait, réchauffant la peau de Clara avant même tout contact. Le café sentait la cannelle et les grains torréfiés, mais sous l’arôme sucré, Clara jurait percevoir autre chose—le parfum de Lara, quelque chose de citronné et terreux, comme de la bergamote mélangée à de l’aquarelle. C’était enivrant. — Tu viens toujours ici pendant les tempêtes ? demanda Lara, la voix basse, presque un murmure qui se perdait dans le bruit de la pluie contre le toit. Clara hésita. C’était une question simple, mais la manière dont Lara la regardait—comme si elle connaissait déjà la réponse, comme si elle ne faisait que jouer avec elle—fit se contracter son estomac. — Parfois. Elle enroula ses doigts autour de sa tasse, sentant la chaleur brûler ses paumes. C’est un bon endroit pour observer les gens. Lara rit, un son doux et rauque, et inclina la tête, ses cheveux sombres tombant sur une épaule. — Et qu’est-ce que tu observes chez moi ? Clara sentit son visage s’échauffer. Ce n’était pas une question innocente. Lara savait exactement ce qu’elle faisait, et le pire—ou le meilleur—c’était que Clara n’était pas sûre de vouloir résister. — Tu n’as pas l’air du genre à aimer être observée, dit-elle en détournant les yeux vers la fenêtre. La pluie coulait sur la vitre en lignes tortueuses, déformant la lumière des réverbères dehors. Tu as l’air du genre qui préfère agir. Le sourire de Lara s’élargit, lent et délibéré. — Et si j’aimais être observée par toi ? Clara déglutit difficilement. Les mots flottaient entre elles, chargés d’une signification qui allait bien au-delà du café, de la tempête, du monde extérieur. Elle sentit le poids du regard de Lara, comme si chaque centimètre de sa peau était cartographié, mémorisé. Lorsqu’elle osa enfin la regarder à nouveau, elle trouva ces yeux sombres fixés sur elle, aussi noirs que de l’encre, aussi profonds qu’une invitation. — Tu es dangereuse, murmura Clara, sans savoir si elle parlait à Lara ou à elle-même. — Non, répondit Lara en se rapprochant un peu plus, son genou effleurant celui de Clara. Juste honnête. Le contact fut léger, presque accidentel, mais Clara sentit comme si un courant électrique avait parcouru son corps. Elle retint son souffle, attendant de voir si Lara s’éloignerait, si ce n’était qu’un test. Mais Lara ne bougea pas. Au lieu de cela, ses doigts—longs, tachés d’encre aux extrémités—glissèrent le long du bord de la tasse de Clara, traçant des cercles lents et hypnotiques. — Tu écris sur quoi ? demanda Lara, la voix maintenant plus rauque, comme si le simple fait de parler exigeait un effort. — Des histoires, répondit Clara, la voix tremblante. Sur les gens. Sur… les connexions. — Connexions. Lara répéta le mot comme si elle le savourait. J’aime ça. Et tu as déjà écrit sur quelqu’un comme moi ? Clara rit, nerveuse. — Non. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un comme toi. — Pas encore. Le silence qui suivit fut chargé, dense. Clara pouvait entendre son propre cœur battre, ou peut-être était-ce celui de Lara, si proche que leurs rythmes semblaient se fondre. La pluie dehors s’était intensifiée, frappant les vitres comme si elle voulait entrer, comme si elle voulait être témoin de ce qui se passait à l’intérieur. — Tu trembles, observa Lara, ses doigts quittant enfin la tasse pour effleurer légèrement le poignet de Clara. Tu as froid ? Clara secoua la tête, mais ne parvint pas à répondre. Le contact de Lara était léger, presque imperceptible, mais il brûlait. Elle en voulait plus. Elle voulait que ces doigts remontent le long de son bras, de son cou, qu’ils la tirent contre elle jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’espace entre elles. Mais en même temps, une partie d’elle—cette partie rationnelle qui l’avait toujours gardée en sécurité—hurlait de s’éloigner. — Non, réussit-elle enfin à dire. Je n’ai pas froid. Lara sourit, satisfaite, et ses doigts se déplacèrent à nouveau, traçant cette fois une ligne lente le long de l’avant-bras de Clara, remontant jusqu’au coude, puis redescendant. C’était une torture délicieuse, un jeu de provocation qui laissait Clara sans souffle. — Tu es écrivaine, murmura Lara. Alors raconte-moi une histoire. — Maintenant ? — Maintenant. Clara hésita. Ce n’était pas une histoire que Lara voulait. C’était autre chose. Un test. Une invitation. — Il était une fois, commença-t-elle, la voix basse et rauque, une femme qui avait toujours peur des tempêtes. Elle croyait que le tonnerre était la voix de quelque chose de plus grand, quelque chose qui la jugeait. Alors elle se cachait, écrivait, faisait semblant que le monde dehors n’existait pas. Lara inclina la tête, les yeux fixés sur ceux de Clara. — Et qu’est-il arrivé à cette femme ? — Un jour, continua Clara, sentant la chaleur monter dans son cou, elle a rencontré quelqu’un qui n’avait peur de rien. Quelqu’un qui voyait la tempête non comme un châtiment, mais comme un spectacle. Et cette personne… Elle s’interrompit, déglutissant difficilement. Cette personne lui a appris à danser sous la pluie. Lara ne rit pas. Ne sourit pas. Elle se contenta de l’observer, les lèvres entrouvertes, comme si elle absorbait chaque mot, chaque respiration. — Et elles ont dansé ? demanda-t-elle enfin. Clara hocha la tête, incapable de détourner le regard. — Elles ont dansé. L’air entre elles semblait vibrer. Lara se rapprocha encore, si près que Clara pouvait sentir son souffle chaud contre sa joue. — Je veux t’embrasser, murmura Lara, les mots presque perdus dans le bruit de la pluie. Mais pas ici. Clara sentit tout son corps réagir, une vague de chaleur qui la laissa étourdie. Elle voulait dire oui. Elle voulait se lever, sortir par la porte, laisser Lara l’emmener n’importe où—l’atelier, une ruelle sombre, la fin du monde. Mais les mots ne sortaient pas. — Je…, commença-t-elle, mais Lara posa un doigt sur ses lèvres, la réduisant au silence. — Tu n’as pas besoin de répondre maintenant, murmura Lara. Mais pense-y. Pendant que la pluie tombe. Pendant que tu me regardes et que tu te demandes comment ce serait. La clochette de la porte tinta à nouveau, et un couple entra en riant, secouant l’eau de leurs manteaux. Le moment se brisa, mais la tension resta, enroulée entre elles comme un fil invisible. — Je devrais retourner à ma table, murmura Clara, mais elle ne bougea pas. — Ou tu pourrais rester ici, dit Lara en indiquant le tabouret à côté d’elle d’un geste paresseux. La tempête ne va pas passer de sitôt. Clara regarda par la fenêtre, où la pluie frappait la vitre en vagues furieuses. Puis elle regarda Lara—ses lèvres entrouvertes, la courbe de son cou, la manière dont la lumière du feu dansait sur sa peau. — Juste un moment, dit-elle enfin. Et lorsqu’elle s’assit à côté de Lara, assez près pour sentir la chaleur de son corps, Clara sut que ce « juste un moment » était déjà un mensonge. La carte de Lara brûlait entre les doigts de Clara comme une braise oubliée. Elle l’avait retournée encore et encore sur la table du café pendant des heures après le départ de l’artiste, traçant les lettres irrégulières du nom du bout de l’index, comme si elle pouvait déchiffrer, par ce simple contact, ce qui se cachait derrière cette écriture hâtive. *Lara Vianna*. Le nom sonnait comme une invitation, une promesse murmurée à l’oreille. Et maintenant, trois jours plus tard, la voilà, debout devant une porte de bois écaillée dans un vieil immeuble du quartier de Santa Teresa, le cœur battant si fort qu’elle craignait que l’écho ne la précède. L’atelier se trouvait au dernier étage, et l’odeur de peinture à l’huile et de solvant l’enveloppa dès qu’elle monta les marches grinçantes. Clara hésita avant de frapper, les jointures en suspens dans l’air. Qu’est-ce qu’elle faisait là ? Elle n’était pas du genre à suivre ses impulsions—sa vie était faite de routines, de mots soigneusement choisis, de risques calculés dans les pages de ses carnets. Mais Lara n’était pas une équation à résoudre. Lara était un incendie, et Clara, pour la première fois depuis des années, sentait l’envie de se laisser consumer. La porte s’ouvrit avant qu’elle ne puisse frapper. — Tu es venue. Lara était là, pieds nus, vêtue d’une chemise d’homme trop large—probablement celle d’un ancien amant, pensa Clara, avec une pointe de jalousie qui la surprit—et d’un pantalon en lin noué lâchement à la taille. Ses cheveux sombres, habituellement relevés en un chignon désordonné, tombaient librement sur ses épaules, encore humides, comme si elle venait de sortir de la douche. L’odeur de savon floral se mêlait à celle de la peinture, et Clara sentit sa gorge se serrer. — J’ai dit que je viendrais, répondit Clara, essayant de paraître désinvolte, mais sa voix était plus rauque qu’elle ne l’aurait voulu. Lara sourit, un de ces sourires lents et dangereux que Clara avait appris à reconnaître, et s’écarta pour la laisser entrer. L’atelier était plus grand que Clara ne l’avait imaginé. Les murs, peints en blanc sale, étaient couverts de toiles à différents stades d’achèvement—certaines seulement esquissées au fusain, d’autres vibrantes, avec des touches épaisses qui semblaient vouloir jaillir de la surface. Au centre de l’espace, un chevalet soutenait une toile presque terminée : une femme de dos, nue, les cheveux tombant en vagues sur une peau éclairée par une lumière dorée. Clara reconnut les traits—c’était elle. Ou plutôt, une version d’elle qui n’existait que dans les yeux de Lara. — Tu m’as peinte, murmura-t-elle en s’approchant. — Depuis le premier jour où je t’ai vue au café, avoua Lara en fermant la porte derrière elle. Tu écrivais, avec cette ride entre les sourcils, comme si les mots étaient une bataille. J’ai voulu capturer ça. Clara effleura le bord de la toile, ses doigts frôlant légèrement la peinture encore fraîche. — Et maintenant ? Qu’est-ce que tu vois ? Lara ne répondit pas tout de suite. Au lieu de cela, elle contourna Clara lentement, comme si celle-ci était une de ses œuvres, quelque chose à étudier sous tous les angles. Elle s’arrêta derrière elle, si près que Clara sentit la chaleur de son corps traverser la fine couche de tissu de sa robe. — Je vois quelqu’un qui a peur de désirer, murmura Lara, la voix basse, presque un souffle contre la nuque de Clara. Quelqu’un qui se cache derrière les mots parce que c’est plus facile que de ressentir. Clara ferma les yeux. Les mots la frappèrent comme un coup, parce qu’ils étaient vrais. Elle avait toujours été ainsi—observatrice, contenue, comme si le monde était un endroit trop dangereux pour s’y abandonner complètement. Mais là, dans cet atelier rempli de couleurs et de promesses, avec l’odeur de peinture et la chaleur de Lara dans son dos, quelque chose en elle se rebellait. — Et toi ? demanda-t-elle en se retournant lentement. Qu’est-ce que tu veux ? Lara sourit, mais il y avait quelque chose de différent dans ce sourire. Moins de provocation, plus de vulnérabilité. — Aujourd’hui ? Je veux juste que tu restes. Ce fut aussi simple que cela. Clara ne savait pas si c’était la manière dont Lara la regardait—comme si elle était la seule chose au monde qui comptait—ou si c’était le poids des derniers jours, de cette curiosité qui grandissait en elle comme une plante affamée. Mais lorsque Lara lui tendit la main, Clara la prit. Leurs doigts s’entrelacèrent, et ce fut comme si un fil invisible les tirait l’une vers l’autre. Lara la guida jusqu’à un canapé usé dans un coin de l’atelier, recouvert d’un drap taché de peinture. Elles s’assirent côte à côte, les genoux se touchant, et pendant un moment, aucune des deux ne parla. Le silence entre elles n’était pas inconfortable, mais chargé, comme l’air avant un orage. — Tu as peur ? demanda Lara, brisant le charme. Clara hésita. — Je ne sais pas. Peut-être. — De quoi ? — De ne pas être à la hauteur. De me perdre. Lara inclina la tête, ses yeux sombres fixés sur ceux de Clara. — Et si je te disais que tu n’as pas à avoir peur ? Que je ne te laisserai pas te perdre ? Clara sentit quelque chose se relâcher dans sa poitrine, comme si une corde qui la retenait depuis des années venait d’être coupée. Avant qu’elle ne puisse répondre, Lara se rapprocha, ses lèvres planant à quelques centimètres des siennes. — Je peux ? murmura-t-elle. Clara ne dit rien. Au lieu de cela, elle combla la distance entre elles. Le premier baiser fut doux, presque hésitant, comme si toutes deux testaient le terrain. Lara avait le goût du café et de quelque chose de sucré—du miel, peut-être, ou le sucre des fruits que Clara avait vus dans un bol sur la table. Ses lèvres étaient douces, chaudes, et lorsque Clara les entrouvrit légèrement, Lara approfondit le baiser avec un gémissement bas, ses mains remontant pour tenir son visage comme si elle craignait qu’elle ne s’échappe. Mais Clara n’avait aucune intention d’aller où que ce soit. Les mains de Lara glissèrent vers ses épaules, la tirant plus près, et Clara sentit tout son corps réagir—ses tétons durcissant sous sa robe, une chaleur humide s’accumulant entre ses jambes. Lara s’en rendit compte, bien sûr qu’elle s’en rendit compte, et sourit contre sa bouche avant de mordiller légèrement sa lèvre inférieure, arrachant un soupir à Clara. — Tu es si sensible, murmura Lara en s’écartant juste assez pour parler. J’adore ça. Clara n’eut pas le temps de répondre. Lara la poussa doucement contre le canapé, l’allongeant sur le drap rugueux, et se positionna entre ses jambes. Le poids du corps de Lara sur le sien était délicieux, et Clara arqua le dos instinctivement, cherchant plus de contact. Lara rit, un son bas et rauque, et descendit ses lèvres le long du cou de Clara, laissant une traînée de baisers humides jusqu’à sa clavicule. — Tu as idée de ce que tu me fais ? murmura Lara, ses mains glissant le long des cuisses de Clara, relevant lentement sa robe. Du désir que j’ai de te toucher depuis ce premier jour ? Clara gémit lorsque les doigts de Lara trouvèrent la peau nue au-dessus de ses bas, traçant des cercles paresseux à l’intérieur de ses cuisses. — Montre-moi, demanda-t-elle, la voix tremblante. Lara n’eut pas besoin de plus d’encouragement. D’un mouvement rapide, elle remonta la robe de Clara, exposant son corps—le soutien-gorge en dentelle blanche, la culotte assortie, les jambes encore couvertes par les bas noirs qui se terminaient en délicates dentelles. Lara la regarda comme si elle était devant une œuvre d’art, les yeux brillants de désir. — Magnifique, murmura-t-elle avant de se pencher et d’embrasser l’intérieur de la cuisse de Clara, tout près de son entrejambe. Si magnifique. Clara arqua les hanches, impatiente, mais Lara la maintint en place par les hanches. — Patience, murmura-t-elle avant de tirer la culotte de Clara sur le côté et de passer lentement sa langue sur son sexe. Le gémissement qui échappa à Clara fut fort, presque un cri, et elle agrippa les cheveux de Lara, les tirant légèrement. Lara rit contre sa peau, son souffle chaud provoquant des frissons, puis plongea sa langue plus profondément, explorant chaque repli avec une précision qui fit voir des étoiles à Clara. — S’il te plaît, supplia Clara, les jambes tremblantes. Ne t’arrête pas. Lara ne s’arrêta pas. Elle utilisa ses doigts pour écarter Clara davantage, léchant et suçant avec une voracité qui montrait clairement qu’elle ne cherchait pas seulement le plaisir—c’était de la possession. Et Clara s’abandonna, laissant Lara l’amener au bord du précipice, ses hanches bougeant en synchronisation avec la bouche de l’artiste, jusqu’à ce que l’orgasme la frappe comme une vague, la laissant sans souffle, ses muscles se contractant en spasmes délicieux. Lorsqu’elle revint à elle, Lara était allongée à ses côtés, les lèvres brillantes, un sourire satisfait sur le visage. — Maintenant, murmura Lara en passant son pouce sur la lèvre inférieure de Clara, c’est mon tour. Clara n’eut pas le temps de traiter ces mots. Lara la tira vers le haut, inversant leurs positions, et en quelques secondes, Clara se retrouva à genoux entre les jambes de l’artiste, la regardant avec un mélange de désir et de nervosité. Lara enleva sa chemise, révélant ses petits seins fermes, les tétons déjà durs, puis dénoua son pantalon, le laissant tomber au sol. — Touche-moi, demanda Lara, la voix rauque. Comme tu veux. Clara hésita seulement une seconde avant de se pencher et d’embrasser Lara à nouveau, cette fois avec plus d’assurance. Ses mains explorèrent le corps de l’artiste—les seins, le ventre, les cuisses—tandis que Lara gémissait et se tordait sous son toucher. Lorsque Clara glissa enfin ses doigts entre les jambes de Lara, elle la trouva déjà mouillée, prête. — Tu es incroyable, murmura Lara, les yeux fermés, la tête renversée en arrière tandis que Clara la pénétrait avec deux doigts, lentement, observant chaque réaction. Lara jouit avec un cri étouffé, son corps se cambrant, ses ongles s’enfonçant dans les bras de Clara. Lorsqu’elle s’effondra de nouveau sur le canapé, haletante, elle attira Clara contre elle, l’embrassant avec une urgence qui montrait clairement que ce n’était que le début. — Reste, murmura Lara contre ses lèvres. Aujourd’hui. Toute la nuit. Clara savait qu’elle devrait dire non. Elle savait qu’elle devrait partir, que c’était dangereux, qu’elle s’engageait dans quelque chose qui pourrait la détruire. Mais lorsque Lara l’embrassa à nouveau, avec une tendresse qui contrastait avec la passion de quelques minutes plus tôt, Clara sut qu’il était déjà trop tard. — Je reste, répondit-elle, et le sourire que Lara lui offrit fut comme le soleil perçant les nuages après une tempête. La nuit s’étirait comme une invitation, lourde et douce, l’air entre elles chargé de quelque chose qui ne pouvait plus être ignoré. Clara avait accepté de rester, et maintenant elles étaient là, dans l’appartement de Lara, où les murs semblaient respirer avec la même intensité que leurs corps. Le canapé, témoin silencieux de ce qui s’était passé plus tôt, n’était plus qu’un détail—la véritable scène était le lit, les draps en désordre, l’odeur de sexe et de sueur déjà imprégnée dans l’atmosphère. Lara alluma une bougie sur la table de chevet, et la lumière tremblotante dansa sur sa peau, soulignant les courbes de ses seins, la ligne douce de sa taille, l’éclat humide entre ses cuisses. Clara observait, fascinée, comme si elle n’avait jamais vu une femme auparavant—comme si *cette* femme était la première. Lara sourit, lentement, sachant exactement l’effet qu’elle produisait. — Tu réfléchis trop, murmura-t-elle en s’approchant. Ses doigts effleurèrent le bras de Clara, légers comme une brise, mais suffisants pour faire frissonner sa peau. Viens ici. Clara obéit, ou peut-être pas—peut-être était-ce simplement le désir qui parlait pour elle. Lorsque leurs corps se rencontrèrent à nouveau, il n’y avait plus de place pour l’hésitation. Lara l’attira contre elle, ses mains glissant le long du dos de Clara jusqu’à trouver l’attache de son soutien-gorge, le défaisant avec une aisance qui trahissait la pratique. Le tissu tomba, et Clara sentit l’air frais de la nuit contre ses tétons déjà durcis. — Putain, murmura Lara, les yeux sombres fixés sur les seins de Clara. Tu es magnifique. Ce n’était pas un compliment vide. Il y avait quelque chose de révérenciel dans la manière dont Lara la toucha, comme si chaque centimètre de Clara était une œuvre d’art qu’elle devait mémoriser. Ses doigts tracèrent des cercles autour de ses tétons, les pinçant légèrement, testant les réactions. Clara gémit, bas, et Lara sourit, satisfaite. — Tu aimes ça ? demanda-t-elle, la voix rauque. Clara hocha la tête, mais Lara secoua la tête. — Dis-le. — J’aime ça, admit Clara, les mots sortant dans un filet de voix. Beaucoup. Lara n’eut pas besoin de plus d’encouragement. Elle se pencha et prit un téton dans sa bouche, le suçant avec force, sa langue chaude et humide explorant chaque sensation. Clara arqua le dos, ses ongles s’enfonçant dans les épaules de Lara, le plaisir si intense qu’il frôlait la douleur. Lorsque Lara passa à l’autre sein, Clara était déjà haletante, son corps tout entier tremblant. — Tu es si sensible, murmura Lara, ses lèvres effleurant encore la peau de Clara. J’adore ça. Clara ne répondit pas. Elle ne pouvait pas. Les mots s’étaient dissous quelque part entre le désir et la réalité, remplacés par des sons gutturaux, des soupirs entrecoupés. Lara la poussa doucement contre le lit, l’allongeant sur les draps, puis se positionna entre ses jambes. Clara sentit le poids du corps de Lara sur le sien, la pression délicieuse de ses hanches contre les siennes, et gémit bruyamment lorsque Lara commença à bouger, lentement, délibérément, se frottant contre elle. — Comme ça, murmura Lara, ses lèvres effleurant l’oreille de Clara. Laisse-moi te montrer comme c’est bon. Clara n’avait pas le choix. Elle était déjà perdue. Les mains de Lara descendirent, agiles, déboutonnant le pantalon de Clara et le tirant vers le bas avec sa culotte. L’air frais toucha sa peau nue, mais fut rapidement remplacé par la chaleur du corps de Lara, qui s’agenouilla entre ses jambes, les yeux fixés sur ce qu’elle avait révélé. — Si mouillée, murmura Lara en passant un doigt dans l’humidité de Clara. Tu me rends folle. Clara ne put répondre. Elle était trop occupée à essayer de ne pas se désagréger sur place. Lara n’attendit pas la permission—elle n’en avait pas besoin. Elle se pencha et remplaça son doigt par sa bouche, sa langue chaude et humide explorant chaque repli, chaque point sensible. Clara cria, ses mains agrippant les draps avec force, son corps tout entier se tendant. — Lara… s’il te plaît… — S’il te plaît quoi ? demanda Lara en relevant la tête juste assez pour regarder Clara, ses lèvres brillantes. Dis-moi ce que tu veux. Clara hésita. Elle n’avait jamais été aussi explicite auparavant, n’avait jamais eu besoin de mettre en mots ce qu’elle désirait. Mais quelque chose chez Lara lui donnait envie de s’abandonner complètement. — Je veux… je veux que tu me fasses jouir. Lara sourit, satisfaite. — Bonne fille. Et puis elle se remit au travail, sa langue maintenant plus insistante, ses doigts se joignant au jeu, entrant en Clara avec une lenteur torturante. Clara se tordit, le plaisir montant en vagues de plus en plus intenses, jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus se retenir. Elle cria le nom de Lara en jouissant, son corps tout entier tremblant, ses muscles internes serrant les doigts qui la pénétraient encore. Lara ne s’arrêta pas. Elle continua de bouger ses doigts, prolongeant l’orgasme de Clara jusqu’à ce qu’elle soit complètement épuisée, ses gémissements se transformant en murmures incohérents. Ce n’est qu’alors que Lara se releva, les lèvres humides, les yeux brillants de satisfaction. — Maintenant, dit Lara en passant son pouce sur la lèvre inférieure de Clara, c’est mon tour. Clara n’eut pas le temps de traiter ces mots. Lara la tira vers le haut, inversant leurs positions, et en quelques secondes, Clara se retrouva à genoux entre les jambes de l’artiste, la regardant avec un mélange de désir et de nervosité. Lara enleva sa chemise, révélant ses petits seins fermes, les tétons déjà durs, puis dénoua son pantalon, le laissant tomber au sol. — Touche-moi, demanda Lara, la voix rauque. Comme tu veux. Clara n’hésita qu’une seconde avant de se pencher et d’embrasser Lara à nouveau, cette fois avec plus d’assurance. Ses mains explorèrent le corps de l’artiste—les seins, le ventre, les cuisses—tandis que Lara gémissait et se tordait sous son toucher. Lorsque Clara glissa enfin ses doigts entre les jambes de Lara, elle la trouva déjà mouillée, prête. — Tu es incroyable, murmura Lara, les yeux fermés, la tête renversée en arrière tandis que Clara la pénétrait avec deux doigts, lentement, observant chaque réaction. Lara jouit avec un cri étouffé, son corps se cambrant, ses ongles s’enfonçant dans les bras de Clara. Lorsqu’elle s’effondra de nouveau sur le lit, haletante, elle attira Clara contre elle, l’embrassant avec une urgence qui montrait clairement que ce n’était que le début. — Reste, murmura Lara contre ses lèvres. Aujourd’hui. Toute la nuit. Clara savait qu’elle devrait dire non. Elle savait qu’elle devrait partir, que c’était dangereux, qu’elle s’engageait dans quelque chose qui pourrait la détruire. Mais lorsque Lara l’embrassa à nouveau, avec une tendresse qui contrastait avec la passion de quelques minutes plus tôt, Clara sut qu’il était déjà trop tard. — Je reste, répondit-elle, et le sourire que Lara lui offrit fut comme le soleil perçant les nuages après une tempête. La chambre était plongée dans une pénombre dorée, seulement interrompue par la lumière ambrée d’une lampe de chevet que Lara avait insisté pour laisser allumée. L’air sentait le sexe et quelque chose de plus—le parfum doux du jasmin que Clara associait désormais à sa peau, mêlé à l’odeur terreuse des pinceaux et des peintures séchées qui s’infiltrait dans les coins de l’atelier. Les rideaux, entrouverts, laissaient entrevoir le ciel nocturne, encore chargé de nuages lourds, comme si la tempête de quelques heures plus tôt ne s’était que retirée, aux aguets. Clara était allongée sur le côté, les draps emmêlés au niveau des hanches, son corps encore picotant aux endroits où Lara l’avait touchée. L’artiste, quant à elle, était assise au bord du lit, le dos nu légèrement courbé, ses doigts jouant avec l’élastique de la culotte qu’elle venait d’enfiler. Il y avait quelque chose dans la manière dont elle évitait de regarder Clara qui fit se contracter l’estomac de l’écrivaine. — Tu es silencieuse, murmura Clara en tendant la main pour caresser la courbe de la colonne vertébrale de Lara. La peau y était douce, mais tendue, comme si chaque vertèbre était sur le point de se briser sous le poids de quelque chose de non dit. Lara ferma les yeux un instant, laissant échapper un soupir qui semblait avoir été retenu pendant des années. — Je ne voulais pas gâcher ça, dit-elle enfin en se tournant pour lui faire face. Mais je crois que je n’ai pas le choix. Clara s’appuya sur ses coudes, le cœur battant plus vite. Ce n’était pas de la peur, exactement. C’était quelque chose de plus primitif, une intuition que ce qui allait suivre changerait tout. — Qu’est-ce qu’il y a ? Lara mordit sa lèvre inférieure, un geste qui, dans d’autres circonstances, aurait fait se pencher Clara pour l’embrasser. Maintenant, cependant, la distance entre elles semblait un abîme. — J’ai déjà été amoureuse avant, commença-t-elle, la voix basse, presque un murmure. Pas comme ça, pas comme avec toi. Mais assez pour savoir comment ça se termine. Clara sentit l’air lui manquer. Ce n’était pas de la jalousie, pas exactement. C’était le poids de ces mots, la manière dont ils s’enroulaient autour de sa poitrine comme des doigts glacés. — Lara… — Écoute-moi, demanda Lara en lui prenant les mains. Ses doigts étaient froids. Elle s’appelait Sofia. Elle était danseuse. On s’est rencontrées à un festival à Buenos Aires, il y a trois ans. Elle avait cette lumière… comme si elle portait le soleil en elle. Et je suis tombée. Tombée si profondément que je ne voyais plus le sol. Clara déglutit difficilement. Elle pouvait imaginer. Elle pouvait voir Lara, plus jeune, les cheveux plus longs, les yeux brillants de la même intensité avec laquelle elle la regardait maintenant. — Qu’est-ce qui s’est passé ? Lara laissa échapper un rire amer, passant une main dans ses cheveux. — Elle m’a aimée. Mais elle a aimé encore plus l’idée d’une vie que je ne pouvais pas lui donner. J’étais juste une artiste sans le sou, sans projets, sans rien d’autre que des toiles et des rêves. Et elle voulait de la sécurité. Elle voulait un avenir que je ne pouvais pas lui promettre. — Alors elle t’a quittée ? — Pas d’un coup. Elle a essayé de me changer. Elle disait que je devais grandir, que j’avais besoin d’un vrai travail, d’un appartement, d’une voiture. Des choses que je n’ai jamais voulues. Lara ferma les yeux, comme si elle revivait chaque mot. À la fin, elle a trouvé quelqu’un qui pouvait lui donner tout ça. Un avocat. Un homme. Clara sentit la bile lui monter à la gorge. Pas à cause de la trahison en soi, mais à cause de la manière dont Lara en parlait, comme si elle portait encore le poids de ce choix. — Et tu crois que je suis comme elle ? — Non ! Lara serra ses mains avec force. Tu es différente. Tu me vois. Tu me laisses être qui je suis. Mais… Elle hésita, ses yeux brillant de quelque chose que Clara ne parvint pas à déchiffrer. J’ai promis à moi-même de ne plus jamais me mettre dans cette position. De ne plus jamais laisser quelqu’un avoir ce pouvoir sur moi. Le silence qui suivit fut lourd, chargé de tout ce qui n’était pas dit. Clara pouvait entendre son propre cœur, un tambour sourd dans ses oreilles. — Et qu’est-ce que ça signifie ? demanda-t-elle enfin, la voix tremblante. Que tu vas partir ? Lara ne répondit pas tout de suite. Au lieu de cela, elle se leva et s’approcha de la fenêtre, le dos nu tourné vers Clara. La lumière de la lampe de chevet dessinait de longues ombres sur sa peau, comme si même la chambre savait que quelque chose était en train de se briser. — Je ne sais pas, admit-elle. Je sais seulement que ça fait mal. Ça fait mal de penser qu’un jour, tu pourrais te réveiller et réaliser que tu veux plus que ce que je peux te donner. Clara sentit quelque chose se briser en elle. Ce n’était ni de la colère, ni de la tristesse. C’était quelque chose de plus profond, de plus viscéral. C’était la peur de perdre ce qui venait à peine de commencer. — Lara, dit-elle en se levant lentement, les draps tombant autour d’elle. Regarde-moi. L’artiste se retourna, les yeux rouges, les mains serrées en poings le long de son corps. — Je ne suis pas elle, continua Clara en faisant un pas en avant. Je ne veux pas te changer. Je ne veux pas que tu sois autre chose que ce que tu es déjà. — Mais si un jour tu veux plus ? murmura Lara. Si un jour tu te réveilles et que tu réalises que tu as besoin de plus ? Clara combla la distance entre elles, prenant le visage de Lara entre ses mains. Sa peau était chaude, humide de larmes qui n’avaient pas encore coulé. — Alors je te le dirai, murmura-t-elle. Et on trouvera une solution ensemble. Parce que je ne veux pas une vie sans toi. Je ne veux pas me réveiller un jour et réaliser que j’ai laissé filer la seule chose qui ait eu du sens depuis des années. Lara ferma les yeux, une larme coulant sur sa joue. — Tu ne sais pas ce que tu dis. — Je le sais, insista Clara en essuyant la larme salée. Je le sais parce que, pour la première fois de ma vie, je n’ai pas peur. Je suis terrifiée, oui. Mais pas de toi. De te perdre. Lara laissa échapper un sanglot, attirant Clara contre elle dans une étreinte désespérée. Leurs corps s’emboîtèrent comme s’ils avaient été faits l’un pour l’autre, et Clara sentit l’odeur de jasmin, de peinture, de sueur—l’odeur de Lara, l’odeur de la maison. — Je ne veux pas te faire de mal, murmura Lara contre son épaule. — Alors ne m’en fais pas, répondit Clara, ses mains glissant le long du dos de Lara, sentant chaque muscle, chaque cicatrice, chaque partie d’elle qui appartenait désormais à Clara autant que Clara lui appartenait. Reste. Lara hésita un instant. Puis, avec un soupir qui semblait porter le poids du monde, elle s’écarta juste assez pour regarder Clara dans les yeux. — Je ne peux pas te promettre que ce sera facile. — Je ne te demande pas que ce soit facile, dit Clara en souriant malgré les larmes. Je te demande toi. Lara ne répondit pas avec des mots. Au lieu de cela, elle attira Clara vers le lit, leurs corps s’enlaçant à nouveau, mais avec une urgence différente. Ce n’était plus seulement du désir. C’était un besoin, une confirmation que, malgré tout, elles étaient encore là. Ensemble. Les baisers furent plus lents cette fois, plus profonds. Lara explora chaque centimètre de Clara comme si c’était la première fois, comme si elle voulait mémoriser chaque courbe, chaque soupir. Et Clara se laissa emporter, s’abandonnant non seulement au plaisir, mais à la vulnérabilité de savoir que, oui, cela pouvait faire mal. Mais que ça en valait la peine. Lorsqu’elles atteignirent l’orgasme, ce fut comme si le monde entier s’était arrêté. Lara enfouit son visage dans le cou de Clara, ses dents marquant légèrement sa peau, et Clara arqua le dos, ses ongles s’enfonçant dans les épaules de Lara, comme pour s’assurer qu’elle ne partirait nulle part. Ensuite, lorsque leurs corps se calmèrent enfin, Lara ne s’éloigna pas. Elle resta là, allongée sur Clara, son souffle chaud contre sa peau. — Je ne partirai pas, murmura-t-elle enfin. Clara sourit, passant ses doigts dans les cheveux de Lara. — Je sais. Mais même en disant cela, une ombre de doute persista. Parce qu’au fond, toutes deux savaient que certaines blessures ne se referment pas seulement avec des mots. Et que l’aube apporterait non seulement la lumière, mais aussi la vérité nue et crue de ce qu’elles avaient choisi d’affronter. Lara s’endormit la première, son corps lourd d’épuisement et de soulagement. Clara resta éveillée, observant le mouvement lent de sa poitrine, écoutant le rythme de sa respiration. Et, pour la première fois, elle se permit d’imaginer l’avenir. Il n’était pas parfait. Il n’était pas sûr. Mais, pour la première fois, il était réel. Et cela, réalisa-t-elle, était plus effrayant que n’importe quel secret. L’aube arriva lentement, comme si le temps lui-même hésitait à interrompre ce qui était né entre elles. La lumière filtrait à travers les rideaux de lin brut de l’atelier de Lara, dessinant des rayures dorées sur les draps froissés, sur la peau encore chaude de Clara, sur les marques que les ongles et les dents avaient laissées comme preuves d’une nuit qui ne voulait pas finir. L’air sentait le café fraîchement passé, la peinture séchée et quelque chose de plus profond, de plus intime—l’odeur de la sueur mêlée au parfum de jasmin que portait Lara, désormais imprégné dans les oreillers. Clara se réveilla la première, mais ne bougea pas. Elle resta là, allongée sur le côté, observant Lara dormir. Ses lèvres étaient entrouvertes, sa respiration lente, ses sourcils légèrement froncés, comme si même dans son sommeil elle résistait à quelque chose. Il y avait une vulnérabilité en elle maintenant que Clara n’avait jamais vue auparavant, une douceur qui contrastait avec la femme sûre et provocante qui l’avait séduite au café quelques jours plus tôt. C’était comme si, en s’abandonnant, Lara avait laissé tomber un masque qu’elle ne savait même pas porter. Le soleil monta un peu plus, et un rayon de lumière se posa directement sur le visage de Lara, la faisant cligner des yeux. Elle s’étira, ses muscles s’allongeant sous sa peau, puis ses yeux s’ouvrirent—lents, ensommeillés, mais s’illuminant rapidement en rencontrant ceux de Clara. — Bonjour, murmura Lara, la voix rauque de sommeil et de tout ce qu’elles avaient fait la nuit précédente. Clara sourit, tendant la main pour écarter une mèche de cheveux qui tombait sur les yeux de Lara. — Bonjour. Lara se rapprocha, effleurant les lèvres de Clara d’un baiser léger, presque timide, comme si elle n’arrivait pas encore à croire qu’elle pouvait faire cela. Mais ensuite, la chaleur entre elles se réveilla à nouveau, et le baiser s’approfondit, lent, humide, plein de promesses non dites. Lorsqu’elles s’écartèrent, Lara appuya son front contre celui de Clara, ses doigts traçant des cercles paresseux sur la courbe de sa hanche. — Je ne veux pas que ça se termine, avoua-t-elle, la voix basse, presque un murmure. Clara sentit son cœur se serrer. Elle savait ce que Lara voulait dire. Ce n’était pas seulement à propos du matin, ou de la nuit, ou du sexe. C’était la peur que, en se levant de ce lit, le monde extérieur les oblige à redevenir celles qu’elles étaient avant—deux femmes qui se connaissaient à peine, deux vies qui n’auraient jamais dû se croiser. — Ça ne se terminera pas, répondit Clara, mais les mots lui parurent fragiles, même à ses propres oreilles. Lara soupira, se retournant sur le dos et regardant le plafond. Le mouvement fit glisser le drap, révélant ses seins, les marques rouges que Clara avait laissées sur sa peau. Lara ne chercha pas à se couvrir. Au lieu de cela, elle passa une main sur son propre corps, comme pour mémoriser chaque sensation. — Tu ne sais pas ce que tu dis. — Alors dis-le-moi. Un silence. Le vent dehors agitait les arbres, et le bruit des feuilles qui bruissaient se mêlait au rythme de leurs respirations. Lara ferma les yeux un instant, comme si elle rassemblait son courage. — J’ai déjà vécu ça avant, dit-elle enfin. Avec d’autres personnes. Avec d’autres femmes. Et ça finit toujours de la même manière. Elles ne comprennent pas. Elles veulent que je sois quelqu’un que je ne suis pas. Clara s’appuya sur son coude, la regardant. — Et qui es-tu ? Lara rit, mais il n’y avait pas d’humour dans ce rire. — Quelqu’un qui ne reste pas. Quelqu’un qui brise les choses. Quelqu’un qui… Elle hésita, ses doigts serrant le drap. Quelqu’un qui ne sait pas aimer sans faire de mal. Clara ne détourna pas les yeux. Au lieu de cela, elle tendit la main et prit le menton de Lara, l’obligeant à la regarder. — Tu es là maintenant. C’est déjà quelque chose. Lara retint son souffle. Il y avait quelque chose dans le contact de Clara, dans la fermeté de cette main, qui lui donnait envie d’y croire. Mais la peur était une ombre ancienne, trop enracinée pour être dissipée par de belles paroles. — Et si je n’arrive pas à rester ? demanda-t-elle, la voix presque brisée. Clara ne répondit pas tout de suite. Au lieu de cela, elle se pencha et embrassa Lara à nouveau, cette fois avec une lenteur délibérée, comme si elle voulait graver son goût dans sa mémoire. Lorsqu’elle s’écarta, ses lèvres effleuraient encore celles de Lara en parlant : — Alors je t’attendrai. Lara sentit quelque chose se libérer en elle, quelque chose qu’elle ne savait même pas être retenu. Ses yeux piquèrent, et elle cligna rapidement des yeux, essayant de retenir ses larmes. Mais ensuite, Clara était là, l’attirant contre elle, l’enveloppant dans une étreinte qui sentait le café, la peau, l’avenir. — Tu es folle, murmura Lara contre son épaule. — Probablement, rit Clara doucement. Mais c’est ma folie. Elles restèrent ainsi un moment, leurs corps entrelacés, leurs battements de cœur se synchronisant. Le soleil était déjà plus haut lorsque Lara s’écarta enfin, ses yeux brillant d’une nouvelle détermination. — On va prendre un café, dit-elle en se levant du lit d’un mouvement fluide. Clara observa le corps nu de Lara tandis qu’elle marchait vers la kitchenette improvisée de l’atelier, les muscles de son dos bougeant sous sa peau, ses fesses fermes, ses longues jambes. Il y avait quelque chose d’hypnotique à la voir ainsi, si à l’aise dans sa propre peau, si libre. Lara prépara le café avec la même intensité qu’elle mettait dans tout—les gestes précis, les lèvres légèrement pincées en signe de concentration. Clara s’approcha par derrière, l’enlaçant par la taille et posant son menton sur son épaule. — Tu fais toujours le café comme ça ? — Comme quoi ? — Comme si c’était une œuvre d’art. Lara rit, se retournant pour lui faire face. — Tout ce que je fais est de l’art. Clara arqua un sourcil. — Même ça ? Et puis, sans prévenir, elle attira Lara pour un baiser, ses mains glissant le long de son dos jusqu’à agripper ses hanches. Lara gémit contre la bouche de Clara, le café oublié sur le comptoir, ses mains cherchant déjà le corps de Clara, désespérées. — Surtout ça, murmura Lara en mordillant la lèvre inférieure de Clara. Elles s’embrassèrent là, au milieu de la cuisine, leurs corps pressés l’un contre l’autre, le café oublié bouillonnant sur la cuisinière. Lara poussa Clara contre le mur, ses mains explorant chaque courbe, chaque repli, comme si elle voulait mémoriser chaque centimètre d’elle. Clara haleta lorsque les doigts de Lara trouvèrent l’endroit exact entre ses jambes, déjà mouillé, déjà prêt. — Putain, Lara, gémit-elle, ses ongles s’enfonçant dans les épaules de Lara. Lara sourit, satisfaite, puis s’agenouilla. Clara n’eut pas le temps de protester. Lara écarta ses cuisses et sa bouche fut là, chaude, humide, implacable. Clara rejeta la tête en arrière, ses doigts s’emmêlant dans les cheveux de Lara, la tirant plus près. Le plaisir était presque insupportable—rapide, intense, comme si Lara savait exactement quoi faire pour l’amener au bord du précipice en quelques secondes. — Je… je ne vais pas tenir, réussit à dire Clara, la voix entrecoupée. Lara ne s’arrêta pas. Au lieu de cela, elle accéléra le rythme, sa langue travaillant en cercles précis, ses doigts glissant en elle. Clara jouit avec un cri, son corps tremblant, ses jambes sur le point de céder. Lara la maintint fermement, prolongeant l’orgasme jusqu’à ce que Clara soit haletante, les yeux humides. Lorsqu’elle se releva enfin, Lara souriait, les lèvres brillantes. — Petit-déjeuner, dit-elle, comme si elle n’avait pas complètement détruit Clara. Clara rit, encore étourdie, et attira Lara pour un autre baiser, goûtant son propre plaisir sur ses lèvres. — Tu es impossible. — Et tu m’aimes, répondit Lara sans hésiter. Clara se figea. Les mots flottèrent dans l’air entre elles, lourds, inévitables. Lara réalisa ce qu’elle avait dit et rougit, mais ne détourna pas les yeux. — Désolée, murmura-t-elle. Je ne voulais pas… — Ne t’excuse pas, l’interrompit Clara, la voix douce. Parce que c’est vrai. Lara retint son souffle. — Quoi ? Clara prit son visage entre ses mains, ses pouces caressant ses pommettes. — Je t’aime, dit-elle, simplement, directement. Même si tu es impossible. Même si ça me fait peur. Même si je ne sais pas ce qui va se passer demain. Lara sentit quelque chose se briser en elle—une barrière, une peur, quelque chose qui l’empêchait de croire qu’elle méritait cela. Les larmes vinrent avant qu’elle ne puisse les retenir, coulant sur son visage. — Je t’aime aussi, murmura-t-elle, la voix brisée. Mais je ne sais pas comment faire pour que ça marche. Clara sourit, essuyant ses larmes avec ses pouces. — Personne ne sait. On essaie, c’est tout. Et puis elles s’embrassèrent à nouveau, plus lentement cette fois, plus tendrement. Le café refroidit sur le comptoir, oublié. Le monde dehors pouvait attendre. Parce qu’ici, entre des draps froissés et des soupirs entrecoupés, elles avaient trouvé quelque chose de rare—quelque chose qui valait la peine de se battre pour le garder.

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