Entre Draps et Soupirs

Par Tonkix
Entre Draps et Soupirs
**Entre Draps et Soupirs** La pluie tombait en épais rideaux sur la ville, transformant les rues en rivières d’argent terne. Les éclairs zébraient le ciel comme des cicatrices de lumière, et le tonnerre, d’abord lointain, grondait désormais plus près, ébranlant les vitres des vieux immeubles. Clara serra son manteau de laine contre son corps, ses doigts glacés agrippant la bandoulière de son sac en cuir usé. Le café *Luar*, avec sa façade de briques apparentes et ses fenêtres en arc, semblait un refuge sorti d’un vieux rêve. L’enseigne en fer forgé oscillait sous le vent, grinçant comme un soupir. Elle poussa la porte en bois, et l’odeur de café torréfié, de cannelle et de génoise fraîchement sortie du four l’enveloppa comme une étreinte. La chaleur de la salle contrastait avec le froid humide de l’extérieur, et le murmure des conversations étouffées se mêlait au bruit de la pluie frappant l’auvent. Clara secoua ses cheveux châtains, légèrement humides, et chercha un coin discret. Elle choisit une table près de la cheminée, où les flammes dansaient en tons d’ambre et de rouge, projetant des ombres tremblantes sur les murs crème. Le serveur, un homme d’âge mûr au moustache grisonnante et au tablier taché de café, s’approcha avec un sourire accueillant. — Bonsoir, mademoiselle. Que désirez-vous ? — Un café noir, s’il vous plaît. Et une part de ce gâteau aux noix, si vous en avez encore. — Bien sûr. La maison le recommande avec une cuillère de chantilly. Clara hésita, mais finit par acquiescer. Le chantilly était un luxe, mais aujourd’hui, peut-être le méritait-elle. En attendant, elle sortit de son sac un carnet à couverture rigide et un stylo-plume. Les pages étaient remplies de notes, de phrases barrées, d’ébauches de personnages qui ne prenaient jamais vie. Elle passa ses doigts sur le papier, sentant sa texture rugueuse, comme si elle pouvait en extraire des mots par le simple toucher. L’écriture était son refuge, mais ces derniers temps, les mots semblaient lui échapper, comme si la solitude qu’elle décrivait si souvent était devenue trop épaisse pour être traduite en lettres. C’est alors que la porte s’ouvrit à nouveau, et une rafale d’air froid s’engouffra dans le café, faisant vaciller les flammes de la cheminée. Clara leva les yeux, et le monde sembla ralentir. Une femme entra, secouant un parapluie rouge vif, les gouttes de pluie scintillant dans ses cheveux courts et bouclés, teints d’une nuance de cuivre qui reflétait la lumière des bougies sur les tables. Elle portait une veste en cuir noire, usée aux coudes, et un pull moulant qui épousait les contours d’un corps svelte et généreux. À ses poignets, des bracelets en argent tintaient à chaque mouvement, et à ses doigts, des bagues aux formes étranges—l’une en forme de serpent, une autre ornée d’une pierre bleu nuit qui semblait absorber la lumière. La femme sourit au serveur, qui lui répondit d’un signe de tête familier. — Laura ! Tu es en retard aujourd’hui. Je pensais que tu avais abandonné cette ville grise. — Jamais, Seu Mário. J’attendais juste que l’orage ajoute un peu de drame au paysage. — Sa voix était rauque, teintée d’une ironie douce, comme si le monde n’était qu’une blague qu’elle seule comprenait. — Un double espresso et un de ces croissants aux amandes, s’il te plaît. Laura enleva sa veste, révélant des bras couverts de tatouages—des fleurs entrelacées de motifs géométriques, un oiseau en vol sur l’épaule, une citation en latin que Clara ne parvint pas à déchiffrer à distance. Elle accrocha sa veste au porte-manteau près de la porte et passa ses doigts dans ses cheveux, secouant les dernières gouttes d’eau. C’est alors que leurs regards se croisèrent. Ce ne fut pas un regard anodin. Ce fut comme si le temps s’était arrêté une seconde, comme si l’air entre elles s’était épaissi, chargé de quelque chose que Clara ne savait nommer. Laura inclina légèrement la tête, comme si elle évaluait une peinture, et un sourire lent se dessina sur ses lèvres peintes d’un rouge foncé, presque bordeaux. — Cette place est prise ? demanda-t-elle en désignant la chaise en face de Clara. Clara hésita. D’ordinaire, elle aurait répondu que oui, même si ce n’était pas le cas. Mais quelque chose dans la voix de Laura, dans la façon dont ses yeux brillaient d’une curiosité presque féline, la fit secouer la tête en signe de négation. — Non. Installez-vous. Laura tira la chaise et s’assit, croisant les jambes avec une élégance désinvolte. Son parfum parvint jusqu’à Clara—un mélange d’agrumes, de cuir et de quelque chose de plus chaud, de plus terreux, comme du bois brûlé. — Merci. — Laura tendit la main. — Laura. — Clara. — Sa main était petite en comparaison, mais la poigne de Laura fut ferme, ses doigts chauds contre la peau glacée de Clara. — Écrivaine ? — Laura se pencha en avant, les coudes posés sur la table, les yeux rivés sur le carnet ouvert. Clara referma le carnet instinctivement. — Comment le savez-vous ? — Le stylo-plume. La façon dont vous regardez les mots comme s’ils étaient en verre. Et cette expression de quelqu’un qui est toujours un peu perdu dans sa propre tête. — Laura rit, un son bas et mélodieux. — Moi, je suis artiste. Ou du moins, c’est ce que je dis quand on me le demande. En réalité, je ne suis qu’une chasseuse d’inspiration. — Et en avez-vous trouvé aujourd’hui ? demanda Clara, surprise par sa propre audace. Laura regarda par la fenêtre, où la pluie tombait désormais en lames argentées, déformant le monde extérieur. — Pas encore. Mais je crois que je m’en approche. Le serveur apporta leurs commandes, et pendant un instant, le silence entre elles ne fut rempli que par le tintement des tasses et le crépitement de la cheminée. Clara observa Laura porter l’espresso à ses lèvres, la façon dont sa langue effleura le sucre resté sur le bord de la tasse. Un geste simple, mais qui fit se contracter l’estomac de Clara. — Vous venez souvent ici ? demanda Laura en cassant le croissant en deux et en en offrant un morceau à Clara. — Non. Seulement quand la pluie me chasse de chez moi. — Et que écrivez-vous ? Des romans ? De la poésie ? — Des nouvelles. Des histoires courtes sur des gens qui se perdent. Laura mordit dans le croissant, ses dents blanches s’enfonçant dans la pâte feuilletée. — J’aime ça. Des gens qui se perdent. C’est plus honnête que ceux qui se retrouvent, vous ne trouvez pas ? Clara ne répondit pas tout de suite. Elle prit le morceau de croissant, ses doigts effleurant légèrement ceux de Laura. Un contact accidentel, mais qui envoya une décharge électrique le long de son bras. — Parfois, je crois que les gens ne se retrouvent que pour mieux se perdre à nouveau, dit-elle enfin. Laura sourit, comme si cette réponse était exactement ce qu’elle attendait. — Vous êtes intéressante, Clara. — Et vous, vous êtes directe. — La vie est trop courte pour les détours. Elles restèrent silencieuses à nouveau, mais ce n’était pas un silence gênant. C’était le genre de silence qui précède quelque chose, comme l’instant avant qu’un orage n’éclate. Clara observa les mains de Laura—les doigts longs, les ongles courts vernis de noir, le bracelet en cuir tressé qu’elle faisait tourner autour de son poignet. Il y avait quelque chose d’hypnotique dans ces mouvements. — Croyez-vous au destin ? demanda soudain Laura. — Je ne sais pas. Je crois plutôt aux coïncidences qui ont un sens. — Alors, vous pensez que nous nous sommes rencontrées par hasard ? Clara sentit son cœur s’accélérer. — Je ne sais pas. Et vous ? Laura ne répondit pas. Au lieu de cela, elle tendit la main et effleura le dos de la main de Clara, ses doigts traçant un chemin lent jusqu’à son poignet, où son pouls était visible. — Je crois que la pluie nous a amenées ici pour une raison. Et je crois que vous savez laquelle. Clara ne retira pas sa main. Au contraire, elle la retourna légèrement, permettant aux doigts de Laura de glisser entre les siens. Un contact bref, presque imperceptible, mais qui brûla comme une braise. — Et si je ne le sais pas ? Laura sourit, ses yeux sombres brillant d’une promesse que Clara n’osa pas déchiffrer. — Alors, nous le découvrirons ensemble. Dehors, l’orage grondait, mais à l’intérieur du café, le monde semblait s’être rétréci pour ne plus tenir qu’à cette table, à cet instant. Clara regarda par la fenêtre, où les gouttes de pluie coulaient comme des larmes, et sut que quelque chose avait changé. Et que, d’une manière ou d’une autre, cette nuit ne se terminerait pas là. Le café était désormais presque vide, les derniers clients dispersés par la pluie qui persistait. La lumière ambrée des abat-jour se répandait sur les tables en bois sombre, créant des îlots de chaleur au milieu du froid humide qui s’infiltrait par les interstices des fenêtres. Clara observait les mains de Laura—des doigts longs, des ongles courts vernis d’un rouge passé, comme si le vernis avait été rongé par la vie. C’étaient des mains faites pour tenir des pinceaux, mais à cet instant, elles reposaient sur la tasse de thé désormais froide, comme si elles cherchaient quelque chose de plus à toucher. — Vous écrivez toujours à la main ? demanda Laura en se penchant légèrement en avant, les coudes posés sur la table. Le mouvement fit glisser légèrement le col de son pull, révélant la courbe douce de son épaule. Clara serra son stylo plus fort que nécessaire. — Oui. J’aime le bruit du papier, le frottement de l’encre. C’est plus… intime. — Comme un secret que vous seule connaissez ? — Ou comme un journal que personne ne lit. Laura sourit, et il y avait quelque chose de dangereux dans ce sourire, comme si elle savait exactement ce que Clara ne disait pas. — Moi aussi, j’aime les choses intimes. Les choses qui laissent des marques. L’air entre elles sembla s’épaissir. Clara détourna les yeux vers son carnet, où les mots se brouillaient sous son regard. Elle sentit le poids du silence, non pas celui qui dérange, mais celui qui précède une confession. Quand elle releva les yeux, Laura l’observait avec une intensité qui lui fit retenir son souffle. — Vous me regardez comme si vous vouliez me dessiner, dit Clara, la voix basse. — Peut-être que je le veux. — Et que voyez-vous ? Laura ne répondit pas tout de suite. Au lieu de cela, elle tendit à nouveau la main, mais cette fois, ce ne fut pas un contact accidentel. Ses doigts effleurèrent le poignet de Clara, remontant lentement le long de son avant-bras, comme s’ils traçaient les lignes d’une carte invisible. La peau de Clara se hérissa sous la chaleur de cette caresse, et elle dut mordre sa lèvre pour ne pas laisser échapper un soupir. — Je vois quelqu’un qui a peur de désirer, murmura Laura. Quelqu’un qui écrit des fins heureuses pour les autres, mais qui ne croit pas pouvoir en avoir une. Clara sentit sa poitrine se serrer. — Ce n’est pas si simple. — Jamais. — Laura retira sa main, mais la trace de son toucher demeura, comme une brûlure lente. — Mais parfois, il faut prendre des risques. Dehors, un coup de tonnerre retentit, faisant trembler les vitres. Clara regarda la rue, où les réverbères se reflétaient dans les flaques d’eau, se déformant en taches dorées. Quand elle se retourna vers Laura, elle la trouva en train de l’observer avec une expression qui n’était plus de la curiosité, mais de la faim. — Vous êtes déjà tombée amoureuse de quelqu’un que vous ne pouviez pas avoir ? demanda Clara, surprise par sa propre audace. Laura inclina la tête, ses lèvres se courbant en un sourire qui n’atteignit pas ses yeux. — Oui. Et vous ? — Je ne sais pas. Peut-être. — Peut-être ? — Peut-être que je suis en train de tomber amoureuse maintenant. Le silence qui suivit fut si dense que Clara crut presque entendre son propre cœur battre. Laura ne détourna pas le regard, et pendant un instant, il sembla que le monde entier avait cessé de tourner. Puis, lentement, elle tendit à nouveau la main, mais cette fois, ce ne fut pas un toucher subtil. Ses doigts glissèrent sur le dos de la main de Clara, s’entrelaçant aux siens, comme pour tester la résistance du désir. — Vous tremblez, murmura Laura. — Il fait froid. — Ce n’est pas le froid. Clara ne nia pas. Elle ne le pouvait pas. Parce que c’était vrai. La chaleur qui montait en elle n’avait rien à voir avec la température du café, et tout à voir avec la façon dont Laura la regardait—comme si elle pouvait voir à travers les couches de mots non dits, de peurs et de promesses qu’elle-même n’osait pas faire. — Que voulez-vous, Clara ? La question plana dans l’air, lourde, inévitable. Clara ouvrit la bouche pour répondre, mais les mots moururent dans sa gorge. Au lieu de cela, elle retourna sa main, capturant celle de Laura entre les siennes, leurs doigts s’entrelaçant avec une urgence qui la surprit elle-même. — Je ne sais pas, admit-elle, la voix rauque. Mais je crois que je veux le découvrir. Laura sourit, et cette fois, le sourire atteignit ses yeux, sombres et brillants comme la surface d’un lac à minuit. — Alors, allons-y. Elle se leva, entraînant Clara avec elle d’un mouvement fluide. La chaise racla le sol, un son âpre qui sembla résonner dans la salle vide. Clara ne résista pas. Elle ne voulait pas résister. Quand Laura la guida vers la sortie, leurs corps se rapprochèrent suffisamment pour que Clara sente la chaleur qui émanait d’elle, l’odeur d’encre et de quelque chose de plus doux, comme de la vanille brûlée. — Où allons-nous ? demanda Clara, la voix presque perdue dans le bruit de la pluie. Laura ne répondit pas. Au lieu de cela, elle l’attira dehors, sous l’auvent du café, où l’eau tombait en rideaux argentés. L’air était chargé d’électricité, et Clara sentit son cœur s’emballer lorsque Laura se tourna vers elle, les cheveux humides collés au front, les lèvres entrouvertes. — Quelque part où nous pourrons être seules, murmura Laura, et avant que Clara ne puisse réagir, elle se pencha et effleura ses lèvres des siennes. Ce ne fut pas un baiser. Pas encore. Ce fut un test, une promesse, un murmure de peau contre peau. Clara sentit le goût du café et de quelque chose de plus, quelque chose qui n’avait pas de nom, mais qui la fit fermer les yeux et se pencher en avant, cherchant davantage. Laura s’écarta juste assez pour appuyer son front contre le sien, leurs doigts toujours entrelacés. — Tu sens ça ? Clara hocha la tête, incapable de parler. — Moi aussi. La pluie tombait autour d’elles, mais aucune des deux ne s’en souciait. Le monde s’était rétréci pour ne plus tenir qu’à cet instant, à ce toucher, à ce désir qui brûlait plus fort que n’importe quelle tempête. Laura sourit, un sourire lent et dangereux, et attira Clara plus près, leurs corps s’emboîtant comme les pièces d’un puzzle qui ne prenaient sens qu’à présent. — Allons chez moi, murmura Clara, les mots lui échappant avant qu’elle ne puisse les retenir. Laura n’hésita pas. — Allons-y. Et puis, main dans la main, elles s’élancèrent sous la pluie, leurs corps mouillés, leurs cœurs battant à tout rompre, leurs pas précipités vers quelque chose qu’aucune des deux n’osait nommer—mais qu’elles savaient toutes deux changerait tout. La pluie avait lavé la ville, laissant l’asphalte brillant sous les réverbères à la lumière jaunâtre. Clara et Laura coururent dans les rues désertes, leurs pas résonnant entre les immeubles humides, leurs corps serrés l’un contre l’autre comme si l’espace entre elles était insupportable. L’appartement de Clara n’était qu’à quelques rues, mais chaque seconde semblait une éternité, chaque respiration entrecoupée par le vent froid qui les fouettait. Laura rit quand elle trébucha dans une flaque, et Clara la retint par la taille, l’attirant plus près, leurs lèvres presque se touchant avant de s’écarter à nouveau, riant, haletantes. Quand elles arrivèrent enfin devant l’immeuble, Clara eut du mal à insérer la clé dans la serrure, ses mains tremblantes. Laura observait chacun de ses mouvements, ses yeux sombres brillant d’une intensité qui faisait se contracter l’estomac de Clara. L’ascenseur monta lentement, comme si le temps avait ralenti pour prolonger l’agonie. Elles ne se touchèrent pas à l’intérieur, mais l’air entre elles était chargé, électrique, comme si un seul mouvement pouvait tout déclencher. Laura mordit sa lèvre inférieure, et Clara suivit le geste du regard, sentant son propre corps répondre, chaud et urgent. La porte de l’appartement se referma avec un clic doux. Pendant un instant, elles restèrent immobiles dans l’entrée, la respiration haute, les corps mouillés, les cheveux collés à la peau. Clara alluma une lampe d’angle, baignant la pièce dans une lumière ambrée et diffuse, suffisante pour voir, mais pas assez pour dissiper la brume de désir qui les enveloppait. Laura enleva son manteau, le laissant tomber au sol avec un bruit humide, et Clara fit de même, ses doigts s’emmêlant dans les boutons de son chemisier. — Tu trembles, murmura Laura en s’approchant. — Ce n’est pas à cause du froid. Laura sourit, lentement, et leva la main, effleurant les jointures de ses doigts contre la joue de Clara. Le contact fut léger, presque hésitant, mais suffisant pour faire fermer les yeux à Clara et incliner son visage, cherchant davantage. Laura ne se fit pas prier. Elle glissa sa main vers la nuque de Clara, l’attirant pour un baiser qui commença doucement, mais devint vite vorace. Leurs langues se rencontrèrent, chaudes et avides, et Clara gémit contre la bouche de Laura, goûtant le vin rouge et quelque chose de plus doux, quelque chose qui ne pouvait être qu’elle. Les mains de Laura descendirent le long du dos de Clara, l’attirant plus près, jusqu’à ce que leurs corps s’emboîtent parfaitement, hanches contre hanches, seins pressés l’un contre l’autre. Clara arqua le dos, sentant ses tétons durcir sous le tissu fin de son chemisier, et Laura en profita pour mordiller son cou, ses dents effleurant légèrement la peau sensible. Un frisson parcourut Clara de la tête aux pieds, et elle agrippa les épaules de Laura, ses ongles s’enfonçant dans le tissu de sa chemise. — Je te veux, murmura Clara, la voix rauque. Depuis le moment où je t’ai vue dans ce café. Laura rit, un son bas et guttural, et mordit le lobe de l’oreille de Clara avant de répondre. — Moi aussi. Mais je voulais être sûre que tu ressentais la même chose. — Et maintenant ? Laura ne répondit pas avec des mots. Au lieu de cela, elle poussa Clara contre le mur, lui maintenant les poignets au-dessus de la tête d’une main tandis que l’autre glissait le long de son corps, explorant chaque courbe, chaque centimètre de peau exposée. Clara haleta lorsque les doigts de Laura trouvèrent le bouton de son jean, l’ouvrant d’un mouvement rapide. La fermeture éclair descendit, et Clara sentit l’air froid toucher sa peau nue, suivie par la main chaude de Laura, qui glissa sous sa culotte, la trouvant déjà mouillée, palpitante. — Oh, mon Dieu, gémit Clara, ses hanches se mouvant involontairement contre les doigts de Laura. — Chut, murmura Laura en l’embrassant à nouveau, avalant ses gémissements. Je veux te goûter. Clara n’eut pas le temps de traiter ces mots avant que Laura ne la lâche, juste assez pour la tirer par le couloir jusqu’à la chambre. Le lit était défait, les draps encore en désordre de la nuit précédente, et Clara sentit une vague de honte mêlée d’excitation à l’idée que Laura voie ce côté si intime d’elle. Mais Laura ne sembla pas s’en soucier. Elle poussa Clara sur le lit, la faisant tomber sur le dos, et grimpa sur elle, les genoux de chaque côté de ses hanches. — Tu es belle, murmura Laura en enlevant son propre chemisier d’un mouvement fluide, révélant un soutien-gorge en dentelle noire qui contenait à peine ses seins généreux. Clara tendit la main, les touchant, sentant les tétons durcir sous le tissu. Laura gémit et se pencha en avant, capturant les lèvres de Clara dans un autre baiser tandis que ses mains s’affairaient sur son chemisier, ouvrant les boutons un à un. Quand Clara ne fut plus vêtue que de son soutien-gorge et de sa culotte, Laura s’écarta un instant, ses yeux parcourant son corps avec une faim qui fit se tortiller Clara. Puis, sans prévenir, Laura lui attrapa les chevilles et la tira vers le bord du lit, s’agenouillant sur le sol. Clara sentit son cœur s’emballer lorsque Laura accrocha ses doigts à sa culotte et la fit glisser vers le bas, la laissant complètement nue. — Putain, murmura Laura, les yeux fixés sur le sexe de Clara, brillant et exposé. J’ai besoin de te goûter. Clara n’eut pas le temps de répondre. Laura écarta ses jambes avec ses mains, se penchant en avant, et sa langue trouva le clitoris de Clara dans un mouvement lent et délibéré. Clara arqua le dos, un gémissement s’échappant de ses lèvres tandis que les doigts de Laura la maintenaient fermement, l’empêchant de bouger. Laura explora chaque repli, chaque centimètre sensible, sa langue alternant entre des mouvements circulaires et des succions lentes, jusqu’à ce que Clara sente ses jambes trembler. — Laura, s’il te plaît, supplia-t-elle, les mains agrippant les draps. Je vais jouir si tu continues comme ça. Laura leva les yeux, les lèvres brillantes, et sourit. — C’est exactement ce que je veux. Elle recommença à sucer, ses doigts glissant à l’intérieur de Clara, trouvant ce point qui la fit crier. Clara sentit l’orgasme approcher, une vague chaude et dévastatrice, mais Laura s’arrêta soudain, la laissant au bord du précipice. Clara gémit en signe de protestation, mais Laura se contenta de rire et grimpa sur le lit, l’embrassant avec force, lui faisant goûter son propre plaisir sur ses lèvres. — Je veux que tu jouisses avec moi, murmura Laura en enlevant son soutien-gorge et sa culotte, révélant un corps sculpté, une peau douce et chaude. Clara tendit la main, touchant les seins de Laura, pinçant ses tétons jusqu’à ce qu’elle gémisse. Puis, Clara la poussa sur le lit, grimpant sur elle, leurs corps s’emboîtant parfaitement. — À toi, murmura Clara en embrassant le cou de Laura, descendant le long de son corps, laissant une traînée de baisers humides jusqu’à atteindre son sexe. Laura était mouillée, son clitoris gonflé et palpitant, et Clara ne perdit pas de temps. Elle la lécha lentement, savourant chaque gémissement, chaque frisson, jusqu’à ce que Laura lui agrippe les cheveux, la tirant avec force. — Clara, je vais… Laura ne put terminer sa phrase. Clara suça son clitoris avec force, ses doigts glissant en elle, et Laura jouit avec un cri, son corps s’arquant contre le lit. Pendant un instant, elles restèrent là, haletantes, leurs corps entrelacés, leur peau humide de sueur et de désir. Laura attira Clara vers le haut, l’embrassant avec une urgence renouvelée, et Clara sentit son propre corps répondre, le désir pulsant toujours entre ses jambes. — Je n’en ai pas fini avec toi, murmura Laura en faisant glisser à nouveau ses doigts entre ses jambes. Clara gémit, ses ongles s’enfonçant dans le dos de Laura. — Alors ne t’arrête pas. Laura sourit, lentement et dangereusement, et Clara sut que la nuit était loin d’être terminée. La nuit s’étirait comme une invitation silencieuse, tissée de fils de désir et de promesses murmurées. Les draps, autrefois soigneusement tirés par quelqu’un qui craignait le chaos, gisaient maintenant en plis désordonnés, témoins muets de l’abandon qui se déroulait entre elles. Clara sentait le poids du corps de Laura sur le sien, sa peau encore chaude de l’orgasme précédent, ses muscles détendus mais non rassasiés. Il y avait quelque chose de vorace dans la façon dont Laura la regardait, comme si chaque centimètre de Clara était un territoire à explorer, à revendiquer, à dévorer. — Tu es belle, murmura Laura, la voix rauque, ses lèvres effleurant le lobe de l’oreille de Clara avant de descendre le long de son cou, laissant une traînée de chaleur humide. Mais je veux te voir tout entière. Clara arqua le dos lorsque les mains de Laura trouvèrent ses seins, ses doigts traçant des cercles lents autour de ses tétons, déjà durs et sensibles. Un gémissement lui échappa, étouffé contre l’épaule de Laura, qui sourit contre sa peau. — Chut, murmura-t-elle, comme si le silence faisait partie du jeu. Faisons durer ce moment. Laura s’écarta juste assez pour enlever son propre chemisier, le jetant par terre sans cérémonie. Clara l’observa, fascinée, par la façon dont la faible lumière de la lune, filtrée par les rideaux, dessinait des ombres sur les courbes de Laura, sur les contours de ses seins, sur la ligne douce de son ventre. Elle tendit la main, hésitante, et Laura la prit, guidant ses doigts pour toucher sa peau. Ceux de Clara tremblaient légèrement lorsqu’ils rencontrèrent le téton de Laura, déjà dur sous son toucher. Laura ferma les yeux, un soupir lui échappant entre les dents. — Comme ça, dit-elle, la voix basse, presque un murmure. N’aie pas peur. Clara n’avait pas peur. Ou, si elle en avait, c’était une peur délicieuse, le genre de peur qui faisait battre son cœur plus vite, qui faisait pulser le sang entre ses jambes. Elle se pencha en avant, capturant le téton de Laura entre ses lèvres, le suçant avec précaution, le sentant durcir encore davantage. Laura gémit, ses mains s’emmêlant dans les cheveux de Clara, la tirant plus près. — Oui, comme ça… murmura Laura, la voix entrecoupée. Clara explora chaque centimètre, ses lèvres et sa langue traçant un chemin lent le long du corps de Laura, descendant le long de son ventre, de ses hanches, jusqu’à atteindre ses cuisses. Laura s’ouvrit pour elle, les jambes pliées, les genoux tombant sur les côtés en une invitation silencieuse. Clara ne résista pas. Ses doigts glissèrent sur la peau douce des cuisses de Laura, sentant l’humidité qui coulait déjà entre elles. Laura était mouillée, son odeur douce et enivrante, et Clara s’approcha, son souffle chaud contre son sexe exposé. — S’il te plaît, murmura Laura, la voix ténue. Clara n’eut pas besoin de plus d’encouragement. Elle lécha Laura lentement, savourant son goût salé et doux, la sentant trembler sous sa bouche. Laura arqua le dos, un gémissement lui échappant, ses mains agrippant les draps. Clara explora chaque repli, chaque courbe, ses doigts glissant en elle tandis que sa langue tournoyait lentement autour de son clitoris. Laura était proche, Clara pouvait le sentir, son corps tendu, ses muscles tremblants. — Clara, murmura Laura, son nom un appel, une supplication. Clara accéléra le rythme, ses doigts bougeant plus vite, sa langue appuyant plus fort. Laura jouit avec un cri étouffé, son corps s’arquant contre le lit, ses orteils se recroquevillant. Clara ne s’arrêta pas, prolongeant le plaisir, sentant chaque tremblement, chaque spasme, jusqu’à ce que Laura la tire vers le haut, ses lèvres trouvant les siennes dans un baiser désespéré. — À toi, murmura Laura contre la bouche de Clara, ses mains glissant déjà le long de son corps, descendant entre ses jambes. Clara gémit lorsque les doigts de Laura la touchèrent, déjà mouillée, déjà prête. Laura sourit, lentement et dangereusement, ses doigts glissant en elle avec facilité. — Tu es tellement mouillée, murmura Laura, ses lèvres effleurant l’oreille de Clara. Tellement prête pour moi. Clara arqua le dos, ses hanches bougeant en synchronisation avec les doigts de Laura, sentant le plaisir monter, une vague lente et inexorable. Laura l’embrassa, ses lèvres capturant ses gémissements, ses mains explorant chaque centimètre de son corps. Clara sentit les doigts de Laura trouver son clitoris, appuyant, tournant, et elle gémit, le plaisir presque insupportable. — Laura, murmura-t-elle, son nom une supplication. Laura sourit, ses lèvres trouvant celles de Clara dans un baiser profond, ses doigts bougeant plus vite, plus fort. Clara sentit l’orgasme approcher, une vague de plaisir qui menaçait de l’engloutir tout entière. Elle agrippa les épaules de Laura, ses ongles s’enfonçant dans sa peau, ses gémissements étouffés contre ses lèvres. — Jouis pour moi, murmura Laura, la voix rauque, ses doigts ne s’arrêtant pas. Jouis, Clara. Et Clara jouit, son corps s’arquant contre le lit, le plaisir explosant en vagues intenses, ses muscles tremblants, ses gémissements résonnant dans la chambre. Laura la serra contre elle, ses bras l’enveloppant, ses lèvres trouvant les siennes dans un baiser doux, presque révérencieux. Pendant un instant, elles restèrent ainsi, haletantes, leurs corps entrelacés, leur peau humide de sueur et de désir. Clara sentit le cœur de Laura battre contre le sien, son rythme accéléré, presque frénétique. Laura sourit, ses lèvres effleurant le front de Clara. — Ce n’est pas fini, murmura-t-elle, ses doigts glissant à nouveau le long du corps de Clara, descendant entre ses jambes. Clara gémit, son corps encore sensible, mais le désir se rallumant déjà, une flamme lente et persistante. Elle regarda Laura, ses yeux sombres de désir, et sut que la nuit était loin d’être terminée. Il y avait quelque chose de sauvage dans la façon dont Laura la regardait, quelque chose qui promettait plus, bien plus. — Alors ne t’arrête pas, murmura Clara, ses lèvres trouvant celles de Laura dans un baiser profond, ses mains explorant à nouveau son corps, sentant sa peau chaude, ses muscles tendus. Laura sourit, lentement et dangereusement, et Clara sut que la danse ne faisait que commencer. La respiration de Clara devint un filet d’air entrecoupé, chaque expiration plus urgente que la précédente. Laura l’attira contre elle avec une force qui surprit même l’écrivaine, ses mains fermes dans son dos, ses doigts s’enfonçant dans sa peau comme si elle voulait l’y marquer à jamais. La chambre sentait le sexe et la sueur, les draps froissés et le parfum citronné que portait Laura, maintenant mêlé à l’odeur salée de leurs corps. Clara sentit le poids du désir comme une vague se brisant sur elle, lente, implacable, l’entraînant vers un endroit où n’existaient plus que les caresses, les gémissements et la certitude qu’il n’y avait plus de retour en arrière. — Tu es belle comme ça, murmura Laura contre la bouche de Clara, ses lèvres humides effleurant les siennes entre les mots. Toute débraillée, les lèvres gonflées de m’avoir tant embrassée. Clara gémit lorsque les doigts de Laura trouvèrent l’endroit exact entre ses jambes, bougeant avec une précision qui la fit arquer le dos, ses hanches cherchant plus de contact. Elle ne pouvait plus penser, ne pouvait plus rien faire d’autre que ressentir : la chaleur de la peau de Laura contre la sienne, la pression de ses doigts, la façon dont Laura la regardait comme si elle était la seule chose au monde qui comptait. — *S’il te plaît*, murmura Clara, la voix rauque, brisée. Elle ne savait pas vraiment ce qu’elle demandait, mais Laura comprit. D’un mouvement fluide, Laura la repoussa contre les oreillers, leurs corps s’emboîtant comme s’ils avaient été faits l’un pour l’autre. Clara sentit les cuisses de Laura s’écarter autour des siennes, ses muscles tendus, la chaleur humide de son sexe pressé contre le sien. Un gémissement leur échappa à toutes deux lorsque Laura commença à bouger, d’abord lentement, puis avec plus d’urgence, ses hanches frottant contre celles de Clara dans un rythme qui les laissait sans souffle. — Comme ça, murmura Laura, la voix basse, presque un grognement. Sens-moi. Clara sentit. Elle sentit chaque centimètre du corps de Laura contre le sien, chaque mouvement, chaque frisson. Ses mains glissèrent le long du dos de Laura, sentant sa peau humide, ses muscles se contractant sous ses doigts. Elle attira Laura plus près, ses lèvres cherchant les siennes dans un baiser désespéré, leurs langues s’enroulant tandis que le plaisir grandissait entre elles, une spirale qui menaçait de les engloutir tout entières. — Je vais… Clara ne put terminer sa phrase. Les mots se perdirent dans un gémissement lorsque Laura accéléra le rythme, ses hanches bougeant avec une intensité qui lui fit voir des étoiles. — Jouis pour moi, ordonna Laura, ses lèvres effleurant l’oreille de Clara. Je veux te voir. Et Clara se perdit. Le plaisir la traversa comme un éclair, chaud, intense, arrachant un cri de ses lèvres tandis que son corps se tordait sous celui de Laura. Elle sentit ses muscles se contracter, la chaleur se répandant dans chaque centimètre de sa peau, ses orteils se recroquevillant tandis que l’orgasme la déchirait de l’intérieur. Laura ne s’arrêta pas, ses mouvements devenant plus lents, plus profonds, prolongeant le plaisir jusqu’à ce que Clara soit haletante, les yeux fermés, son corps entier tremblant. Quand elle ouvrit enfin les yeux, elle vit Laura l’observer avec une expression mêlant désir et quelque chose de plus profond, quelque chose qui fit battre son cœur plus vite. Laura sourit, lentement, satisfaite, et se pencha pour l’embrasser, ses lèvres douces, presque révérencieuses. — À moi, murmura-t-elle. Avant que Clara ne puisse réagir, Laura la repoussa sur le dos contre les draps, leurs corps échangeant de position. Clara sentit les mains de Laura sur ses cuisses, les écartant avec une douceur qui contrastait avec l’urgence de leurs mouvements précédents. Elle gémit lorsque Laura se baissa, ses lèvres trouvant son sexe avec une précision qui la fit arquer le dos, ses mains s’emmêlant dans les draps. — Laura… murmura Clara, son nom une prière, une demande. Laura ne répondit pas avec des mots. Au lieu de cela, elle utilisa sa langue, ses lèvres, ses doigts, ramenant Clara au bord du précipice en quelques secondes. Clara sentit le plaisir monter en elle à nouveau, plus vite cette fois, plus intense. Elle essaya de se retenir, de prolonger ce moment, mais Laura ne le permit pas. D’un mouvement expert, elle la mena au bord du gouffre, sa langue travaillant en cercles lents, ses doigts bougeant en elle avec une précision qui la fit crier. — *Maintenant*, ordonna Laura, la voix rauque, et Clara n’eut pas le choix. L’orgasme la frappa comme une vague, plus forte que la précédente, arrachant un cri de ses lèvres tandis que son corps se tordait, ses muscles se contractant en spasmes qui semblaient ne jamais devoir finir. Laura ne s’arrêta pas, ses mouvements devenant plus lents, plus doux, prolongeant le plaisir jusqu’à ce que Clara soit complètement épuisée, les yeux fermés, son corps tremblant. Quand elle ouvrit enfin les yeux, elle vit Laura se redresser au-dessus d’elle, les lèvres brillantes, les yeux sombres de désir. Clara tendit la main, l’attirant pour un baiser, goûtant son propre plaisir sur les lèvres de Laura. Elles s’embrassèrent longuement, leurs corps encore tremblants, leurs cœurs battant à l’unisson. — Tu es incroyable, murmura Laura contre les lèvres de Clara, ses doigts traçant des cercles paresseux sur sa peau. Clara sourit, les yeux encore fermés, son corps détendu, rassasié. Mais elle sentit alors la main de Laura glisser à nouveau entre ses jambes, ses doigts bougeant avec une lenteur torturante. — Pas encore, murmura Laura, ses lèvres effleurant l’oreille de Clara. Nous avons toute la nuit. Clara gémit, son corps réagissant instantanément au toucher, le désir se rallumant comme une flamme. Elle ouvrit les yeux et vit Laura l’observer, un sourire lent se dessinant sur ses lèvres. — Alors ne t’arrête pas, dit Clara, la voix rauque, les yeux sombres de désir. Laura sourit, lentement et dangereusement, et Clara sut que la nuit était loin d’être terminée. La lumière grise du matin s’infiltrait par les interstices des rideaux, dessinant des rayures pâles sur les draps froissés, sur la peau encore chaude de Clara et Laura. La pluie avait diminué, mais ne s’était pas arrêtée—un murmure constant contre la fenêtre, comme si le ciel chuchotait des secrets à la terre. L’air sentait le café fraîchement passé, mêlé à l’arôme doux et salé de la sueur séchée, du sexe de la nuit précédente, des corps qui s’étaient perdus et retrouvés tant de fois que les frontières entre elles n’existaient plus. Clara fut la première à se réveiller, mais ne bougea pas. Elle resta allongée sur le côté, la tête appuyée sur l’oreiller, les yeux mi-clos observant Laura endormie. La lumière diffuse dessinait les contours de son visage—ses lèvres entrouvertes, légèrement gonflées, l’ombre de ses cils sur ses pommettes. Une mèche de cheveux sombres tombait sur son front, et Clara eut envie de l’écarter, mais résista. Elle voulait graver ce moment dans sa mémoire : Laura vulnérable, sereine, entièrement livrée à elle. Le corps de Laura était enroulé autour du sien, une jambe jetée sur ses cuisses, un bras enlaçant sa taille avec la possessivité de quelqu’un qui ne veut pas lâcher prise. La chaleur de sa peau était une présence presque palpable, et Clara sentit son propre cœur battre plus fort, comme s’il était encore au rythme de la nuit précédente. Elle respira profondément, inhalant l’odeur de Laura—du jasmin et quelque chose de plus primitif, quelque chose qui n’appartenait qu’à elle. Puis, comme si elle sentait son regard, Laura remua. Un soupir doux lui échappa, et ses yeux s’ouvrirent lentement, encore lourds de sommeil. Pendant un instant, il n’y eut que le silence, une reconnaissance muette entre elles. Puis Laura sourit, lentement et paresseusement, comme si se réveiller à côté de Clara était la chose la plus naturelle du monde. — Bonjour, murmura-t-elle, la voix rauque de sommeil et de tout ce qu’elles avaient fait. Clara ne répondit pas tout de suite. Au lieu de cela, elle se pencha et effleura les lèvres de Laura des siennes, un baiser léger, presque chaste, mais chargé de promesses. Laura soupira contre sa bouche, ses doigts s’emmêlant dans les cheveux de Clara, l’attirant plus près. — Tu as bien dormi ? demanda Clara en s’écartant juste assez pour la regarder dans les yeux. Laura rit doucement, ses doigts glissant le long du cou de Clara, laissant une traînée de frissons. — Comme une souche. Tu m’as épuisée. — Menteuse. Tu étais encore éveillée quand j’ai somnolé. — *Somnolé* ? Laura arqua un sourcil, amusée. C’était plutôt un évanouissement post-orgasmique. Clara sentit la chaleur monter à ses joues, mais ne nia pas. Au lieu de cela, elle mordit sa lèvre inférieure, observant la façon dont les yeux de Laura s’assombrirent en la voyant faire. — Et toi ? demanda Laura, ses doigts traçant maintenant des cercles paresseux sur la hanche de Clara. Tu as rêvé de moi ? — Je n’en ai pas eu besoin. Tu étais là. Laura sourit, satisfaite, et attira Clara pour un baiser plus profond, leurs langues se rencontrant dans une danse lente et familière. Le corps de Clara réagit instantanément, le désir se réveillant comme si la nuit précédente n’avait pas suffi. Mais avant qu’elle ne puisse approfondir le baiser, Laura s’écarta en riant. — Café d’abord. Ensuite, nous pourrons discuter de la façon dont tu vas me dédommager de m’avoir laissée affamée. Clara gémit, mais ne protesta pas. Elle savait que Laura avait raison. Elles avaient besoin de se sustenter—et d’un moment pour respirer, pour assimiler tout ce qui s’était passé. --- La cuisine de Clara était petite, mais chaleureuse, avec des étagères en bois remplies de livres et une fenêtre donnant sur un patio intérieur, où la pluie coulait le long des feuilles d’une fougère. Laura était assise sur le comptoir, vêtue seulement d’un t-shirt de Clara—un vêtement trop large, qui tombait sur ses épaules et laissait ses jambes nues à découvert. Clara, quant à elle, portait un peignoir en soie bleu marine, noué lâchement à la taille, ses cheveux encore ébouriffés de sommeil. — Tu as des œufs ? demanda Laura en observant Clara préparer le café dans une cafetière italienne. — Dans le frigo. — Parfait. Je vais faire une omelette. Clara arqua un sourcil. — Tu cuisines ? — Pas très bien, admit Laura en sautant du comptoir pour aller au réfrigérateur. Mais l’omelette, c’est la seule chose que je sais faire correctement. Clara l’observa tandis qu’elle prenait les œufs, le lait, le fromage. Il y avait quelque chose d’incroyablement intime à la voir là, dans sa cuisine, se mouvant avec la même aisance qu’elle avait eue sur elle la nuit précédente. Laura prit un bol, cassa les œufs d’une seule main—un geste qui fit sourire Clara—et commença à tout battre avec une fourchette. — Tu me regardes, dit Laura sans quitter le bol des yeux. — Oui. — Pourquoi ? — Parce que j’aime te voir ici. Laura arrêta de battre la fourchette et la regarda. Pendant un instant, quelque chose passa entre elles—quelque chose de plus profond que le désir, plus intense que la passion. Quelque chose qui serra la poitrine de Clara. — Moi aussi, j’aime être ici, dit enfin Laura, la voix plus douce. Clara s’approcha, s’arrêtant derrière elle. Elle enlaça sa taille de ses bras, l’attirant contre elle, et enfouit son visage dans son cou, inhalant son odeur. Laura soupira, inclinant la tête pour lui donner plus d’accès, et Clara embrassa la peau juste sous son oreille, sentant son pouls s’accélérer sous ses lèvres. — Tu essaies de me distraire, murmura Laura, mais elle ne fit aucun mouvement pour s’écarter. — Oui. — L’omelette va brûler. — Qu’elle brûle. Laura rit, mais se tourna dans les bras de Clara, enlaçant son cou de ses bras. Leurs corps s’emboîtèrent parfaitement, comme s’ils avaient été faits l’un pour l’autre. — J’ai une question, dit Laura, les yeux fixés sur ceux de Clara. — Vas-y. — Qu’est-ce qu’on est, maintenant ? Clara sentit son cœur battre plus fort. Ce n’était pas une question inattendue, mais elle la prit tout de même au dépourvu. Elle savait ce qu’elle voulait dire, mais les mots semblaient coincés dans sa gorge. — Qu’est-ce que tu veux qu’on soit ? demanda-t-elle au lieu de répondre. Laura mordit sa lèvre, pensive. — Je ne veux pas d’étiquettes. Pas maintenant. Mais je ne veux pas non plus que ce soit juste une nuit. — Ça n’en était pas une. — Je sais. — Laura sourit, soulagée. — Mais j’ai besoin de t’entendre le dire. Clara prit le visage de Laura entre ses mains, ses pouces caressant ses joues. — Ce n’était pas juste une nuit. Pas pour moi. Laura ferma les yeux un instant, comme si ces mots l’avaient frappée de plein fouet. Quand elle les rouvrit, il y avait quelque chose de nouveau dans son regard—quelque chose qui fit frissonner Clara. — Alors, qu’est-ce qu’on fait maintenant ? demanda Laura. Clara sourit, lentement et délibérément. — On vit. --- L’omelette brûla. Elles la mangèrent quand même, riant en grattant les parties carbonisées et en partageant ce qui restait. Laura parla de sa dernière exposition d’art, de la façon dont elle détestait quand les critiques essayaient d’enfermer son travail dans des catégories, et Clara évoqua le livre qu’elle écrivait—un roman historique qui, pour la première fois, ne parlait pas de solitude, mais de connexion. — Tu crois que les gens vont aimer ? demanda Laura en se penchant sur la table, les coudes appuyés, les yeux brillants de curiosité. — Je m’en fiche, admit Clara. Pour la première fois, j’écris quelque chose que *moi* j’ai envie de lire. Laura sourit, satisfaite, et tendit la main sur la table, entrelaçant ses doigts à ceux de Clara. — C’est bien. — Oui. Elles restèrent silencieuses un moment, se regardant simplement, leurs doigts entrelacés. Dehors, la pluie s’était transformée en une fine bruine, presque imperceptible, comme si le ciel retenait son souffle. — Et maintenant ? demanda enfin Laura. Clara ne répondit pas tout de suite. Au lieu de cela, elle se leva et attira Laura avec elle, la ramenant vers la chambre. Les draps étaient encore froissés, leur odeur encore imprégnée dans le tissu. Clara poussa Laura contre le mur à côté du lit, ses mains tenant ses poignets au-dessus de sa tête, et l’embrassa avec une urgence qui n’existait pas la nuit précédente. Ce n’était plus une question de désir. C’était une question d’appartenance. Laura gémit contre sa bouche, son corps s’arquant contre le sien, et Clara sentit son propre contrôle lui échapper. Elle descendit ses mains le long des bras de Laura, le long de ses flancs, de ses cuisses, soulevant le t-shirt qu’elle portait jusqu’à ce que leurs corps soient peau contre peau. Laura mordit la lèvre inférieure de Clara, ses yeux sombres de besoin. — Je te veux, murmura Laura, la voix rauque. Encore. Toujours. Clara ne répondit pas. Au lieu de cela, elle la poussa sur le lit, couvrant son corps du sien, l’embrassant avec une faim qui n’avait pas de fin. Les mains de Laura étaient partout—dans ses cheveux, sur son dos, sur ses fesses, l’attirant plus près, comme si elle voulait fusionner leurs corps en un seul. Et Clara se laissa faire. Elle se laissa toucher, explorer, posséder. Elle laissa leurs gémissements se mêler, leurs corps bouger dans un rythme ancien et parfait. Elle laissa le plaisir les consumer, les emmener dans un endroit où n’existaient plus qu’elles deux, où le monde extérieur—avec ses tempêtes et ses incertitudes—n’avait plus sa place. Quand elles atteignirent le sommet, ce fut ensemble, leurs corps tremblants, leurs noms une prière sur les lèvres l’une de l’autre. Et quand elles s’effondrèrent enfin, épuisées et rassasiées, Clara attira Laura dans ses bras, l’enlaçant comme si elle ne voulait plus jamais la lâcher. La pluie continuait de tomber dehors, mais elle semblait différente maintenant. Ce n’était plus un son de solitude, d’isolement. C’était le son d’un nouveau départ. Laura se blottit contre Clara, ses doigts traçant des motifs paresseux sur sa peau. — Qu’est-ce qui se passe maintenant ? demanda-t-elle, ensommeillée. Clara embrassa le sommet de sa tête, sentant l’odeur de ses cheveux, la chaleur de son corps. — Maintenant, dit-elle, la voix douce, on se réveille demain. Et après-demain. Et après. Jusqu’à ce que se réveiller à tes côtés soit la chose la plus naturelle du monde. Laura sourit contre sa poitrine, les yeux déjà fermés. — J’aime ce plan. Clara sourit aussi, la serrant plus fort. — Moi aussi. Et ainsi, entre des draps froissés et le bruit de la pluie, elles s’endormirent. Non plus comme deux âmes perdues, mais comme deux femmes qui avaient enfin trouvé l’endroit auquel elles appartenaient.

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