Entre Draps de Soie et Soupirs
Par Tonkix
**Entre Draps de Soie et Soupirs**
Le bar *Maré Alta* respirait au rythme des vagues qui se brisaient au-dehors, un soupir salé mêlé à l’arôme du bois vieilli et du whisky malté. Les murs, recouverts d’acajou sombre, absorbaient la lumière ambrée des abat-jour, créant une atmosphère d’intimité forcée—comme si chaque client présent était un secret sur le point d’être révélé. Au centre de la salle, un piano à queue Steinway, poli jusqu’à refléter l’éclat des bougies, dominait l’espace. C’est là que Clara était assise, ses longs doigts pâles dansant sur les touches avec une précision presque religieuse.
Elle ne regardait pas le public. Elle n’en avait pas besoin. La musique qui s’échappait de ses mains suffisait à combler le silence, à faire trembler légèrement les verres sur les tables et à défaire les sourires en expressions proches de la dévotion. Clara jouait comme on avoue un péché : la tête légèrement inclinée, les lèvres entrouvertes dans une concentration qui frôlait l’extase. Sa robe noire en soie brute glissait sur ses épaules étroites comme une seconde peau, et ses cheveux châtains, relevés en un chignon lâche, laissaient échapper des mèches rebelles qui effleuraient son cou à chaque mouvement.
De l’autre côté de la salle, presque cachée dans l’ombre d’une colonne de marbre, Isabel l’observait.
Elle n’était pas du genre à se laisser impressionner facilement. En tant qu’artiste plasticienne, elle avait l’habitude de disséquer le monde en couleurs, textures et formes—mais là, à cet instant, elle se sentait comme une toile blanche, prête à être marquée pour la première fois. Isabel tenait un verre de vin rouge, les doigts tachés de peinture séchée, les ongles courts et sans vernis. Le liquide sombre tournoyait dans le cristal, reflétant la lueur des bougies, mais ses yeux ne quittaient pas Clara. Il y avait quelque chose dans la manière dont la pianiste s’abandonnait à la musique, comme si chaque note était un soupir retenu, qui la fascinait. Ce n’était pas seulement de la technique—c’était un abandon. Une faim.
La mélodie changea. Une pièce de Debussy, peut-être, ou quelque chose de plus contemporain, avec des harmonies qui se défaisaient comme du sucre sur la langue. Clara ferma les yeux, et Isabel aurait juré voir ses cils trembler, comme si la musique la touchait en retour. L’air entre elles semblait chargé, lourd, comme si la salle elle-même retenait son souffle.
— Tu joues toujours comme ça ? — La voix d’Isabel, basse et rauque, brisa le silence avant qu’elle ne puisse se retenir. Elle n’avait pas prévu de parler. Pas encore.
Clara ne sursauta pas. Ses doigts continuèrent à glisser sur les touches, mais un sourire presque imperceptible apparut au coin de ses lèvres. C’était le genre de sourire qui ne promettait rien, mais suggérait tout.
— Comme ça, comment ? — demanda-t-elle sans se retourner.
Isabel fit un pas en avant, sortant de la pénombre. La lumière des bougies éclaira son visage anguleux, ses yeux verts—presque ambrés sous cette lumière—et ses lèvres pleines, peintes d’un rouge sombre qui s’accordait avec le vin dans son verre.
— Comme si tu faisais l’amour au piano.
Clara rit, un son doux qui se mêla à la musique. Ses épaules se détendirent, comme si la tension précédente n’avait été qu’un jeu.
— Peut-être que c’est le cas.
Isabel sentit la chaleur monter dans son cou. Elle n’était pas du genre à s’intimider, mais il y avait quelque chose chez Clara—quelque chose qui lui donnait envie de s’approcher, de toucher, de découvrir si sa peau était aussi douce qu’elle en avait l’air. Elle fit un autre pas, jusqu’à ce que l’odeur de jasmin et de sueur légère de Clara l’enveloppe.
— Et si je te disais que je veux faire l’amour avec toi ?
La question resta suspendue dans l’air, crue, directe. Clara cessa de jouer. Pendant une seconde, le silence fut absolu, jusqu’à ce que le bruit d’une vague se brisant au-dehors le comble. Elle se tourna sur le banc du piano, ses yeux marron rencontrant ceux d’Isabel pour la première fois. Il n’y avait aucune surprise en eux, seulement une curiosité calculée.
— Je dirais que tu es très audacieuse pour quelqu’un qui vient de me rencontrer.
Isabel sourit, se penchant légèrement, comme pour partager un secret.
— Je ne suis pas du genre à perdre mon temps.
Clara soutint son regard. Il y avait quelque chose de prédateur dans la manière dont Isabel l’observait, comme si elle savait déjà exactement ce qu’elle voulait—et comment elle le voulait. Mais Clara n’était pas une proie facile. Elle se leva lentement, la robe de soie chuchotant contre ses cuisses, et tendit la main.
— Alors prouve-le.
Isabel n’hésita pas. Ses doigts s’entrelacèrent à ceux de Clara, et le contact fut électrique—comme si un courant passait entre elles, réveillant quelque chose qu’aucune des deux ne savait endormi. Le vin dans le verre d’Isabel trembla, mais elle s’en moquait. Ses yeux étaient fixés sur ceux de Clara, et à cet instant, le monde autour d’elles cessa d’exister.
— Après le spectacle — murmura Isabel, la voix rauque de désir. — Retrouve-moi au bar.
Clara sourit, un sourire lent et dangereux.
— Je vais y réfléchir.
Et sur ces mots, elle s’éloigna, laissant Isabel avec la sensation d’avoir été défiée—et que, d’une certaine manière, elle était déjà en train de perdre.
La dernière note du piano résonna dans la salle comme un soupir prolongé, se dissolvant dans l’air chargé de parfum de jasmin et de whisky vieilli. Clara resta immobile un instant, les doigts encore suspendus au-dessus des touches, comme si elle hésitait à abandonner la musique qui venait de naître entre elles. Le public éclata en applaudissements, mais elle les entendit à peine. Son corps vibrait encore de la résonance des cordes, chaque terminaison nerveuse éveillée, comme si la mélodie avait laissé des marques invisibles sous sa peau.
C’est alors qu’elle la vit.
Isabel était appuyée contre le comptoir du bar, un verre de cristal entre les doigts, les yeux sombres fixés sur elle avec une intensité qui fit sentir à Clara le poids de ce regard comme une caresse physique. Ce n’était pas la première fois que quelqu’un l’observait ainsi—avec admiration, avec faim—, mais il y avait quelque chose de différent dans la manière dont Isabel la dévisageait. Ce n’était pas seulement du désir. C’était de la reconnaissance. Comme si elle savait déjà exactement ce que Clara cachait derrière sa posture élégante, ses doigts habiles, ce masque de sérénité qu’elle portait comme une armure.
Clara se leva, lissant la robe de soie noire qui moulait son corps comme une seconde peau. Le tissu chuchota contre ses cuisses, un son presque imperceptible, mais qui sembla résonner dans le silence qui s’installa entre elles. Elle marcha jusqu’au bar, chaque pas calculé, consciente qu’Isabel ne détournait pas les yeux une seule seconde. Quand elle s’arrêta devant elle, l’odeur de peinture à l’huile et quelque chose de plus—quelque chose de chaud et boisé, comme du santal—envahit ses sens.
— Tu joues comme si tu faisais l’amour au piano — dit Isabel, la voix basse, presque rauque. Ce n’était pas un compliment vide. Il y avait une vérité là, une sincérité crue qui fit monter une chaleur dans le cou de Clara. — Chaque note est un soupir.
Clara arqua un sourcil, mais ne put retenir le sourire qui se forma sur ses lèvres.
— Et toi, tu observes comme si tu voulais dévorer toute la scène.
Isabel ne nia pas. Au lieu de cela, elle leva son verre en un toast silencieux, les lèvres se courbant en un sourire lent et dangereux.
— Peut-être que je le veux.
Le barman s’approcha, interrompant le moment avec une question polie, mais Clara l’entendit à peine. Son attention était entièrement focalisée sur Isabel, sur la manière dont ses longs doigts enserraient le cristal, sur l’ombre que le décolleté de son chemisier bleu marine projetait sur sa clavicule. Elle commanda un vin rouge—quelque chose de corsé, aux notes de fruits sombres et d’épices—, et quand le verre arriva, Isabel le poussa doucement vers elle.
— Goûte.
Clara hésita une seconde, mais accepta. La première gorgée fut une explosion de saveurs : des tanins veloutés, une touche de vanille, la chaleur de l’alcool glissant dans sa gorge. Elle ferma les yeux un instant, s’autorisant à savourer non seulement le vin, mais aussi la tension qui grandissait entre elles, dense comme l’air avant un orage.
— Bon ? — demanda Isabel, la voix murmurée.
— Parfait — répondit Clara en ouvrant les yeux. — Mais je pense que tu le savais déjà.
Isabel rit, un son bas et guttural qui fit se pencher Clara un peu plus près, comme tirée par un fil invisible.
— J’aime les choses qui valent la peine d’être appréciées lentement.
— Et moi, j’aime les gens qui savent ce qu’ils veulent.
Les yeux d’Isabel s’assombrirent, et pendant un instant, Clara crut y voir passer quelque chose de sauvage—quelque chose qui fit accélérer son pouls. Puis Isabel tendit la main, ses doigts effleurant légèrement le dos de la main de Clara avant de s’éloigner, comme si elle testait le terrain.
— Tu es toujours comme ça ? — demanda Isabel en inclinant la tête. — Ou seulement avec moi ?
Clara ne répondit pas immédiatement. Au lieu de cela, elle porta à nouveau le verre à ses lèvres, laissant le vin lui donner du courage. Quand elle parla, sa voix était douce, mais ferme.
— Ça dépend. Toi, tu es toujours comme ça ?
Isabel sourit, un sourire qui promettait péché et plaisir à parts égales.
— Seulement quand ça en vaut la peine.
Le silence qui suivit fut chargé, rempli seulement par le tintement lointain des verres et le murmure étouffé des conversations autour d’elles. Clara sentit le poids du regard d’Isabel sur elle, comme si chaque centimètre de sa peau était cartographié, mémorisé. Puis, sans prévenir, Isabel se pencha en avant, ses lèvres frôlant presque l’oreille de Clara lorsqu’elle parla :
— Tu sais que je pourrais t’embrasser maintenant, n’est-ce pas ?
Le souffle chaud d’Isabel fit frissonner Clara. Elle ne s’écarta pas. Au lieu de cela, elle tourna légèrement le visage, juste assez pour que leurs lèvres se frôlent presque, le vin encore sucré dans sa bouche.
— Et tu sais que je te laisserais faire.
Pendant une seconde, le monde sembla s’arrêter. Isabel respira profondément, comme si elle se contrôlait, puis recula juste assez pour que Clara puisse voir le désir brûler dans ses yeux.
— Après le spectacle — répéta Isabel, la voix rauque. — Retrouve-moi au bar.
Clara ne répondit pas. Au lieu de cela, elle porta à nouveau le verre à ses lèvres, laissant le vin lui donner le courage dont elle avait besoin. Quand elle eut fini, elle posa le cristal sur le comptoir avec un clic doux et s’éloigna, ses talons hauts résonnant sur le parquet.
Mais elle ne partit pas.
Elle resta là, assez près pour sentir la chaleur du corps d’Isabel, assez près pour que, lorsque leurs bras se frôlèrent accidentellement, une décharge électrique parcoure son échine. Isabel ne bougea pas. Elle se contenta d’observer, les yeux sombres suivant chaque mouvement de Clara, comme si elle décidait exactement par où commencer.
— Tu es dangereuse — murmura Clara sans la regarder.
— Et tu aimes ça.
Ce n’était pas une question.
Clara ne nia pas.
Elles restèrent ainsi quelques minutes de plus, partageant le même espace, le même air, la même tension qui grandissait à chaque seconde. Puis Isabel s’approcha à nouveau, cette fois avec une lenteur délibérée, comme si elle donnait à Clara le temps de reculer. Mais Clara ne recula pas. Quand les doigts d’Isabel effleurèrent les siens, ce fut comme si une étincelle s’allumait, répandant du feu dans ses veines.
— Tu sens ça ? — demanda Isabel, la voix à peine plus qu’un murmure.
Clara n’eut pas besoin de répondre. Son corps l’avait déjà fait pour elle.
Et puis, sans prévenir, Isabel lui prit la main, ses doigts s’entrelaçant aux siens avec une fermeté qui n’admettait aucun refus. Clara ne résista pas. Au lieu de cela, elle se laissa tirer plus près, jusqu’à ce que leurs corps soient presque en contact, jusqu’à ce qu’elle puisse sentir la chaleur de la peau d’Isabel à travers le tissu fin de leurs vêtements.
— Je veux te montrer quelque chose — murmura Isabel, ses lèvres si près de l’oreille de Clara que cette dernière sentit l’air chaud contre sa peau.
— Quoi ?
Isabel sourit, un sourire lent et plein de promesses.
— Mon art.
Clara aurait dû dire non. Elle aurait dû s’écarter, respirer profondément, reprendre le contrôle. Mais le vin, l’odeur d’Isabel, le contact de ses doigts—tout conspirait contre elle. Au lieu de cela, elle se contenta d’acquiescer, ses lèvres se courbant en un sourire qui ne laissait aucun doute sur ce qu’elle voulait vraiment.
— J’ai hâte de voir.
La galerie était un espace de lumières diffuses et de murs blancs, où le silence semblait respirer entre les œuvres. Isabel guida Clara parmi les sculptures de bronze et les toiles abstraites, leurs pas résonnant légèrement sur le sol de marbre. L’air sentait la peinture fraîche et le bois verni, un parfum qui se mêlait à l’arôme subtil du parfum d’Isabel—quelque chose de citronné, avec une touche d’épices qui donnait à Clara envie de se pencher plus près juste pour le sentir.
— Ici — dit Isabel en s’arrêtant devant une série de tableaux aux tons de rouge et d’or. — Ce sont mes préférés.
Clara s’approcha, ses yeux parcourant les coups de pinceau audacieux, les formes qui semblaient danser entre le figuratif et l’abstrait. L’une des toiles représentait une femme de dos, la courbe de la colonne vertébrale dessinée par des traits qui suggéraient à la fois force et vulnérabilité. La texture de la peinture était presque tactile, comme si l’on pouvait sentir le relief des coups de pinceau sous les doigts.
— Tu peins comme si tu touchais — murmura Clara sans quitter la toile des yeux.
Isabel sourit, un sourire lent qui fit se contracter l’estomac de Clara.
— Peut-être parce que c’est exactement ce que je fais.
Clara se tourna vers elle, surprise. Isabel était plus près qu’elle ne l’avait imaginé, assez près pour voir les petites taches de rousseur sur son nez, les iris sombres où des reflets dorés brillaient sous la lumière indirecte. L’artiste leva la main, hésitante, et effleura la joue de Clara du bout des doigts, comme pour tester la douceur de sa peau.
— Tu as la même texture que mes toiles — murmura Isabel. — Douce, mais avec des couches.
Clara retint son souffle. Le contact était léger, presque imperceptible, mais brûlait comme une marque. Elle ne s’écarta pas. Au lieu de cela, elle inclina le visage, cherchant plus de contact, et Isabel ne la déçut pas. Ses doigts glissèrent vers la nuque de Clara, l’attirant avec une fermeté qui ne laissait place à aucun doute.
— Tu sens ça ? — demanda Isabel, la voix rauque.
Clara sentit. Elle sentit la chaleur monter dans son cou, le picotement sur ses lèvres, le désir palpiter entre ses jambes. Mais avant qu’elle ne puisse répondre, Isabel l’attira dans un baiser.
Ce ne fut pas un baiser doux. Il fut vorace, comme si toutes deux avaient attendu cela depuis le premier regard au bar. La langue d’Isabel explora la bouche de Clara avec une urgence qui la fit gémir doucement, ses mains agrippant les épaules de l’artiste comme si elle allait tomber. Quand elles se séparèrent, haletantes, Isabel ne la lâcha pas. Au lieu de cela, elle la guida en arrière, jusqu’à ce que le dos de Clara rencontre le mur froid de la galerie.
— Je veux te montrer autre chose — murmura Isabel, ses lèvres effleurant la mâchoire de Clara.
— Quoi ? — parvint à demander Clara, bien que sa voix semblât lointaine, comme appartenant à une autre.
Isabel ne répondit pas avec des mots. Au lieu de cela, elle prit la main de Clara et la porta jusqu’à une sculpture de marbre exposée sur un piédestal bas. La pièce représentait deux figures entrelacées, les courbes fluides, les corps fondus en une étreinte qui semblait vivante.
— Touche — ordonna Isabel en pressant les doigts de Clara contre la pierre froide.
Clara obéit, passant le bout de ses doigts sur les surfaces lisses et les rainures profondes, sentant le froid du marbre contraster avec la chaleur qui irradiait de son propre corps. Isabel observait chaque mouvement, les yeux sombres fixés sur les mains de Clara comme si elle pouvait voir à travers elles.
— Maintenant, touche-moi — dit Isabel en prenant la main de Clara et en la portant jusqu’à sa propre hanche.
Clara hésita une seconde, mais la curiosité était plus forte. Ses doigts glissèrent sous le tissu du chemisier d’Isabel, rencontrant la peau chaude et douce, les muscles fermes sous la surface. Isabel gémit doucement, un son qui fit serrer les doigts de Clara sans qu’elle s’en rende compte.
— Comme ça — murmura Isabel en guidant la main de Clara vers le haut, jusqu’à ce que ses doigts effleurent le côté de son sein. — Comme tu le ferais s’il n’y avait personne ici.
Clara déglutit. La galerie était vide, mais l’idée d’être surprises, que quelqu’un entre et les voie ainsi, envoya une vague d’excitation dans tout son corps. Elle serra le sein d’Isabel, sentant le mamelon durcir sous le tissu fin du soutien-gorge, et Isabel arqua le dos, se pressant contre sa main.
— Putain — murmura Isabel en mordillant la lèvre inférieure de Clara.
Clara ne pouvait plus penser. Chaque contact, chaque respiration, chaque son qui s’échappait de la gorge d’Isabel la rendait plus humide, plus désespérée. Elle en voulait plus. Elle voulait sentir Isabel sans barrières, explorer chaque centimètre de ce corps comme s’il s’agissait d’une de ses toiles.
Isabel semblait lire dans ses pensées. D’un mouvement rapide, elle remonta le chemisier de Clara, exposant la peau pâle de son abdomen. Ses doigts y tracèrent des cercles paresseux, faisant frissonner Clara.
— Tu es magnifique — murmura Isabel, ses lèvres suivant le même chemin que ses doigts, embrassant la peau sensible juste sous le nombril.
Clara ferma les yeux, ses doigts s’enroulant dans les cheveux d’Isabel. Elle pouvait sentir le souffle chaud contre sa peau, la langue humide traçant des lignes invisibles qui la faisaient trembler. Quand Isabel descendit encore, ses dents effleurant la ceinture du pantalon de Clara, cette dernière laissa échapper un gémissement bas, ses jambes flageolant.
— Isabel… — murmura-t-elle, ne sachant si c’était une prière ou un avertissement.
Isabel leva les yeux, ses lèvres brillantes, ses yeux sombres pleins de promesses.
— Je sais — dit-elle, la voix rauque. — Moi aussi, je veux.
Et puis, sans prévenir, Isabel se leva, prit la main de Clara et l’entraîna loin des sculptures, loin des toiles, vers une porte discrète au fond de la galerie. Clara la suivit, le cœur battant si fort qu’elle pouvait l’entendre dans ses oreilles.
La porte s’ouvrit sur un petit atelier, rempli de chevalets, de peintures et de pinceaux éparpillés. Au centre, une table de travail recouverte d’un drap blanc taché de peinture. Isabel n’hésita pas. Elle poussa Clara contre la table, les mains fermes sur ses hanches, et l’embrassa à nouveau, avec une faim qui laissait entendre qu’il n’y aurait pas de retour en arrière.
— Je te veux — murmura Isabel contre les lèvres de Clara. — Ici. Maintenant.
Clara ne répondit pas. Au lieu de cela, elle attira Isabel plus près, ses mains glissant sous le chemisier de l’artiste, sentant la peau chaude, les muscles tendus. Isabel gémit contre sa bouche, ses doigts s’activant sur le bouton du pantalon de Clara avec une urgence qui rendait tout plus intense.
Et puis, quand le pantalon tomba aux pieds de Clara, Isabel s’arrêta. Ses yeux parcoururent le corps exposé, la culotte en dentelle noire, les cuisses pâles qui tremblaient légèrement. Avec un sourire lent, elle s’agenou, ses doigts s’accrochant à l’élastique de la culotte.
— Laisse-moi te montrer comment mon art est vraiment — murmura Isabel avant de tirer le tissu vers le bas.
Clara n’eut pas le temps de répondre. Les lèvres d’Isabel étaient déjà sur elle, sa langue explorant avec une précision qui la fit arquer le dos, ses mains s’agrippant au bord de la table. Chaque mouvement était calculé, chaque contact une promesse de plaisir qui s’accumulait en vagues de plus en plus intenses.
Et quand Clara pensa qu’elle ne pourrait plus tenir, Isabel s’arrêta. Elle se releva lentement, les lèvres brillantes, les yeux sombres fixés sur les siens.
— Pas encore — murmura-t-elle, la voix rauque. — Je veux que tu me sentes entièrement.
Clara n’eut pas besoin de demander ce que cela signifiait. Isabel l’entraînait déjà loin de la table, vers une porte au fond de l’atelier. Une porte qui, Clara le savait, menait à quelque chose de bien plus intime.
Et elle avait hâte.
La porte s’ouvrit avec un clic doux, révélant une chambre baignée par la lumière ambrée d’une lampe en cristal. L’air était chargé du parfum d’Isabel—un mélange de peinture à l’huile, de jasmin et de quelque chose de plus primitif, comme l’odeur de la peau chauffée par le désir. Clara sentit son cœur battre contre ses côtes tandis que ses yeux parcouraient l’espace : des murs d’un ton profond de bordeaux, des rideaux de soie noire qui filtraient la lumière de la lune, et, au centre, un grand lit recouvert de draps qui brillaient comme de l’eau sous la lumière tamisée.
Isabel ne dit rien. Elle se contenta de serrer la main de Clara avec plus de fermeté, l’attirant dans la chambre comme si elle la conduisait vers un territoire déjà connu. Le contact était chaud, les doigts entrelacés avec une intimité qui faisait sentir à Clara que chaque centimètre de sa peau était sur le point de s’enflammer. Quand elles atteignirent le bord du lit, Isabel s’arrêta, se tournant vers elle avec un sourire lent, les lèvres encore humides du goût de Clara.
— Tu as idée de ce que tu me fais ? — demanda-t-elle, la voix basse, presque un murmure. Les doigts d’Isabel glissèrent le long du bras de Clara, traçant un chemin de feu jusqu’à son épaule, où ils s’enroulèrent dans le tissu fin de sa robe. — Depuis la première note que tu as jouée, j’ai su que je voulais ça. Que je te voulais *toi*.
Clara ne répondit pas avec des mots. Au lieu de cela, elle leva la main et prit le visage d’Isabel, ses pouces caressant les pommettes saillantes, les lèvres entrouvertes en une invitation silencieuse. Isabel n’hésita pas. Elle se pencha et captura la bouche de Clara dans un baiser profond, lent, comme si elle avait tout le temps du monde pour l’explorer. La langue d’Isabel était chaude, insistante, dansant avec celle de Clara dans un rythme qui faisait flageoler ses genoux. Les mains d’Isabel glissèrent le long du dos de Clara, l’attirant plus près, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’espace entre elles, jusqu’à ce que Clara puisse sentir chaque courbe du corps d’Isabel pressée contre le sien.
— Moi aussi — murmura Clara contre les lèvres d’Isabel, les mots sortant entre les baisers. — Moi aussi, je te voulais.
Isabel rit doucement, un son rauque et satisfait, avant de pousser Clara doucement en arrière, la faisant tomber sur les draps de soie. Le tissu était frais contre la peau échauffée de Clara, une sensation délicieusement contrastante qui la fit arquer le dos, ses doigts s’agrippant aux draps comme pour chercher un ancrage. Isabel s’installa au-dessus d’elle, les genoux de chaque côté des hanches de Clara, les yeux sombres fixés sur les siens tandis qu’elle déboutonnait lentement la robe.
— Tu es magnifique — murmura Isabel, ses doigts traçant le contour des seins de Clara dès que le tissu s’ouvrit. — Chaque centimètre de toi.
Clara frissonna lorsque les lèvres d’Isabel remplacèrent ses doigts, embrassant la peau exposée avec une révérence qui la fit gémir. La bouche d’Isabel était chaude, humide, et quand ses dents effleurèrent légèrement le mamelon de Clara, elle ne put retenir un halètement, ses ongles s’enfonçant dans les épaules d’Isabel. Isabel gémit en réponse, le son vibrant contre la peau de Clara, avant de descendre encore, ses lèvres laissant une traînée de feu sur son ventre, son nombril, jusqu’à atteindre le bord de sa culotte.
— Isabel… — murmura Clara, son nom sortant comme une supplication.
Isabel leva les yeux, ses lèvres se courbant en un sourire pervers.
— Chut — murmura-t-elle, ses doigts s’accrochant à la dentelle noire. — Laisse-moi m’occuper de toi.
Et puis, d’un mouvement lent et délibéré, Isabel fit glisser la culotte vers le bas, exposant Clara entièrement. L’air frais de la chambre effleura sa peau humide, la faisant frissonner, mais avant qu’elle ne puisse ressentir la moindre gêne, les lèvres d’Isabel étaient de nouveau sur elle, sa langue explorant avec une précision qui la fit arquer le dos, ses mains s’agrippant aux draps avec force.
— *Putain* — gémit Clara, le mot sortant entrecoupé tandis qu’Isabel l’emmenait de plus en plus haut, chaque mouvement de sa langue une promesse de plaisir qui s’accumulait en vagues intenses. Les doigts d’Isabel se joignirent à sa bouche, deux d’entre eux glissant en elle avec une facilité qui la fit crier, son corps se contractant autour d’eux.
— C’est ça, mon amour — murmura Isabel, ses lèvres toujours contre la peau de Clara. — Jouis pour moi.
Clara n’eut pas le choix. Le plaisir la frappa comme une vague, forte et implacable, faisant trembler son corps tandis qu’elle criait le nom d’Isabel, ses ongles s’enfonçant dans les draps. Isabel ne s’arrêta pas, pas avant que Clara soit complètement épuisée, le corps mou et rassasié, les yeux mi-clos tandis qu’elle tentait de reprendre son souffle.
— Tu es incroyable — murmura Isabel en remontant le long du corps de Clara pour capturer ses lèvres dans un baiser lent et profond, partageant le goût de Clara comme s’il s’agissait du plus doux des vins. — Mais je n’ai pas fini avec toi.
Clara sourit, ses doigts glissant dans les cheveux d’Isabel, l’attirant plus près.
— Moi non plus.
Isabel rit doucement, ses lèvres effleurant le cou de Clara avant de s’écarter juste assez pour retirer ses propres vêtements. Clara l’observa, fascinée, tandis qu’Isabel se déshabillait avec une lenteur délibérée, révélant un corps sculpté par des années de travail manuel—des muscles définis, des courbes douces, une peau marquée par de petites cicatrices et des taches de peinture qui racontaient des histoires que Clara avait hâte de découvrir. Quand Isabel fut enfin nue, Clara tendit la main, ses doigts traçant le contour de ses seins, de son ventre, jusqu’à atteindre sa hanche.
— Allonge-toi — murmura Clara, la voix rauque de désir.
Isabel obéit, s’allongeant à côté de Clara, leurs corps s’emboîtant comme les pièces d’un puzzle. Clara ne perdit pas de temps. Elle se pencha sur Isabel, capturant ses lèvres dans un baiser affamé tandis que ses mains exploraient chaque centimètre de son corps. Les mamelons d’Isabel étaient durs sous ses doigts, sa peau si sensible qu’elle gémit quand Clara les pinça légèrement. Clara descendit encore, ses lèvres suivant le même chemin que ses mains avaient tracé, jusqu’à atteindre son nombril, où sa langue joua avant de continuer plus bas.
— Clara… — gémit Isabel, son nom sortant comme une supplication quand les lèvres de Clara trouvèrent enfin son centre. Isabel était humide, chaude, et Clara ne perdit pas de temps à l’explorer avec la même dévotion qu’Isabel lui avait montrée. La langue de Clara était implacable, ses doigts glissant en elle tandis que ses lèvres suçaient avec une intensité qui faisait arquer le dos d’Isabel, ses mains s’agrippant aux draps avec force.
— *Putain, Clara* — cria Isabel, son corps tremblant tandis que le plaisir la consumait. Clara ne s’arrêta pas, pas avant qu’Isabel soit complètement épuisée, le corps mou et rassasié, les yeux fermés tandis qu’elle tentait de reprendre son souffle.
— Tu… — murmura Isabel en attirant Clara vers le haut, ses lèvres trouvant les siennes dans un baiser lent et profond. — Tu es une déesse.
Clara rit doucement, ses doigts traçant des cercles paresseux sur la hanche d’Isabel.
— Et toi, tu es insatiable.
Isabel sourit, ses yeux sombres brillant d’une promesse.
— On n’a pas encore fini.
Et puis, d’un mouvement rapide, Isabel retourna Clara sur le dos, s’installant au-dessus d’elle avec un sourire pervers.
— Maintenant, c’est à mon tour de te montrer comment on fait.
Clara n’eut pas le temps de répondre. Les lèvres d’Isabel étaient déjà sur son cou, ses dents effleurant légèrement la peau sensible, tandis que ses mains exploraient chaque centimètre de son corps. Clara arqua le dos, ses gémissements s’échappant sans contrôle tandis qu’Isabel l’emmenait de plus en plus haut, chaque contact une promesse de plaisir qui s’accumulait en vagues intenses.
Et quand Clara pensa qu’elle ne pourrait plus tenir, Isabel s’arrêta. Elle se releva lentement, les yeux fixés sur les siens, les lèvres brillantes.
— Pas encore — murmura-t-elle, la voix rauque. — Je veux que tu me sentes entièrement.
Clara savait exactement ce qu’Isabel voulait dire. Et elle avait hâte.
Isabel n’eut pas besoin d’en dire plus. Clara sentait déjà tout son corps vibrer, chaque nerf à fleur de peau, comme si même l’air entre elles était chargé d’électricité. La pianiste se redressa sur les coudes, ses seins lourds frôlant les draps de soie tandis qu’Isabel se positionnait entre ses jambes, ses doigts glissant avec une lenteur torturante à l’intérieur de ses cuisses. Le contact était léger, presque imperceptible, mais suffisant pour faire arquer le dos de Clara et lui arracher un gémissement entrecoupé.
— *S’il te plaît* — murmura-t-elle, la voix rauque, les yeux mi-clos fixés sur Isabel.
Isabel sourit, ses lèvres humides se courbant en une expression de pure malice. Sans se presser, elle se pencha en avant, ses cheveux sombres tombant comme un rideau sur les épaules de Clara, et l’embrassa avec une intensité qui lui coupa le souffle. La langue d’Isabel explorait sa bouche avec une précision envoûtante, tandis que ses mains glissaient le long des flancs de Clara, la serrant fermement avant de descendre jusqu’à ses hanches.
Clara gémit contre la bouche d’Isabel, ses doigts s’agrippant aux draps, ses ongles s’enfonçant dans le tissu soyeux. Elle sentait tout son corps brûler, chaque contact, chaque respiration accélérée d’Isabel multipliant la tension en elle. Quand Isabel écarta enfin ses lèvres, laissant une traînée de baisers humides sur son menton et son cou, la pianiste pouvait à peine respirer.
— Tu es magnifique comme ça — murmura Isabel, la voix grave, ses dents effleurant le lobe de l’oreille de Clara. — Hors de contrôle. À moi.
Clara ne répondit pas. Elle en était incapable. Les mots se perdirent dans un long gémissement quand Isabel descendit encore, ses lèvres se posant sur ses seins, sa langue tournant autour des mamelons durcis avant de les sucer avec une pression qui fit se tordre Clara. Les doigts d’Isabel ne s’arrêtaient pas, glissant entre ses jambes, l’explorant avec une intimité qui la faisait trembler.
— *Isabel* — haleta Clara, ses hanches bougeant instinctivement contre la main d’Isabel. — *Je n’en peux plus…*
Isabel rit doucement, son souffle chaud contre la peau humide de Clara.
— Si, tu peux. — Ses doigts bougèrent plus vite, plus profondément, tandis qu’Isabel mordillait légèrement le mamelon de Clara. — Je veux te voir jouir pour moi.
Clara ferma les yeux, tout son corps tendu comme une corde sur le point de se rompre. Chaque mouvement d’Isabel était calculé pour la pousser à la limite, chaque contact une promesse de plaisir qui s’accumulait dans son ventre, une pression insupportable et délicieuse. Quand Isabel remplaça enfin ses doigts par sa bouche, sa langue chaude et agile trouvant le point le plus sensible de Clara, elle ne put se retenir.
— *Oh, mon Dieu*— cria-t-elle, ses doigts s’enroulant dans les cheveux d’Isabel, la tirant avec force tandis que l’orgasme la traversait en vagues violentes. Tout son corps se convulsa, ses muscles se contractant en spasmes qui semblaient ne jamais vouloir s’arrêter, tandis qu’Isabel la maintenait fermement, prolongeant chaque seconde de plaisir avec sa bouche et ses doigts.
Quand Clara s’effondra enfin sur les draps, haletante et en sueur, Isabel se redressa au-dessus d’elle, les lèvres brillantes, les yeux sombres emplis de satisfaction. Elle l’embrassa lentement, laissant Clara goûter son propre plaisir sur sa bouche, puis s’allongea à ses côtés, l’attirant contre elle.
Clara se blottit contre Isabel, son corps tremblant encore légèrement, ses doigts traçant des motifs paresseux sur la peau humide de l’autre. Pendant un moment, seul le son de leurs respirations haletantes emplit la chambre, l’odeur du sexe et de la sueur se mêlant à l’arôme de la mer qui entrait par la fenêtre entrouverte.
— Tu es incroyable — murmura Isabel, la voix rauque, ses lèvres effleurant la tempe de Clara.
Clara rit doucement, se tournant pour lui faire face.
— C’est toi qui l’es. — Ses doigts glissèrent le long du bras d’Isabel, sentant les muscles tendus sous sa peau. — Mais ce n’est pas fini, n’est-ce pas ?
Isabel sourit, ses yeux sombres brillant d’une promesse.
— Loin de là.
Avant que Clara ne puisse répondre, Isabel la fit rouler sur le ventre, la tirant vers le haut jusqu’à ce qu’elle soit à quatre pattes, les draps de soie glissant sous son corps. Clara sentit les mains d’Isabel sur ses hanches, ses doigts serrant avec force tandis qu’Isabel se positionnait derrière elle. Un gémissement lui échappa quand elle sentit Isabel entrer en elle lentement, la remplissant avec une intensité qui la fit arquer le dos.
— *Isabel*— haleta-t-elle, ses doigts s’enfonçant dans les draps.
— Chut — murmura Isabel, la voix rauque, ses hanches commençant à bouger dans un rythme lent et profond. — Contente-toi de sentir.
Et Clara sentit. Chaque coup de reins était une vague de plaisir qui la traversait, chaque mouvement d’Isabel faisant trembler tout son corps. Les mains d’Isabel glissèrent le long de son dos, serrant ses seins, ses doigts jouant avec ses mamelons tandis que ses hanches claquaient contre les siennes avec une force qui faisait grincer le lit.
Clara ne pouvait plus penser. Elle ne pouvait plus rien faire d’autre que s’abandonner au rythme implacable d’Isabel, ses gémissements s’échappant de ses lèvres sans contrôle tandis que le plaisir s’accumulait à nouveau en elle. Elle sentait Isabel en chaque partie d’elle-même, le corps de l’autre femme dominant le sien, l’emmenant de plus en plus haut.
— *Je vais*— parvint à dire Clara, la voix brisée, ses muscles se contractant autour d’Isabel. — *Je vais jouir encore…*
Isabel gémit, ses mouvements devenant plus rapides, plus urgents.
— Jouis pour moi — ordonna-t-elle, la voix rauque. — Jouis avec moi.
Et Clara obéit. L’orgasme la frappa comme une tempête, tout son corps se contractant en spasmes violents tandis qu’Isabel la suivait, ses hanches claquant contre les siennes une dernière fois avant de s’effondrer sur son corps, leurs deux corps en sueur et haletants entrelacés dans les draps.
Pendant un long moment, il n’y eut rien d’autre que le son de leurs respirations entrecoupées et le cœur de Clara battant fort dans sa poitrine. Isabel s’appuya sur les coudes, embrassant doucement l’épaule de Clara avant de s’allonger à ses côtés, l’attirant contre elle.
Clara se blottit contre elle, les yeux lourds de satisfaction, son corps tremblant encore légèrement. Isabel caressa ses cheveux, ses doigts glissant sur sa peau humide, et embrassa son front.
— Tu es parfaite — murmura Isabel, la voix douce.
Clara sourit, ses lèvres effleurant le cou d’Isabel.
— Et toi, tu es insatiable.
Isabel rit doucement, ses doigts glissant le long de la courbe de la taille de Clara.
— Seulement avec toi.
Le silence revint remplir la chambre, mais ce n’était pas un silence vide. Il était plein de promesses, de regards complices et de caresses encore à venir. Clara ferma les yeux, sentant son corps se détendre contre celui d’Isabel, mais elle savait que cette nuit était loin d’être terminée.
Et quand Isabel se pencha pour l’embrasser à nouveau, Clara sut que l’aube apporterait bien plus que le début de quelque chose de profond.
Elle apporterait la certitude que, entre draps de soie et soupirs, elles avaient trouvé quelque chose qu’aucune des deux n’était prête à laisser s’échapper.
La première lueur du matin filtrait à travers les rideaux de lin écru, dessinant des rayures dorées sur les draps de soie encore froissés par le poids de leurs corps entrelacés. Clara se réveilla lentement, comme si elle émergeait d’un rêve trop profond pour être réel, mais la chaleur d’Isabel contre son dos, le poids de son bras enroulé autour de sa taille, l’odeur du sexe et de la sueur mêlée au parfum citronné de sa peau—tout cela était tangible, indéniable. Elle cligna des yeux, sentant ses cils effleurer l’oreiller, et un sourire lent se forma sur ses lèvres.
Isabel dormait encore, le visage enfoui dans le creux du cou de Clara, sa respiration chaude et régulière contre sa peau. Un filet de bave coulait sur son épaule, et Clara, au lieu de s’en offusquer, trouva cela absurdement intime. *Elle a bavé sur moi*, pensa-t-elle, et cette idée la fit rire doucement, un son étouffé qui vibra dans sa poitrine. Isabel remua, murmurant quelque chose d’inintelligible, et resserra son étreinte, attirant Clara plus près, comme si elle craignait qu’elle ne disparaisse avec la lumière du jour.
— Tu es réveillée — murmura Isabel, la voix rauque de sommeil, ses lèvres effleurant l’oreille de Clara.
— Et toi, tu es collante — répondit Clara en se tournant lentement pour lui faire face.
Les yeux d’Isabel étaient mi-clos, ses pupilles encore dilatées par la pénombre de la chambre, mais il y avait quelque chose de nouveau en eux : une douceur, une vulnérabilité que Clara n’avait pas vue la veille. Ou peut-être l’avait-elle vue, mais maintenant, sous la lumière crue du matin, cela la frappait avec plus de force. Isabel leva la main et écarta une mèche de cheveux du visage de Clara, ses doigts s’attardant sur sa tempe, comme pour mémoriser la texture de sa peau.
— Je ne voulais pas me réveiller — admit Isabel, la voix basse. — J’avais peur que ce soit un rêve.
Clara sourit, se penchant pour embrasser le coin de sa bouche, sentant le goût salé de la sueur séchée.
— Et maintenant ?
— Maintenant, j’ai peur que tu t’en ailles.
Le cœur de Clara fit un bond. Elle ne s’attendait pas à cette honnêteté, pas si tôt, pas après une seule nuit. Mais elle était là, suspendue entre elles comme une invitation—ou peut-être une supplication. Isabel n’était pas du genre à demander, Clara l’avait déjà compris. Elle prenait, exigeait, séduisait. Mais à cet instant, avec la lumière du matin révélant chaque ombre sous ses yeux, chaque ligne d’expression que la nuit avait adoucie, elle semblait petite. Fragile, même.
— Je ne vais nulle part — murmura Clara, passant ses doigts le long de la mâchoire d’Isabel. — Pas encore.
Isabel ferma les yeux un instant, comme pour absorber ces mots, et quand elle les rouvrit, le feu était de retour. Elle roula sur Clara, la coinçant entre ses bras, le poids de son corps chaud et ferme contre le sien. Clara gémit doucement, sentant la pression de la cuisse d’Isabel entre les siennes, le drap glissant pour révéler sa peau nue, encore sensible.
— Pas encore — répéta Isabel, la voix rauque. — Ça veut dire que tu vas partir à un moment donné.
— Ce n’est pas ce que je voulais dire.
— Alors qu’est-ce que tu voulais dire ?
Clara hésita. Elle n’était pas douée avec les mots, pas comme Isabel. Son langage, c’était le piano, les touches sous ses doigts, la musique qui coulait sans avoir besoin d’explications. Mais maintenant, avec Isabel la regardant comme si elle pouvait arracher la vérité d’un seul regard, elle sentit le besoin de s’expliquer.
— Je voulais dire que… — Elle s’interrompit, cherchant les mots justes. — Que je ne sais pas ce que c’est. Pas encore. Mais je veux le découvrir.
Isabel étudia son visage pendant un long moment, comme si elle évaluait la sincérité de ces mots. Puis, lentement, elle se pencha et embrassa Clara. Ce ne fut pas un baiser urgent, comme ceux de la veille, mais quelque chose de plus lent, de plus profond, comme si elle voulait goûter chaque centimètre de sa bouche. Clara soupira contre ses lèvres, ses mains glissant le long du dos d’Isabel, sentant sa peau se hérisser sous ses doigts.
— Tu es dangereuse — murmura Isabel contre sa bouche.
— Moi ?
— Tu me donnes envie de choses que je ne devrais pas vouloir.
— Comme quoi ?
Isabel ne répondit pas tout de suite. Au lieu de cela, elle fit glisser sa main le long du corps de Clara, ses doigts traçant un chemin lent depuis son cou jusqu’à sa hanche, comme si elle dessinait une carte de sa peau. Clara arqua légèrement le dos, sentant le contact brûler, même s’il était doux.
— Comme me réveiller à tes côtés tous les matins — murmura enfin Isabel, la voix rauque. — Comme te voir jouer du piano rien que pour moi. Comme t’emmener dans mon lit et ne plus jamais te laisser partir.
Clara retint son souffle. C’était plus qu’elle ne s’y attendait. Plus qu’elle n’osait rêver. Mais en même temps, une partie d’elle se recroquevilla, effrayée par l’intensité de ces mots. Isabel le remarqua, bien sûr. Elle remarquait toujours.
— Qu’est-ce qu’il y a ? — demanda-t-elle, ses doigts s’arrêtant sur le ventre de Clara.
— Rien — mentit Clara.
— Ne me mens pas.
Clara soupira, tournant le visage sur le côté, comme si elle pouvait trouver les mots justes dans le motif des rideaux.
— C’est juste que… — Elle hésita. — Je ne suis pas comme ça. Je ne suis pas du genre à plonger tête la première. J’ai besoin de temps.
Isabel ne dit rien pendant un moment. Puis, d’un mouvement doux, elle s’écarta un peu, laissant à Clara l’espace pour respirer. Mais elle ne la lâcha pas. Au lieu de cela, elle s’appuya sur un coude et la regarda, les yeux sombres et sérieux.
— Je ne te demande pas de plonger — dit Isabel, la voix calme. — Je te demande de ne pas fuir.
Clara croisa son regard, sentant le poids de ces mots. Elle ne savait pas quoi répondre. Elle ne savait pas si elle était capable de promettre une telle chose. Mais en même temps, l’idée de s’éloigner d’Isabel, de ne plus jamais sentir ces mains sur sa peau, ce corps contre le sien, était insupportable.
— Je ne fuirai pas — dit-elle enfin. — Mais ne me mets pas la pression.
Isabel sourit, un sourire lent et satisfait, comme si elle venait de gagner une bataille dont elle ignorait même l’existence.
— Je ne mets jamais la pression — murmura-t-elle en se penchant pour embrasser l’épaule de Clara. — Je… persuade.
Clara rit, la repoussant légèrement.
— Persuader, hein ?
— Oui — confirma Isabel, ses lèvres glissant le long du cou de Clara. — Et je suis très douée pour ça.
Clara gémit quand les dents d’Isabel effleurèrent son mamelon, la sensation envoyant une décharge directement entre ses jambes. Elle arqua le dos, ses mains s’enroulant dans les cheveux d’Isabel, l’attirant plus près.
— Tu es insupportable — murmura-t-elle, mais il n’y avait aucune colère dans sa voix.
Isabel rit, le son vibrant contre la peau de Clara.
— Et tu adores ça.
Clara ne nia pas. Elle ne le pouvait pas. Parce que c’était vrai. Elle adorait la manière dont Isabel la défiait, la manière dont elle la faisait se sentir vivante, désirée, *nécessaire*. Elle adorait la manière dont, même maintenant, avec le soleil du matin illuminant chaque détail de la chambre, Isabel parvenait à lui faire oublier tout—le monde extérieur, ses insécurités, ses doutes. Il n’y avait qu’elles deux, les draps de soie, l’odeur du sexe encore dans l’air, le contact des mains d’Isabel explorant son corps comme si c’était la première fois.
Et peut-être que c’était le cas.
Peut-être que, d’une certaine manière, chaque fois était la première fois. Parce qu’avec Isabel, rien n’était prévisible. Rien n’était sûr. Et Clara, qui avait toujours vécu dans les lignes, dans les notes écrites sur le papier, dans les règles qu’elle s’était elle-même imposées, découvrait qu’elle aimait se perdre.
Isabel fit glisser sa main entre les jambes de Clara, ses doigts la trouvant déjà humide, prête. Clara gémit, ses hanches bougeant instinctivement contre la main d’Isabel.
— Tu vois ? — murmura Isabel, ses lèvres effleurant l’oreille de Clara. — Tu ne veux pas partir.
Clara ne répondit pas. Elle n’en avait pas besoin. Son corps répondait pour elle, chaque frisson, chaque soupir, chaque mouvement de ses hanches contre les doigts d’Isabel. Elle ferma les yeux, se laissant emporter par la sensation, par la manière dont Isabel la connaissait—comme si elle savait déjà exactement ce dont elle avait besoin, avant même que Clara ne le sache.
Et peut-être le savait-elle vraiment.
Parce qu’Isabel n’était pas seulement une artiste. Elle était une observatrice. Une chasseuse. Et Clara, sans s’en rendre compte, était devenue sa proie favorite.
Les doigts d’Isabel bougèrent plus vite, plus profondément, et Clara s’agrippa aux draps, sentant le plaisir grandir en elle, une vague lente et implacable. Isabel observait son visage, les yeux sombres fixés sur les siens, comme si elle voulait mémoriser chaque expression, chaque son qui s’échappait des lèvres de Clara.
— Jouis pour moi — ordonna Isabel, la voix basse et rauque. — Je veux te voir.
Et Clara obéit.
Elle se désagrégea dans les bras d’Isabel, son corps tremblant, ses gémissements résonnant dans la chambre tandis que l’orgasme la traversait comme un courant électrique. Isabel ne s’arrêta pas, pas avant que Clara soit complètement épuisée, ses muscles détendus, sa respiration entrecoupée.
Puis, et seulement alors, Isabel s’allongea à ses côtés, l’attirant contre elle, leurs corps s’emboîtant comme les pièces d’un puzzle.
— Bonjour — murmura Isabel en embrassant la tempe de Clara.
Clara rit, encore haletante.
— Bonjour.
Elles restèrent ainsi, en silence, écoutant le bruit des vagues qui se brisaient au loin, le chant des oiseaux, le murmure lointain de la ville qui s’éveillait. Clara ferma les yeux, sentant le poids du bras d’Isabel sur sa taille, la chaleur de sa peau contre la sienne. C’était étrange comme, en si peu de temps, elle se sentait déjà chez elle ici. Comme si cet endroit, ce moment, était exactement là où elle devait être.
— Qu’est-ce que tu vas faire aujourd’hui ? — demanda Isabel, ses doigts traçant des cercles paresseux sur la hanche de Clara.
Clara réfléchit un instant.
— J’ai une répétition cet après-midi — dit-elle. — Mais avant… — Elle se tourna vers Isabel, un sourire malicieux aux lèvres. — Peut-être qu’on pourrait prendre le petit-déjeuner.
Isabel arqua un sourcil.
— Le petit-déjeuner ?
— Oui — confirma Clara en passant sa main sur la poitrine d’Isabel, sentant son cœur battre fort sous ses doigts. — Et après… eh bien, après, on verra.
Isabel rit, attirant Clara plus près.
— Après, on verra — répéta-t-elle, ses lèvres rencontrant celles de Clara dans un baiser lent et profond.
Et à cet instant, entre draps de soie et soupirs, Clara sut que, peu importait ce que l’avenir leur réservait, elle ne voulait être nulle part ailleurs. Elle ne voulait être avec personne d’autre.
Parce que, pour la première fois de sa vie, elle avait trouvé quelque chose qui valait la peine de prendre des risques. Quelque chose qui valait la peine de perdre le contrôle.
Et Isabel, avec ses yeux intenses et ses mains persuasives, n’était que le début.