Après les Heures de Bureau : Subtilités du Désir

Par Tonkix
Après les Heures de Bureau : Subtilités du Désir
**Après les Heures de Bureau : Subtilités du Désir** Le bureau était presque vide lorsque Clara éteignit son écran d’un clic doux, la lueur bleutée s’éteignant comme un soupir à la fin d’une longue journée. Les néons, désormais privés de l’agitation des employés, semblaient plus froids, projetant des ombres allongées sur les bureaux en acajou et les classeurs métalliques. Le silence, autrefois ponctué par le cliquetis des claviers et les sonneries de téléphone, était maintenant dense, presque palpable, comme si l’air lui-même s’était installé dans une respiration lente et profonde. Elle lissa sa jupe crayon avec les paumes de ses mains, sentant le tissu satiné glisser sous ses doigts. Le geste était automatique, un réflexe d’ordre qui l’accompagnait depuis qu’elle avait appris l’importance des détails—ces petits rituels qui maintenaient le chaos du monde à l’extérieur. Clara était ainsi : efficace jusque dans ses gestes les plus intimes, comme si même la manière dont elle rangeait les papiers sur son bureau était une extension de sa propre discipline. Ses cheveux châtains, relevés en un chignon bas, n’avaient pas un cheveu de travers, et ses lunettes à fine monture reposaient sur son nez droit, lui donnant un air de sérieux qui contrastait avec l’éclat malicieux qui s’échappait parfois de ses yeux verts. De l’autre côté de l’étage, derrière la porte entrouverte de son bureau, Lucas travaillait. Elle pouvait l’apercevoir par l’entrebâillement, sa silhouette haute et légèrement penchée sur son bureau, les larges épaules tendues sous sa veste gris foncé. Sa cravate, autrefois impeccablement nouée, pendait maintenant mollement autour de son col ouvert, comme s’il avait lutté contre elle pendant des heures. De temps en temps, il passait une main dans ses cheveux sombres, les ébouriffant en vagues rebelles, un geste que Clara connaissait bien—c’était le signe que la fatigue commençait à avoir raison de sa résistance. Elle l’observait depuis des mois, depuis qu’elle avait été engagée comme sa secrétaire. Ce n’était pas un regard indiscret, mais plutôt une attention presque inconsciente, comme celle de quelqu’un qui mémorise les détails d’un tableau sans s’en rendre compte. Elle savait, par exemple, qu’il buvait son café noir sans sucre, qu’il préférait les stylos à encre bleue aux noirs, qu’il desserrait toujours sa cravate après dix-neuf heures. Elle savait aussi que, lorsqu’il était concentré, il mordillait légèrement sa lèvre inférieure, un tic qui faisait bondir son estomac chaque fois qu’elle le remarquait. Aujourd’hui, cependant, il y avait quelque chose de différent dans l’air. Peut-être était-ce le fait que, pour la première fois depuis des semaines, ils étaient les seuls au bureau. Ou peut-être était-ce la manière dont Lucas leva les yeux du rapport qu’il étudiait et, pendant une seconde, leurs regards se croisèrent à travers l’entrebâillement de la porte. Ce n’était pas un regard anodin. C’était l’un de ces moments où le temps semble s’étirer, comme un élastique sur le point de craquer, et Clara sentit la chaleur monter dans son cou, se répandant sur ses joues. Il ne détourna pas les yeux immédiatement. Au lieu de cela, il soutint son regard une seconde de plus que ne l’aurait permis le professionnalisme, comme s’il testait lui aussi les limites de cette tension silencieuse. Puis, d’un mouvement lent, il leva la main et ajusta sa cravate, la remontant comme pour se rappeler qu’il avait encore le contrôle. Clara baissa les yeux la première, feignant de ranger quelque chose dans un tiroir. Son cœur battait trop vite, comme si elle venait de courir un marathon. *Merde.* Elle n’avait jamais été du genre à se laisser emporter par des fantasmes, mais il y avait quelque chose chez Lucas—dans la façon dont il dirigeait une réunion avec cette voix grave et calme, dans la manière dont ses longs doigts tambourinaient sur la table quand il réfléchissait—qui lui faisait imaginer des choses qu’elle n’aurait pas dû. Avec un soupir, elle referma le tiroir et se leva, lissant sa jupe une fois de plus. Le bureau était trop silencieux, et sa présence, même à distance, semblait remplir chaque recoin. Clara savait qu’elle aurait dû partir. Il était déjà plus de vingt heures, et le métro n’attendait pas. Mais ses pieds la menèrent vers le bureau de Lucas, comme s’ils avaient une volonté propre. La porte était entrouverte. Elle frappa légèrement du bout des doigts, sentant le métal froid de la poignée contre sa paume. — Monsieur Lucas ? — Sa voix sortit plus douce qu’elle ne l’aurait voulu, presque un murmure. — Vous êtes encore là ? Il leva les yeux du document, et pendant un instant, Clara eut l’impression qu’il était surpris de la voir. Mais ensuite, un lent sourire se dessina sur ses lèvres, ce genre de sourire qui faisait ressortir les rides d’expression autour de ses yeux d’une manière qu’elle trouvait absurdement attirante. — Clara. — Son nom sonna comme une caresse dans sa bouche. — Je ne m’attendais plus à voir qui que ce soit ici. Elle entra lentement, ses talons hauts s’enfonçant légèrement dans la moquette épaisse. L’odeur du bureau—un mélange de cuir, de papier et du parfum boisé de Lucas—semblait plus intense maintenant, comme si l’absence d’autres personnes avait rendu l’atmosphère plus intime. — J’allais partir, mais j’ai vu que vous travailliez encore. — Elle s’arrêta à quelques pas du bureau, croisant les mains devant elle. — Vous avez besoin d’aide pour quelque chose ? Lucas s’adossa à son fauteuil, les doigts tambourinant sur l’accoudoir en cuir. Le geste était décontracté, mais Clara remarqua la manière dont ses yeux la parcoururent, rapides et calculateurs, comme s’il évaluait quelque chose au-delà des mots. — En fait, oui. — Il poussa un dossier vers elle. — Ce rapport doit être révisé pour demain matin. D’habitude, je demanderais à l’équipe financière, mais ils sont déjà partis. Clara prit le dossier, sentant le poids du papier épais entre ses doigts. Quand ses yeux rencontrèrent à nouveau les siens, il y avait quelque chose de nouveau dans l’air—quelque chose qui n’y était pas auparavant. Peut-être était-ce la façon dont il la regardait, comme s’il voyait non seulement la secrétaire efficace, mais la femme derrière le tailleur impeccable. — Je peux rester et vous aider, si vous voulez — dit-elle, et l’offre sonna plus audacieuse qu’elle ne l’avait prévu. Lucas ne répondit pas immédiatement. Au lieu de cela, il se pencha en avant, les coudes appuyés sur le bureau. La lumière de la lampe de bureau éclairait la moitié de son visage, laissant l’autre dans la pénombre, comme s’il était deux personnes à la fois : le patron sérieux et l’homme que Clara soupçonnait exister sous cette façade. — Vous n’avez pas d’engagement ? — La question fut posée sur un ton bas, presque intime. Clara sentit le poids de ces mots. Ce n’était pas seulement une question d’horaires. C’était une invitation à rester. Ou peut-être un test. — Rien qui ne puisse attendre — répondit-elle en souriant. Son sourire sembla briser une barrière invisible. Lucas laissa échapper un rire bas, presque inaudible, et secoua la tête, comme s’il se rendait à quelque chose qu’il résistait depuis trop longtemps. — Alors restez — dit-il en reculant son fauteuil, faisant un geste pour qu’elle s’approche. — Voyons si nous pouvons finir cela avant minuit. Clara fit un pas en avant, sentant l’air entre eux se charger d’électricité. Le bureau de Lucas était grand, mais pas assez pour que deux corps ne se touchent pas accidentellement. Et soudain, elle réalisa qu’elle ne s’en soucierait pas le moins du monde si cela arrivait. Le bureau était plongé dans un silence épais, de ceux que seule la nuit peut produire. Les néons avaient été éteints un à un, ne laissant que la lueur ambrée de la lampe de Lucas, qui projetait des ombres allongées sur les meubles en bois sombre. Clara resta immobile un instant, écoutant le bourdonnement bas de la climatisation et l’écho lointain d’un ascenseur fermant ses portes à l’étage inférieur. Tout l’immeuble semblait respirer lentement, comme s’il était lui aussi fatigué. Elle se leva lentement, ses talons s’enfonçant dans la moquette épaisse avec un son étouffé. Sa jupe crayon, assez serrée pour épouser la courbe de ses hanches, frôla ses cuisses tandis qu’elle contournait le bureau. Lucas était toujours là, les doigts tambourinant sur le clavier avec une cadence irrégulière, les yeux fixés sur l’écran comme s’il pouvait en extraire les mots manquants par la seule force de son regard. Sa cravate, autrefois impeccable, pendait mollement autour de son col ouvert, et les premiers boutons de sa chemise révélaient la base de son cou, où une veine battait à un rythme accéléré. — Vous avez besoin d’aide avec ça ? — La voix de Clara sortit plus douce qu’elle ne l’avait prévu, presque un murmure. Lucas leva les yeux, surpris. Pendant une seconde, elle vit quelque chose traverser son visage—du soulagement, peut-être, ou quelque chose de plus dangereux. Il s’adossa à son fauteuil, les bras croisés sur la poitrine, et l’observa avec une intensité qui alourdit l’air entre eux. — Vous ne devriez pas être chez vous ? — Et vous ? — Elle inclina la tête, un sourire jouant sur ses lèvres. — Ou allez-vous me dire que vous aimez passer vos nuits seul avec des rapports de ventes ? Il rit, un son court et rauque, et secoua la tête. — Touché. — Puis, après une pause, il ajouta : — Mais c’est urgent. Le conseil veut ça sur la table demain matin. Clara fit un pas de plus, s’arrêtant à côté de son fauteuil. Le parfum de Lucas—boisé, avec une touche de cuir et d’épices—l’atteignit, se mêlant à l’arôme du café froid qui restait dans la tasse sur le bureau. Elle tendit la main, ses doigts effleurant légèrement l’accoudoir du fauteuil. — Alors laissez-moi vous aider. Deux paires d’yeux voient plus vite. Il hésita. Ce n’était pas seulement une question professionnelle—elle le savait. C’était l’espace, la proximité, le fait que, si elle restait, il n’y aurait plus personne pour servir de barrière. Mais la fatigue dans ses yeux, la manière dont ses épaules se courbaient légèrement sous le poids de la chemise, trahirent sa décision avant même qu’il ne la verbalise. — D’accord. — Il poussa le fauteuil sur le côté, faisant de la place. — Mais seulement si vous promettez de ne pas rire de mes graphiques. — Je ne promets rien — murmura-t-elle en s’asseyant sur le bord du bureau, face à lui. Le mouvement fit remonter sa jupe de quelques centimètres, révélant davantage la peau de ses cuisses. Lucas détourna les yeux une seconde, mais pas assez vite. Clara le remarqua, et le coin de sa bouche se souleva en un sourire satisfait. Elle croisa les jambes lentement, délibérément, et se pencha en avant, les coudes appuyés sur les genoux. — Allez-y. Qu’est-ce qui bloque ? Il s’éclaircit la gorge, comme s’il avait besoin de s’éclaircir l’esprit autant que la voix. — Les chiffres de la filiale de Curitiba. Ils sont hors norme, et je ne comprends pas pourquoi. Clara tendit la main, ses doigts planant au-dessus de la souris. — Je peux ? Lucas acquiesça, cédant le contrôle. Elle fit défiler l’écran vers le bas, ses yeux parcourant les colonnes de données avec une efficacité qu’il avait toujours admirée. Mais maintenant, avec elle si près, il était difficile de se concentrer sur autre chose que la chaleur émanant de son corps, la manière dont ses cheveux châtains retombaient sur ses épaules en vagues lâches, l’éclat discret du rouge à lèvres qu’elle avait appliqué des heures plus tôt et qui résistait encore. — Ici — elle pointa une cellule. — Cette valeur est dupliquée. Et regardez, ici, il y a une divergence dans le calcul du fret. Il se rapprocha, son épaule frôlant la sienne. Clara ne s’écarta pas. Au lieu de cela, elle tourna légèrement le visage, ses lèvres frôlant presque son oreille. — Vous voyez ? Ce n’était pas si compliqué. Lucas sentit son souffle chaud contre sa peau, et un frisson parcourut son échine. Il se força à se concentrer sur l’écran, mais les mots de Clara dansaient devant ses yeux, sans signification. — Vous avez raison — murmura-t-il. — Vous avez toujours raison. Elle rit doucement, un son qui vibra dans sa poitrine. — C’est pour ça qu’on me paie. — Non — corrigea-t-il, la voix rauque. — C’est pour bien plus que ça. Le silence qui suivit fut chargé, électrique. Clara descendit lentement du bureau, ses talons claquant doucement sur le sol. Elle contourna le fauteuil de Lucas, s’arrêtant derrière lui, et posa ses mains sur ses épaules. Les muscles étaient tendus sous le tissu de la chemise, rigides comme des cordes. — Vous êtes fatigué — dit-elle, ses pouces appuyant légèrement à la base de son cou. Lucas ferma les yeux un instant, se laissant aller à ce contact. — Je ne devrais pas faire ça. — Faire quoi ? — Ses doigts glissèrent vers le haut, massant ses épaules en mouvements circulaires. — Ça. — Il gémit doucement quand elle trouva un point particulièrement douloureux. — Me distraire. — Et si je veux vous distraire ? — La question fut chuchotée, ses lèvres frôlant presque sa nuque. Lucas fit pivoter le fauteuil brusquement, l’attrapant par les hanches et la tirant vers l’avant. Clara laissa échapper un petit cri surpris, ses mains s’appuyant sur les accoudoirs du fauteuil pour ne pas perdre l’équilibre. Maintenant, elle se tenait debout entre ses jambes, sa jupe remontant un peu plus, ses genoux frôlant l’intérieur de ses cuisses. — Clara — dit-il, son nom sonnant comme un avertissement et une supplication à la fois. — Oui ? — Elle se pencha en avant, ses lèvres planant à quelques centimètres des siennes. — Vous savez ce que vous faites ? Elle sourit, ses doigts glissant sur sa poitrine, déboutonnant un autre bouton de sa chemise. — J’espère bien. Lucas attrapa son visage d’une main, ses doigts s’emmêlant dans les cheveux de sa nuque. Clara ferma les yeux, sentant son pouce tracer le contour de sa mâchoire, sa peau rugueuse contre la douceur de son visage. — Si vous continuez comme ça — murmura-t-il —, je ne pourrai plus me contrôler. — Et si je ne veux pas que vous vous contrôliez ? L’air s’échappa de ses poumons dans un soupir tremblant. Lucas la tira plus près, leurs lèvres presque en contact, mais sans achever le mouvement. Clara pouvait sentir son souffle contre sa bouche, chaud et irrégulier, et l’odeur du café et de son eau de Cologne l’enveloppait comme une promesse. — Alors — dit-il, la voix rauque —, vous devrez en assumer les conséquences. Elle sourit, ses lèvres effleurant les siennes en parlant. — J’ai hâte. Le document s’étendait entre eux comme un territoire inexploré, des lignes de chiffres et de graphiques qui, sous la lumière ambrée de la lampe de bureau, semblaient pulser d’une vie propre. Clara ajusta ses lunettes à fine monture, ses doigts glissant sur le bord du papier tandis qu’elle feuilletait les pages avec une précision presque chirurgicale. Le silence du bureau, désormais désert, était dense, rompu seulement par le bruissement des feuilles et le son étouffé de la respiration de Lucas, assis à ses côtés. Il avait rapproché sa chaise, son genou frôlant presque le sien sous la table. La chaleur de son corps traversait le tissu de son pantalon de costume, un contraste subtil avec l’air conditionné qui bourdonnait encore doucement dans un coin de la pièce. Clara pouvait sentir le poids de son regard sur elle, comme si chacun de ses mouvements était observé, décrypté. Et peut-être l’était-il. Lucas n’était pas homme à laisser échapper les détails. — Ici — dit-elle en pointant une ligne du rapport. — Les chiffres ne correspondent pas à la projection du trimestre dernier. Cela pourrait être une erreur de saisie. Lucas se pencha, son bras frôlant le sien. Le contact fut bref, presque imperceptible, mais suffisant pour envoyer un frisson le long de l’échine de Clara. Elle ne s’écarta pas. Au lieu de cela, elle maintint sa posture, ses doigts planant toujours au-dessus de la page, comme si elle attendait qu’il répète le geste. — Vous avez raison — murmura-t-il, la voix basse, presque intime. — Je vais vérifier dans le système. Ses doigts glissèrent sur le clavier de l’ordinateur portable, et Clara suivit le mouvement, observant la manière dont ses ongles courts tapotaient légèrement les touches. Il y avait quelque chose d’érotique dans cette concentration, dans la façon dont les muscles de son avant-bras se tendaient sous la manche de sa chemise, retroussée jusqu’aux coudes. Elle se demanda ce que cela ferait de sentir ces bras autour d’elle, la force contenue en eux. — Vous remarquez toujours ces détails — commenta-t-il sans quitter l’écran des yeux. — C’est impressionnant. Clara sourit, un coin de ses lèvres se relevant. — Cela fait partie du travail. — Ou de votre nature — rétorqua-t-il en la regardant enfin. Ses yeux sombres, presque noirs sous la lumière artificielle, semblaient absorber chaque nuance de son visage. — Vous êtes minutieuse. Obsessionnelle, même. — Et cela vous dérange ? — Au contraire. — Sa voix était un fil de soie s’enroulant autour d’elle. — J’aime les gens qui ne laissent rien échapper. L’air entre eux sembla s’alourdir, chargé de quelque chose qu’aucun des deux ne nommait. Clara sentit son cœur s’accélérer, mais elle maintint une expression neutre, comme s’ils ne discutaient que de chiffres et de délais. C’était un jeu, et elle savait bien y jouer. — Alors — dit-elle en feuilletant à nouveau le rapport —, vous me faites confiance pour trouver les erreurs ? — Je vous fais confiance pour beaucoup de choses. Ces mots restèrent en suspens, chargés de sens. Clara leva les yeux, rencontrant les siens. Il y avait une question là, une offre silencieuse. Elle soutint son regard, laissant le moment s’étirer, laissant la tension grandir jusqu’à devenir presque palpable. — Beaucoup de choses ? — répéta-t-elle, sa voix douce et provocante. Lucas ne répondit pas immédiatement. Au lieu de cela, il tendit la main, ses doigts effleurant légèrement les siens tandis qu’il prenait un stylo sur la table. Le contact était délibéré cette fois, une caresse déguisée en désinvolture. Clara ne recula pas. Sa peau picota là où il l’avait touchée, et elle se demanda s’il ressentait lui aussi cette décharge électrique qui semblait les relier. — Vous savez de quoi je parle — dit-il enfin, la voix rauque. Clara mordit sa lèvre inférieure, un geste involontaire qui attira son attention. Lucas suivit le mouvement des yeux, et elle vit sa pupille se dilater, assombrissant encore son regard. — Peut-être que j’ai envie de vous l’entendre dire. Il laissa échapper un rire bas, presque un grognement, et se pencha plus près. Son parfum—un mélange de santal et de quelque chose de plus sombre, de plus primitif—envahit ses sens, la faisant fermer les yeux un instant. — Vous aimez jouer avec le feu, Clara. — Et vous aimez faire semblant de ne pas brûler. Ses doigts se refermèrent autour de son poignet, non pas avec force, mais avec une fermeté qui ne laissait aucun doute sur qui avait le contrôle. Clara retint son souffle, sentant son pouce tracer des cercles lents sur la peau sensible de l’intérieur de son bras. C’était un toucher léger, presque innocent, mais chargé de promesses. — Vous n’avez aucune idée de ce que je ressens — murmura-t-il. — Alors montrez-moi. Les mots lui échappèrent avant qu’elle ne puisse les retenir, et Clara sut, au moment où elle les prononça, qu’elle avait franchi une ligne. Lucas la fixa, les lèvres entrouvertes, comme s’il pesait toutes les possibilités. L’air entre eux crépitait, chargé de désir et d’hésitation. Pendant un long moment, aucun des deux ne bougea. Puis, lentement, Lucas lâcha son poignet et s’adossa à sa chaise, comme s’il avait besoin d’espace pour respirer. — Vous êtes dangereuse — dit-il, la voix rauque. — Ou simplement honnête. Il rit à nouveau, mais le son était tendu, presque étouffé. Clara savait qu’elle gagnait du terrain, que chaque mot, chaque toucher, sapait sa résistance. Et, mon Dieu, comme elle voulait qu’il cède. — Finissons-en — dit-il en reportant son regard sur le rapport. — Avant que je ne fasse quelque chose dont nous pourrions tous les deux nous repentir. Clara sourit, satisfaite. Il y avait une victoire dans ces mots, même s’il ne l’admettait pas. Elle se pencha en avant, frôlant délibérément son épaule en ajustant les papiers devant elle. — Ou quelque chose que nous voudrons tous les deux recommencer. Lucas ne répondit pas. Mais la manière dont sa respiration changea, dont ses doigts se refermèrent plus fort autour du stylo, fut une réponse suffisante. Le rapport était toujours là, entre eux, mais ce n’était plus qu’un prétexte. Le vrai jeu avait commencé, et Clara était plus que prête à jouer. Le stylo de Lucas grinça contre le papier lorsqu’il souligna une ligne du rapport avec plus de force que nécessaire. Le son résonna dans le silence du bureau, aigu comme un soupir retenu. Clara observa le mouvement de ses doigts—longs, précis, habitués à commander—et sentit la chaleur monter dans son cou. L’air entre eux était lourd, chargé de quelque chose que ni l’un ni l’autre n’osait nommer. Mais elle ne voulait plus de noms. Elle se pencha en avant, les coudes appuyés sur la table, le tissu fin de son chemisier frôlant légèrement son bras. Le parfum de Lucas—bois brûlé et cuir vieilli—l’envahit lorsqu’elle approcha son visage du sien, comme si elle allait partager un secret. Les yeux de Clara brillaient, sombres et provocants, reflétant la lumière ambrée de la lampe. — Vous travaillez toujours aussi tard ? — demanda-t-elle, la voix basse, presque un murmure. Lucas leva les yeux, rencontrant les siens. Il y avait quelque chose de prédateur dans la façon dont il l’observait maintenant, comme s’il évaluait jusqu’où il pouvait aller avant de perdre le contrôle. — Seulement quand j’ai une secrétaire aussi… dévouée — répondit-il, la voix rauque. Elle sourit, ses lèvres se courbant en une ligne malicieuse. — Dévouée ? Ou simplement intéressée à m’assurer que le patron ne commette pas d’erreurs ? Il laissa échapper un rire court, mais ne détourna pas le regard. — Des erreurs ? — répéta-t-il, comme si le mot avait un goût nouveau. — Vous pensez que je commets des erreurs, Clara ? Elle se rapprocha encore, son genou frôlant sa jambe sous la table. Le contact fut bref, mais suffisant pour faire se raidir le corps de Lucas. — Parfois — murmura-t-elle, ses lèvres effleurant presque son oreille. — Parfois, je pense que vous oubliez que vous êtes humain. Son souffle chaud chatouilla la peau sensible de son cou, et Lucas ferma les yeux un instant, comme s’il essayait de se rappeler comment respirer. Quand il les rouvrit, il y avait du feu dans son regard. — Et vous ? — demanda-t-il, la voix rauque. — Vous vous souvenez que vous êtes humaine ? Clara ne répondit pas. Au lieu de cela, elle s’écarta juste assez pour qu’il voie l’éclat dans ses yeux, le défi silencieux. Puis, d’un mouvement lent et délibéré, elle passa le bout de sa langue sur ses lèvres, les humidifiant. — Pourquoi ne le découvrez-vous pas ? — murmura-t-elle. Ce fut suffisant. Lucas ne réfléchit pas. Il ne calcula pas. Il ne se soucia pas des conséquences. D’un mouvement rapide, il attrapa son visage entre ses mains, ses doigts s’enfonçant dans ses cheveux soyeux tandis qu’il l’attirait vers lui. Leurs lèvres se rencontrèrent dans un baiser qui n’était ni doux ni hésitant—c’était une faim pure, un désir accumulé explosant en un instant. Clara gémit contre sa bouche, le son étouffé, presque un soupir de soulagement. Ses mains volèrent vers ses épaules, agrippant le tissu de sa veste comme si elle avait besoin de quelque chose pour s’ancrer. Il la tira plus près, sa langue envahissant sa bouche avec une urgence qui fit fondre son corps. Elle sentit le goût du café qu’il avait bu plus tôt, mêlé à quelque chose de plus primitif—le goût du désir. Lucas la souleva sans effort, l’asseyant sur le bureau d’un mouvement brusque qui fit voler les papiers du rapport. Clara s’en moquait. Elle enroula ses jambes autour de sa taille, le tirant plus près, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’espace entre leurs corps. Ses mains glissèrent le long de ses cuisses, serrant la chair à travers sa jupe moulante, tandis que sa bouche descendait le long de son cou, laissant une traînée de baisers chauds et de légères morsures qui la firent cambrer le dos. — Vous n’avez aucune idée à quel point j’ai voulu faire ça — murmura-t-il contre sa peau, ses dents effleurant sa clavicule. Clara rit, un son bas et rauque, ses ongles griffant légèrement son dos. — Menteur — le provoqua-t-elle. — Vous avez passé des semaines à faire semblant de ne pas me remarquer. Il releva la tête, ses yeux sombres brûlant dans les siens. — J’ai remarqué chaque putain de détail — avoua-t-il, la voix rauque. — Chaque fois que vous vous penchiez pour ramasser quelque chose, chaque fois que vous mordiez votre lèvre en tapant. Chaque soupir. Clara sentit son corps entier trembler à ses mots. Elle attrapa son visage entre ses mains, le tirant vers un baiser profond, comme si elle voulait avaler chaque aveu non dit. Ses mains glissèrent vers le bas de son chemisier, ses doigts agiles déboutonnant les premiers boutons avec une hâte qui la fit rire contre sa bouche. — Ici ? — demanda-t-elle, haletante, tandis qu’il repoussait le tissu, révélant la dentelle noire de son soutien-gorge. — Ici — confirma-t-il, la voix ferme, avant de capturer un mamelon entre ses lèvres à travers le tissu fin. Clara gémit, la tête basculant en arrière tandis qu’il suçait, sa langue chaude et humide la provoquant à travers la dentelle. Ses mains s’emmêlèrent dans ses cheveux, le tirant plus près, comme si elle voulait fusionner leurs corps sur place. Lucas obéit, sa bouche descendant dans le creux entre ses seins, ses dents marquant légèrement sa peau douce avant de revenir l’embrasser avec une intensité qui lui coupa le souffle. Elle le repoussa juste assez pour déboutonner sa chemise, ses doigts tremblants glissant sur les muscles définis de son torse. Lucas l’observait avec un regard affamé, les lèvres entrouvertes, la respiration saccadée. Quand elle fit enfin glisser sa chemise sur ses épaules, la laissant tomber au sol, il la tira de nouveau contre lui avec un grognement sourd, ses mains glissant vers ses fesses, les serrant contre l’érection qui pressait la braguette de son pantalon. — Vous êtes insupportable — murmura-t-il contre sa bouche, mais il n’y avait aucune colère dans sa voix, seulement du désir. — Et vous adorez ça — répondit-elle en mordillant sa lèvre inférieure avant de l’attirer pour un autre baiser. Le bureau autour d’eux disparut. Il n’y avait plus de rapports, plus de délais, plus de hiérarchies—seulement la chaleur de leurs corps, le son de leurs respirations entrecoupées, le frottement de leurs peaux. Lucas l’allongea sur la table, son corps couvrant le sien tandis que ses mains exploraient chaque courbe, chaque centimètre de peau exposée. Clara s’arqua contre lui, ses doigts s’enfonçant dans ses larges épaules, sentant son poids, la force contenue dans chaque mouvement. — Lucas… — murmura-t-elle, son nom sortant comme une supplication. Il s’arrêta une seconde, ses yeux sombres fixés sur les siens, comme s’il voulait s’assurer qu’elle désirait cela autant que lui. Clara ne dit rien. Au lieu de cela, elle attrapa sa main et la guida vers le bas, jusqu’à l’ourlet de sa jupe, déjà retroussée autour de sa taille. — N’arrête pas — demanda-t-elle, la voix rauque. Lucas n’eut pas besoin de plus d’encouragement. Ses doigts glissèrent sous sa culotte, la trouvant humide, prête. Clara gémit bruyamment quand il la toucha, son pouce tournant autour de son clitoris avec une précision qui la fit trembler. Elle mordit sa lèvre pour retenir le son, mais Lucas lui attrapa le menton, la forçant à le regarder. — Ne te retiens pas — ordonna-t-il, la voix basse et autoritaire. — Je veux t’entendre. Et elle obéit. Clara laissa échapper un gémissement long et profond quand ses doigts entrèrent en elle, son corps se tordant contre la table tandis qu’il la pénétrait avec des mouvements lents et délibérés. Son autre main lui tenait la nuque, la maintenant immobile tandis que sa bouche descendait pour capturer les sons qu’elle ne pouvait retenir. Le baiser fut sauvage, désespéré, comme s’ils essayaient de se dévorer l’un l’autre. — Putain — grogna Lucas contre sa bouche, ses doigts accélérant le rythme. — Tu es tellement bonne… Clara sentit l’orgasme approcher, une vague chaude et écrasante qui commença dans son ventre et se répandit dans tout son corps. Elle agrippa ses bras, ses ongles s’enfonçant dans sa peau tandis que le plaisir la submergeait. Il ne s’arrêta pas, ne ralentit pas le rythme, l’emmenant jusqu’au bout et au-delà, jusqu’à ce qu’elle soit haletante, les yeux fermés, son corps tremblant sous le sien. Quand elle ouvrit enfin les yeux, Lucas l’observait avec un regard qu’elle n’avait jamais vu auparavant—quelque chose entre l’admiration et la possessivité. Clara sourit, lentement et satisfaite, et tendit la main pour l’attirer vers un baiser. — À ton tour — murmura-t-elle contre ses lèvres. Lucas n’eut pas besoin de plus. Il la tira vers le haut, l’asseyant sur le bord de la table, et commença à déboutonner son pantalon avec une urgence qui fit rire Clara. Mais son rire mourut dans sa gorge quand il se libéra enfin, son érection dure et chaude contre la paume de sa main. — Tu es sûre ? — demanda-t-il, la voix tendue, comme s’il se retenait par un fil. Clara ne répondit pas avec des mots. Au lieu de cela, elle le guida en elle, les yeux fixés sur les siens tandis qu’il la pénétrait d’un mouvement lent et profond. Lucas gémit, la tête basculant en arrière une seconde avant de revenir la regarder, ses mains agrippant ses hanches avec force. — Clara… — murmura-t-il, son nom sortant comme une prière. Elle enroula ses jambes autour de sa taille, le tirant plus près, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’espace entre eux. Puis, avec un sourire provocateur, elle chuchota : — Maintenant, patron… montre-moi de quoi tu es capable. La première impulsion de Clara fut de cambrer le dos lorsque Lucas la remplit entièrement, la sensation de l’avoir en elle si intense qu’elle lui vola l’air des poumons. La table de réunion, froide et polie sous ses cuisses, contrastait avec la chaleur qui émanait de leurs corps entrelacés, chaque mouvement une étincelle de plus dans le brasier qui les consumait déjà. Elle enfonça ses ongles dans ses épaules, non par douleur, mais par le besoin de s’ancrer à quelque chose tandis que le plaisir l’emportait vers un endroit où n’existaient plus qu’eux, le frottement, la sueur, la respiration haletante. Lucas ne se retint pas. Avec un gémissement rauque, il remonta son chemisier, révélant le soutien-gorge en dentelle noire qui contenait à peine ses seins fermes. Ses doigts agiles trouvèrent l’agrafe dans le dos, et en quelques secondes, le tissu tomba, libérant ses mamelons déjà durcis par le désir. Il ne perdit pas de temps—il baissa la tête et en enveloppa un de sa bouche, sa langue traçant des cercles lents tandis que sa main libre pressait l’autre sein, ses doigts jouant avec la pointe sensible jusqu’à ce que Clara laisse échapper un soupir tremblant. — Tu aimes ça ? — murmura-t-il contre sa peau, sa voix rauque, ses lèvres humides lorsqu’il s’écarta juste assez pour parler. — Ou tu en veux plus ? Clara ne répondit pas avec des mots. Au lieu de cela, elle attrapa son visage entre ses mains et l’attira vers un baiser vorace, sa langue envahissant sa bouche avec la même urgence qu’il mettait à la pénétrer. Le goût salé de la sueur mêlé à son parfum masculin la fit tourner la tête, et elle mordit légèrement sa lèvre inférieure, lui arrachant un grognement guttural. — Je veux *tout* — murmura-t-elle, la voix rauque, les yeux mi-clos tandis qu’il continuait à bouger en elle, chaque coup de reins plus profond, plus possessif. — N’arrête pas. Lucas n’avait pas l’intention de s’arrêter. D’un mouvement rapide, il la souleva par les hanches et l’allongea sur la table, son corps s’étalant parmi les papiers éparpillés et les tasses de café vides. La vision d’elle ainsi—à moitié nue, les jambes enroulées autour de sa taille, les lèvres entrouvertes dans un gémissement muet—le rendit encore plus dur. Il se pencha sur elle, s’appuyant sur ses coudes pour ne pas l’écraser, et reprit le rythme, maintenant plus lent, plus délibéré, comme s’il voulait mémoriser chaque réaction d’elle. — Comme ça ? — demanda-t-il, la voix chargée de malice tandis qu’il ralentissait encore le rythme, presque se retirant complètement avant de s’enfoncer à nouveau jusqu’au bout. Clara mordit sa lèvre inférieure, ses doigts s’agrippant au bord de la table avec assez de force pour y laisser des marques. — Ne joue pas avec moi — haleta-t-elle, soulevant les hanches à la recherche de plus de contact. — Je sais que tu peux être plus… *convaincant*. Lucas rit, un son bas et dangereux, avant d’obéir. Il se retira presque entièrement, ne laissant que la pointe en elle, puis, d’une poussée ferme, la remplit d’un seul coup. Clara se cambra, un cri étouffé s’échappant de sa gorge tandis qu’il répétait le mouvement, de plus en plus vite, de plus en plus profond. Le bruit de leurs peaux qui s’entrechoquaient résonna dans le bureau silencieux, se mêlant à ses gémissements et à ses grognements, une symphonie primitive qui ne laissait aucun doute sur ce qui se passait là. — Putain, Clara… — gémit-il, ses doigts s’enfonçant dans ses cuisses tandis qu’il accélérait encore. — Tu es si serrée… si *bonne*. Elle ne put répondre. L’orgasme la frappa comme une vague, lui volant sa voix, son souffle, jusqu’à sa capacité à penser. Tout son corps se contracta autour de lui, ses muscles internes le serrant avec force tandis qu’elle se désagrégeait en spasmes de plaisir. Lucas ne résista pas—d’un dernier coup de reins, il s’enfonça jusqu’au bout et jouit en elle, son corps tremblant tandis qu’il la remplissait de jets chauds, son nom s’échappant de ses lèvres comme une prière. Pendant quelques secondes, il n’y eut aucun son en dehors de leurs respirations haletantes, l’air lourd de l’odeur du sexe et de la sueur. Lucas appuya son front contre le sien, les yeux fermés, essayant de reprendre le contrôle. Clara passa ses doigts dans ses cheveux, maintenant humides, et sourit, satisfaite. — C’était… — commença-t-elle, mais elle ne trouva pas les mots. — *Mieux* que ce que j’avais imaginé — compléta Lucas en relevant la tête pour la regarder dans les yeux. Il y avait quelque chose là, quelque chose au-delà du désir physique—une connexion que ni l’un ni l’autre n’osait encore nommer. Clara rit, doucement, et l’attira pour un autre baiser, celui-ci plus lent, plus doux. Mais quand il essaya de s’écarter, elle le retint fermement. — On n’a pas fini — murmura-t-elle, ses lèvres effleurant les siennes. — Tu ne crois tout de même pas que je vais te laisser quitter cette table sans me rendre la pareille ? Lucas haussa un sourcil, un sourire malicieux courbant ses lèvres. — Et qu’as-tu en tête, *secrétaire* ? Clara ne répondit pas. Au lieu de cela, elle le poussa en arrière, le faisant s’asseoir sur le fauteuil en cuir à côté de la table. Avant qu’il ne puisse réagir, elle glissa au sol, s’agenou entre ses jambes, ses doigts déjà occupés à descendre la fermeture éclair de son pantalon. — Je pense — dit-elle, la voix basse et provocante tandis qu’elle libérait son érection déjà à moitié dure —, que tu mérites un peu d’*attention spéciale*. Lucas n’eut pas le temps de répondre. L’instant d’après, sa bouche l’enveloppait, chaude et humide, et il laissa échapper un gémissement rauque, ses mains s’emmêlant instinctivement dans ses cheveux. La nuit était loin d’être terminée. La pièce sentait encore le sexe et le vieux papier, un mélange qui faisait désormais partie de cette nuit. La climatisation bourdonnait doucement, comme un murmure persistant, tandis que Clara se relevait lentement, les genoux encore engourdis par le contact avec la moquette rugueuse. Elle lissa sa jupe froissée, sentant le tissu coller légèrement à la peau humide de ses cuisses, et jeta un regard par-dessus son épaule vers Lucas, toujours assis dans son fauteuil, les doigts tambourinant sur l’accoudoir en cuir avec une lenteur délibérée. — Tu vas rester là toute la nuit ? — demanda-t-elle, la voix rauque, mais retrouvant déjà son ton ironique habituel. Lucas leva les yeux, s’attardant sur ses lèvres, encore gonflées, avant de glisser son regard le long de son corps, comme s’il mémorisait chaque détail. Il se leva d’un mouvement fluide, ajustant sa chemise que Clara avait déboutonnée sans hâte plus tôt, ses doigts laissant des marques légères sur les boutons de nacre. Quand il s’approcha enfin, la chaleur de son corps l’enveloppa avant même qu’il ne la touche, et elle ne résista pas lorsqu’il l’attira contre lui, une main sur la courbe de sa taille, l’autre emmêlée dans les mèches lâches de son chignon qu’elle avait défait sans s’en rendre compte. — Je réfléchissais — murmura-t-il, ses lèvres effleurant son oreille, son souffle chaud provoquant un frisson — qu’il faudrait peut-être établir quelques règles. Clara inclina la tête, lui permettant de mordiller son lobe, la légère traction envoyant une décharge électrique directement dans son ventre. — Des règles ? — répéta-t-elle, feignant le désintérêt, mais le ton de sa voix la trahissait. — Cela ne semble pas très *spontané* de ta part. — Ah, mais c’est justement pour garantir que la spontanéité continue — répondit-il, sa main descendant lentement le long de son corps, ses doigts serrant légèrement la courbe de sa hanche. — Par exemple : *plus jamais* nous ne ferons semblant que c’est seulement professionnel. Elle rit, un son bas et satisfait, et s’écarta juste assez pour le regarder, ses yeux brillant sous la lumière ambrée des lampes. — Et quoi d’autre ? — Que tu arrêtes de m’appeler *Monsieur Lucas* quand nous sommes seuls — dit-il, la voix devenant plus grave. — À moins que tu ne veuilles que je commence à t’appeler *Mademoiselle Clara* devant tout le monde. Clara mordit sa lèvre inférieure, retenant un sourire. — Ce serait intéressant. Mais je pense que je peux faire une exception. — Parfait. — Il l’attira de nouveau contre lui, leurs corps s’emboîtant avec une naturalité qui les surprit tous les deux. — Et que, la prochaine fois, nous n’attendrons pas que le bureau soit vide. Elle haussa un sourcil. — Tu suggères qu’on fasse ça *pendant* les heures de travail ? — Pas exactement — corrigea-t-il, sa main glissant vers sa nuque, ses doigts jouant avec les mèches lâches. — Mais qu’on arrête de faire semblant de ne pas y penser tout le temps. Clara ne répondit pas immédiatement. Au lieu de cela, elle s’écarta d’un pas, attrapa son sac qu’elle avait laissé sur la table de réunion, maintenant marquée par des traces de doigts et des papiers froissés. Elle en sortit un rouge à lèvres et l’appliqua lentement, les yeux fixés sur son reflet dans la vitre sombre, où les lumières de la ville dessinaient des ombres dansantes. — Dans ce cas — dit-elle en rangeant le rouge à lèvres et en se retournant vers lui —, je pense que tu auras besoin d’un *rappel* de temps en temps. Lucas ne bougea pas, mais son corps réagit avant même qu’elle n’ait fini sa phrase. Clara s’approcha à nouveau, cette fois avec une lenteur calculée, et quand elle fut assez près, elle se mit sur la pointe des pieds et mordilla légèrement son menton, ses dents griffant sa peau avec une pression qui fit soupirer Lucas entre ses dents. — Tu es dangereuse — murmura-t-il, ses mains retrouvant ses hanches, la tirant contre lui. — Et tu adores ça — répondit-elle, sa voix un murmure contre ses lèvres. Pendant un instant, ils restèrent immobiles, respirant le même air, sentant le poids de ce qui s’était passé et de ce qui restait à venir. Puis Lucas recula, attrapant sa veste qu’il avait jetée sur une chaise plus tôt. Clara l’observa tandis qu’il l’enfilait, ses mouvements précis, comme s’il se préparait pour une réunion importante. Mais ses yeux ne la quittèrent jamais. — Demain — dit-il, la voix ferme, mais avec une trace de quelque chose qu’elle ne parvint pas à décrypter. — Après dix-huit heures. Elle sourit, attrapa son sac et le passa à son épaule. — Je t’apporterai du café. Fort. Sans sucre. — Et le rapport ? — Il est déjà sur ton bureau — répondit-elle en effleurant du bout des doigts le bord de la table de réunion, comme si elle caressait quelque chose de bien plus intime. — Avec une copie supplémentaire. *Par précaution*. Lucas rit, un son bas et sincère, et pendant un instant, Clara vit en lui quelque chose qu’elle n’avait jamais remarqué auparavant : de la vulnérabilité. Non pas la faiblesse qu’il craignait tant de montrer au travail, mais quelque chose de plus humain, de plus réel. Elle s’approcha à nouveau, cette fois sans hâte, et l’embrassa légèrement, ses lèvres effleurant les siennes comme une promesse. — À demain, *Lucas* — murmura-t-elle. Il lui prit le visage entre ses mains, ses pouces caressant ses pommettes, et l’embrassa en retour, ce baiser plus long, plus profond, comme s’il voulait sceller cette nuit quelque part au-delà de la mémoire. — À demain, Clara. Ils se séparèrent dans l’ascenseur, comme deux inconnus partageant par hasard le même trajet. Clara appuya sur le bouton du rez-de-chaussée, et quand les portes se fermèrent, elle appuya son front contre le métal froid, laissant l’air frais de la cabine apaiser sa peau encore chaude. Dehors, la ville pulsait, indifférente à ce qui s’était passé entre ces quatre murs. Mais en elle, quelque chose avait changé. Dans le parking, Lucas déverrouilla sa voiture d’un clic sec de la télécommande. Il entra, ajusta le rétroviseur et resta là un moment, ses doigts tambourinant sur le volant. L’odeur d’elle était encore sur ses mains, un parfum doux et légèrement citronné, mêlé à la sueur et au sexe. Il ferma les yeux, respira profondément, puis démarra le moteur. Le trajet jusqu’à chez lui fut une brume de pensées décousues. Il passa des feux rouges, évita des voitures, mais son esprit était prisonnier de cette pièce, du son de sa respiration quand il la touchait, de la manière dont elle cambrait le dos quand il l’embrassait dans le cou. Il savait qu’il aurait dû s’inquiéter—de l’entreprise, de la réputation, des conséquences. Mais tout ce qu’il ressentait était une anticipation presque insupportable. Arrivé à son appartement, il se déshabilla lentement, comme si chaque vêtement était une couche d’une armure dont il n’avait plus besoin. Sous la douche, l’eau chaude coula sur son corps, emportant la fatigue de la journée, mais pas le souvenir de son toucher. Il passa ses mains sur son propre corps, imaginant que c’étaient les siennes, et pendant un instant, il crut presque sentir ses doigts fins glisser sur sa peau, l’explorant avec une curiosité vorace. Plus tard, allongé dans son lit, il regarda le plafond, les mains croisées derrière la tête. L’horloge sur la table de chevet indiquait minuit et demi. Il aurait dû être épuisé, mais il était éveillé, électrique, comme s’il avait bu trois tasses de café d’un coup. Il ferma les yeux et laissa son esprit vagabonder. Et puis, comme si l’univers conspirait en leur faveur, son téléphone vibra sur la table de chevet. Il tendit la main et le prit, son nom s’affichant à l’écran. *« J’ai oublié de te dire une chose. »* Il sourit avant même d’ouvrir le message. *« Quoi ? »* La réponse mit quelques secondes à arriver, mais quand elle le fit, son corps réagit instantanément. *« Que ta table de réunion est bien plus confortable qu’elle n’en a l’air. Et que j’ai hâte de tester les autres surfaces du bureau. »* Lucas laissa échapper un rire bas, le son résonnant dans la chambre vide. Il tapa une réponse, l’effaça, en tapa une autre, puis abandonna. Au lieu de cela, il l’appela. Clara décrocha à la deuxième sonnerie. — Je commençais à penser que tu t’étais endormi — dit-elle, la voix ensommeillée, mais avec une pointe de provocation. — Loin de là — répondit-il, la voix rauque. — Je réfléchissais juste à savoir si je répondais à ton message ou si j’attendais demain pour te montrer exactement ce qu’il m’a fait. Elle rit, un son doux et intime, et il put l’imaginer allongée dans son lit, les draps emmêlés autour de son corps, ses cheveux étalés sur l’oreiller. — Et quelle a été ta décision ? — Que je ne veux pas attendre — admit-il, sa main descendant le long de son propre corps sans qu’il s’en rende compte. — Mais je ne veux pas non plus que ce soit seulement pour aujourd’hui. Il y eut une pause à l’autre bout du fil. Quand Clara parla à nouveau, sa voix était plus sérieuse, plus douce. — Moi non plus. Le silence qui suivit fut confortable, chargé de quelque chose qu’aucun des deux n’avait besoin de nommer. Puis elle soupira, un son presque imperceptible. — Bonne nuit, Lucas. — Bonne nuit, Clara. Il raccrocha et reposa le téléphone sur la table de chevet. Pendant un moment, il resta là, regardant l’obscurité, sentant le poids de ce qui avait commencé. Ce n’était pas seulement du désir. Ce n’était pas seulement de la curiosité. C’était quelque chose de plus profond, quelque chose qui l’effrayait et l’excitait à parts égales. Et pour la première fois depuis longtemps, il n’eut pas peur de ce qui l’attendait. Le lendemain, Clara arriva au bureau quinze minutes plus tôt. Elle rangea son sac dans le tiroir, alluma son ordinateur et se dirigea vers le bureau de Lucas, frappant légèrement à la porte entrouverte avant d’entrer. Il était debout près de la fenêtre, regardant la ville, une tasse de café à la main. Quand il la vit, un lent sourire se dessina sur son visage. — Bonjour — dit-elle en fermant la porte derrière elle. — Bonjour — répondit-il, ses yeux parcourant son corps avec une intensité qui fit se contracter son estomac. — Café ? — J’en ai déjà pris — mentit-elle en s’approchant de lui. — Mais j’accepterais autre chose. Lucas n’eut pas besoin de plus d’encouragement. Il posa sa tasse sur le bureau et l’attira contre lui, ses mains trouvant sa taille avec une familiarité qui les surprit tous les deux. Quand il l’embrassa, ce ne fut pas avec l’urgence de la veille, mais avec une lenteur délibérée, comme s’il voulait mémoriser son goût, la texture de ses lèvres, la manière dont son corps se moulait au sien. Clara s’écarta la première, ses doigts jouant avec le col de sa chemise. — Nous avons une réunion dans vingt minutes — lui rappela-t-elle, mais il n’y avait aucune conviction dans sa voix. — Alors nous ferions mieux de ne pas perdre de temps — répondit-il, sa main glissant vers le bas, ses doigts serrant légèrement la courbe de sa hanche. Elle rit, le repoussant légèrement. — Plus tard. D’abord, le travail. — Plus tard — acquiesça-t-il, mais ne la lâcha pas. Au lieu de cela, il se pencha et murmura à son oreille : — Mais n’espère pas que j’oublie. Clara sourit, son corps encore frémissant de la promesse. — Moi non plus. Et quand elle quitta la pièce, fermant la porte derrière elle, tous deux savaient que le bureau ne serait plus jamais le même. Parce qu’à présent, en plus des rapports, des réunions et des délais, il y avait quelque chose de nouveau entre ces murs. Quelque chose qu’aucun des deux n’était prêt à ignorer.

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